Assurance et risque de santé

Droit à l'oubli et assurance de prêt : 5 ans, pour qui, à quelle date

Courtier en assurances ORIAS n° 26004449 Mis à jour le

Après un cancer, quelle qu'en soit la localisation, ou une hépatite C, vous n'avez plus rien à déclarer à l'assureur de votre prêt 5 ans après la fin du protocole thérapeutique, sans rechute, quel que soit votre âge au diagnostic. Le délai court même si vous suivez encore une hormonothérapie. Il vaut pour un prêt immobilier, un crédit à la consommation affecté et un prêt professionnel pour des locaux ou du matériel, sans plafond de montant, à condition que le contrat d'assurance se termine avant votre 71e anniversaire. Il ne s'applique ni à la prévoyance, ni aux autres maladies.

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Que dit exactement la loi sur le droit à l'oubli ?

Depuis le 2 mars 2022, l'article L.1141-5 du code de la santé publique, modifié par la loi n° 2022-270 du 28 février 2022, est sans ambiguïté : « le délai au-delà duquel aucune information médicale relative aux pathologies cancéreuses et à l'hépatite virale C ne peut être recueillie par les organismes assureurs ne peut excéder cinq ans à compter de la fin du protocole thérapeutique ». Le texte vise les contrats garantissant le remboursement d'un crédit relevant de la convention AERAS.

La convention, au 1) de son titre IV, en tire trois conséquences :

  • l'assureur ne peut solliciter aucune information médicale sur ce cancer ou cette hépatite C ;
  • si vous en parlez quand même, son service médical n'en tient pas compte ;
  • aucune surprime ni exclusion ne peut être appliquée du fait de cette pathologie.

Le droit à l'oubli joue sans démarche : il n'y a rien à demander. Les questionnaires de santé doivent d'ailleurs indiquer clairement que leurs périodes de référence — 15 ans pour une affection de longue durée, 10 ans pour un traitement de plus de 21 jours — sont réduites pour les personnes qui en bénéficient (convention AERAS, titre II).

À partir de quand courent les 5 ans ?

Le point de départ est la fin du protocole thérapeutique. Pour un cancer, la grille de référence la définit comme « la date de la fin du traitement actif du cancer, en l'absence de rechute, par chirurgie, radiothérapie chimiothérapie effectuées en structure autorisée, à laquelle plus aucun traitement n'est nécessaire hormis la possibilité d'une thérapeutique persistante de type hormonothérapie ou immunothérapie ». Pour une hépatite C, c'est la fin des traitements antiviraux.

  • Hormonothérapie, immunothérapie persistante : elles ne repoussent pas la date. Une femme qui prend un anti-aromatase pendant cinq ans après sa radiothérapie compte ses cinq ans à partir de la fin de la radiothérapie.
  • Rechute : c'est « toute nouvelle manifestation médicalement constatée » du cancer ou de l'hépatite C, par un examen clinique, biologique ou d'imagerie. Le délai suppose son absence ; en cas de rechute, faites établir par votre médecin la date de fin du nouveau traitement, qui devient la référence.
  • Âge au diagnostic : il ne compte plus depuis 2022. Un cancer de l'enfance et un cancer à 60 ans relèvent du même délai.
Droit à l'oubli : de la fin du protocole à la date où plus rien n'est à déclarer (exemples de calendrier)
Situation (sans rechute)Fin du protocole retenuePlus rien à déclarer après le
Chirurgie seule d'un mélanome12 septembre 2021 (date de l'intervention)12 septembre 2026 — acquis au 17 septembre 2026
Chimiothérapie d'un cancer du côlon terminée20 novembre 202120 novembre 2026
Radiothérapie d'un cancer du sein, puis hormonothérapie jusqu'en 202730 juin 2022 (l'hormonothérapie ne compte pas)30 juin 2027
Traitement antiviral d'une hépatite C terminé15 janvier 202315 janvier 2028
Chimiothérapie terminée, immunothérapie d'entretien poursuivie10 mars 202410 mars 2029
Rechute traitée : fin du traitement de la rechute5 février 20255 février 2030, à confirmer avec votre médecin

Le texte parle d'un protocole « achevé depuis plus de 5 ans » : par prudence, attendez le lendemain de la date indiquée pour remplir le questionnaire. En attendant, la grille de référence AERAS peut déjà ouvrir un tarif normal ou une surprime plafonnée pour certains cancers, dès 1 à 4 ans selon la ligne.

Le chiffre clé 5 ans au lieu de 10 : c'est le délai applicable depuis le 2 mars 2022 à tous les cancers et à l'hépatite C. Selon France Assureurs, cette réduction a contribué, avec la loi Lemoine, à faire passer la part des demandes d'assurance de prêt en risque aggravé de 9,6 % en 2022 à 7,4 % en 2024.

Pour quels prêts le droit à l'oubli s'applique-t-il ?

Le titre IV de la convention AERAS pose deux conditions : la nature du prêt et l'âge en fin de contrat. Il n'y a pas de condition de montant : c'est la différence majeure avec la grille de référence.

Droit à l'oubli : les prêts concernés au 17 septembre 2026
PrêtDroit à l'oubli ?Précision
Prêt immobilier (résidence principale, secondaire, locatif)OuiSi la dispense de questionnaire de la loi Lemoine s'applique (200 000 € par assuré, fin avant 60 ans), aucune question de santé n'est posée de toute façon
Prêt professionnel pour des locaux ou du matérielOuiLe questionnaire reste obligatoire : seul le cancer ancien n'y figure plus
Prêt professionnel pour un fonds de commerce exclusivement immatériel (clientèle, droit au bail, enseigne…)Oui, avec réserveInclusion dans le champ de la convention approuvée le 7 octobre 2024 (rapport de la Commission de médiation) ; à faire confirmer par l'assureur
Crédit à la consommation affecté ou dédiéOuiSans questionnaire jusqu'à 17 000 €, 4 ans et 50 ans
Rachat de parts sociales, prêt de trésorerieNon garantiNon mentionnés dans le champ tel qu'il est rédigé
Contrat d'assurance se terminant au-delà du 71e anniversaireNonCondition du titre IV, quel que soit le prêt

Sur le montant, le rapport d'activité 2024 de la Commission de médiation AERAS est explicite : le droit à l'oubli « s'applique sans aucune limite quant au montant du ou des prêts concernés ». Le plafond de 420 000 € de part assurée ne conditionne que la grille de référence, le troisième niveau d'examen et l'écrêtement des surprimes.

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Que devez-vous encore déclarer ?

Le droit à l'oubli efface un antécédent, pas tout le dossier. La convention AERAS et la grille précisent ce qui reste à déclarer en réponse au questionnaire, et qui peut être tarifé « en tant que tel » :

  • les autres pathologies, qu'elles soient ou non prises en charge au titre d'une affection de longue durée ;
  • les facteurs de risque ;
  • toute incapacité, invalidité ou inaptitude au travail en cours, même si elle est liée au cancer couvert par le droit à l'oubli — voir emprunter en invalidité ou avec un handicap.

Deux points restent délicats. Selon la Commission de médiation AERAS, une ALD liée à un cancer éligible et déclarée par erreur n'est pas prise en compte, conformément à une clarification du document d'information de novembre 2023. En revanche, le traitement des séquelles ou conséquences d'un cancer éligible fait l'objet de travaux engagés en 2024 et poursuivis en 2025, qui n'avaient pas abouti à une position stabilisée dans son rapport 2025. Posez la question, par écrit, avant de remplir le questionnaire.

Et si vous l'avez déclaré quand même ? Le service médical de l'assureur ne doit pas en tenir compte, et aucune surprime ni exclusion ne peut en découler. Si une proposition le fait, demandez sa révision par écrit en indiquant la date de fin de votre protocole, puis saisissez si besoin la Commission de médiation AERAS : 4 place de Budapest, CS 92459, 75436 Paris Cedex 09. Hors droit à l'oubli, en revanche, une omission volontaire expose à la nullité du contrat (article L.113-8 du code des assurances).

Cas type : Sophie, 49 ans, architecte, achète les locaux de son agence

Sophie, 49 ans, architecte libérale affiliée à la CIPAV, a été traitée pour un cancer du côlon de stade II. Sa dernière cure de chimiothérapie date du 20 novembre 2021, sans rechute depuis. En septembre 2026, elle signe un compromis pour les locaux de son agence : 250 000 € empruntés sur 15 ans, condition suspensive de prêt au 31 décembre 2026.

  1. Loi Lemoine ? Non : le local est strictement professionnel. Le questionnaire de santé est obligatoire, quel que soit le montant.
  2. Droit à l'oubli ? Le prêt finance des locaux et le contrat se termine à 64 ans, avant 71 ans : il s'applique. Le montant de 250 000 € ne change rien. Il sera acquis au lendemain du 20 novembre 2026.
  3. Et avant cette date ? Un cancer du côlon de stade II ne figure pas dans la grille, qui ne vise que les stades Tis et I. Un questionnaire signé en octobre devrait le mentionner, avec une tarification individuelle.
  4. Le calendrier. Un questionnaire rempli à partir du 21 novembre ne porte plus sur ce cancer. La convention engage l'assureur à répondre sous 3 semaines et la banque sous 2 semaines, à compter d'un dossier complet : 35 jours mènent au 26 décembre, avant l'échéance du compromis. La marge est étroite ; la banque doit en être informée dès le départ.
  5. Sa prévoyance ? Aucun droit à l'oubli. L'assureur peut l'interroger sur ce cancer. Et au-delà des 90 premiers jours d'arrêt indemnisés par l'Assurance maladie, la CIPAV ne verse aucune indemnité journalière : ce trou-là se traite avec une prévoyance, à part.

Exemple construit à partir des textes, ni dossier réel ni promesse de résultat.

Où le droit à l'oubli ne s'applique-t-il pas ?

Le droit à l'oubli est une règle de l'assurance de prêt, limitée aux cancers et à l'hépatite C. Tout le reste de votre protection obéit à d'autres règles — ou à aucune.

Après un cancer : ce qui s'applique selon le contrat, au 17 septembre 2026
Contrat ou situationDroit à l'oubli ?Ce qui s'applique
Assurance de prêt entrant dans la convention AERASOui5 ans après la fin du protocole, contrat terminé avant 71 ans
Prévoyance individuelle (arrêt de travail, invalidité, décès)NonQuestionnaire libre de l'assureur : accord, exclusion, surprime, ajournement ou refus
Assurance homme clé, garantie croisée d'associésNonSélection médicale sans dispositif protecteur
Mutuelle santé responsableSans objetAucune question de santé, aucun tarif selon l'état de santé
Régime obligatoire (SSI, caisses libérales)Sans objetDroits ouverts par l'affiliation, sans sélection médicale
Diabète, sclérose en plaques, maladie cardiovasculaire, greffe, épilepsieNonToujours à déclarer, quelle que soit l'ancienneté ; protections générales de la convention AERAS

L'article L.1141-5 prévoit bien que la convention étende ces dispositifs à d'autres pathologies, notamment chroniques, « dès lors que les progrès thérapeutiques et les données de la science » le justifient. Au 17 septembre 2026, aucune extension n'est actée : ne vous fiez pas à une page qui l'annonce — c'est l'une des idées fausses les plus répandues. L'angle prévoyance est développé dans notre page droit à l'oubli et prévoyance.

Contre-discours : attendre sa date n'est pas toujours la bonne décision. Si votre projet ne peut pas glisser, ou si votre cancer relève déjà d'une ligne de la grille avec un tarif normal, mieux vaut instruire tout de suite puis, à la date du droit à l'oubli, demander la révision d'une éventuelle surprime — une faculté de l'assureur, pas un droit — ou, pour un prêt immobilier, changer d'assurance : voir faire sauter une surprime ancienne.

Comment le droit à l'oubli a-t-il évolué, en France et en Belgique ?

Le droit à l'oubli est né d'un protocole signé le 24 mars 2015 et d'un avenant à la convention AERAS du 2 septembre 2015. La loi l'a ensuite inscrit et durci en deux temps.

Droit à l'oubli : les étapes vérifiées sur les textes
DateRègleTexte
2 septembre 2015Création du droit à l'oubli dans la conventionAvenant à la convention AERAS
28 janvier 201610 ans après la fin du protocole ; 5 ans pour les cancers survenus avant 18 ansLoi n° 2016-41 du 26 janvier 2016, art. 190 (article L.1141-5, version 2016-2022)
26 février 2020Délai de 5 ans étendu aux cancers survenus avant 21 ansDécision de la Commission de suivi et de propositions
2 mars 20225 ans pour tous les cancers et l'hépatite C, quel que soit l'âgeLoi n° 2022-270 du 28 février 2022

En Belgique, la loi du 30 octobre 2022, publiée au Moniteur belge le 17 novembre 2022, applique le droit à l'oubli aux assurances qui garantissent le remboursement d'un crédit hypothécaire ou professionnel, mais aussi aux assurances incapacité de travail, liées ou non à une activité professionnelle. Le délai de huit ans après la fin d'un traitement réussi, sans rechute, y a été ramené à cinq ans le 1er janvier 2025. La France n'a pas fait ce choix pour la prévoyance.

Questions fréquentes

Le droit à l'oubli pour un cancer, c'est 5 ans ou 10 ans ?

Cinq ans, pour tous. Depuis le 2 mars 2022, l'article L.1141-5 du code de la santé publique, modifié par la loi n° 2022-270 du 28 février 2022, interdit de recueillir une information médicale sur un cancer ou une hépatite C au-delà de cinq ans après la fin du protocole thérapeutique, sans rechute, quel que soit l'âge au diagnostic. Le délai de dix ans, avec cinq ans pour les cancers survenus jeunes, est l'ancienne règle issue de la loi du 26 janvier 2016.

À partir de quelle date se calculent les 5 ans du droit à l'oubli ?

À partir de la fin du protocole thérapeutique : pour un cancer, la fin du traitement actif par chirurgie, radiothérapie ou chimiothérapie, après laquelle plus aucun traitement n'est nécessaire, hormis une hormonothérapie ou une immunothérapie persistante. Une hormonothérapie de cinq ans ne décale donc pas la date. Pour une hépatite C, c'est la fin des traitements antiviraux. Le délai suppose l'absence de rechute, c'est-à-dire de toute nouvelle manifestation médicalement constatée.

Le droit à l'oubli s'applique-t-il à un prêt professionnel ?

Oui, si le prêt finance l'acquisition de locaux ou de matériel, et si le contrat d'assurance se termine avant votre 71e anniversaire : c'est le titre IV de la convention AERAS. Le 7 octobre 2024, la Commission de suivi a aussi approuvé l'inclusion dans le champ de la convention des fonds de commerce composés uniquement d'éléments immatériels ; faites-le confirmer par l'assureur. Le rachat de parts sociales n'est pas mentionné. Le questionnaire de santé reste à remplir : seul le cancer ancien n'a plus à y figurer.

Y a-t-il un montant maximum pour bénéficier du droit à l'oubli ?

Non. Le plafond de 420 000 euros de part assurée conditionne la grille de référence, le troisième niveau d'examen et l'écrêtement des surprimes, pas le droit à l'oubli. La Commission de médiation AERAS le rappelle dans son rapport d'activité 2024 : le droit à l'oubli s'applique sans aucune limite quant au montant du ou des prêts concernés. La seule condition d'âge est un contrat d'assurance qui arrive à échéance avant le 71e anniversaire de l'emprunteur.

J'ai déclaré un cancer couvert par le droit à l'oubli : que se passe-t-il ?

Rien de défavorable. La convention AERAS prévoit que le service médical de l'assureur ne prend pas en compte ces informations, et qu'aucune surprime ni exclusion ne peut être appliquée du fait de ce cancer. Si une proposition en tient compte, demandez sa révision par écrit en rappelant la date de fin de votre protocole, puis saisissez la Commission de médiation AERAS, 4 place de Budapest, CS 92459, 75436 Paris Cedex 09, si la réponse ne vous satisfait pas.

Le droit à l'oubli vaut-il pour la prévoyance ou pour d'autres maladies ?

Non. Il ne concerne que l'assurance d'un prêt entrant dans la convention AERAS, et seulement les cancers et l'hépatite C. Une prévoyance individuelle ou une assurance homme clé peuvent interroger sur un cancer ancien. Un diabète, une sclérose en plaques ou une greffe se déclarent toujours, quelle que soit leur ancienneté. L'article L.1141-5 prévoit une extension à d'autres pathologies quand les données de la science le permettront, mais aucune n'est actée au 17 septembre 2026.

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Yacine Sahnoune, courtier en assurances et fondateur de Prevoya

L’auteur de cette page

Yacine Sahnoune

Courtier en assurances · Fondateur de Prevoya (WeSave SAS) · Directeur de la publication

Il signe l’ensemble des contenus de ce site. Sa spécialité : traduire les barèmes des régimes obligatoires — treize caisses, des règles qui changent chaque année — en une décision claire pour un indépendant ou un dirigeant.