Assurance et risque de santé

Garantie invalidité spécifique (GIS) AERAS : ce qu'elle couvre, ou pas

Courtier en assurances ORIAS n° 26004449 Mis à jour le

La garantie invalidité spécifique (GIS) est la garantie invalidité de secours de la convention AERAS. Quand l'assureur ne peut pas vous proposer l'invalidité de son contrat standard, même avec surprime ou exclusion, il s'engage à proposer, lorsque c'est possible, cette garantie qui intervient à partir de 70 % d'incapacité fonctionnelle selon le barème des pensions civiles et militaires, sans exclure votre pathologie. 77 000 GIS ont été proposées en 2024. Pour un indépendant, elle a une limite : elle mesure l'atteinte du corps, pas l'impossibilité d'exercer votre métier, et ne couvre pas l'arrêt de travail.

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Qu'est-ce que la garantie invalidité spécifique, exactement ?

La GIS est définie par le titre III, 4) de la convention AERAS et par son annexe 2. Elle existe depuis 2011 : selon France Assureurs, 2,1 millions de GIS ont été proposées depuis sa mise en place, dont 77 000 en 2024 (76 000 en 2023). Sa définition tient en huit règles, reprises de l'annexe 2 :

  • elle correspond à une incapacité fonctionnelle couplée à une incapacité professionnelle : les deux sont exigées ;
  • elle ne comporte aucune exclusion de pathologie ;
  • la prestation est « au minimum indemnitaire, en couvrant la perte de revenu de l'assuré » ;
  • l'incapacité professionnelle s'atteste de manière administrative : titre de pension d'invalidité de 2e ou 3e catégorie pour un salarié, congé de longue maladie pour un fonctionnaire, notification d'inaptitude totale à l'exercice de la profession pour un non-salarié ;
  • l'incapacité fonctionnelle se mesure avec un barème commun à tous les assureurs, celui annexé au code des pensions civiles et militaires, et la prestation intervient à partir de 70 %, taux apprécié par le médecin-conseil de l'assureur ;
  • vous pouvez vous faire accompagner par le médecin de votre choix lors de l'expertise ;
  • en cas de plusieurs pathologies, les taux s'additionnent ;
  • en cas de contestation, une contre-expertise est de droit ; vous pouvez obtenir une copie du rapport d'expertise, verser de nouveaux éléments médicaux et vous faire accompagner d'un médecin dans la procédure amiable prévue au contrat.

Pour situer ce seuil, la convention indique que la GIS conduit l'assureur à indemniser les assurés relevant de la 3e catégorie d'invalidité de la sécurité sociale et « environ 60 % » de ceux relevant de la 2e. Ces catégories, définies à l'article L.341-4 du code de la sécurité sociale pour les salariés, visent les invalides « absolument incapables d'exercer une profession quelconque » (2e) et ceux qui ont, en plus, besoin d'une tierce personne pour les actes ordinaires de la vie (3e). La convention ne mentionne pas la 1re catégorie, celle des invalides capables d'exercer une activité rémunérée. Si une pension d'invalidité vous est déjà versée au moment d'emprunter, la question se pose autrement : voir emprunter en invalidité ou avec un handicap.

Quand l'assureur doit-il vous la proposer ?

La convention fixe un ordre. L'assureur s'engage à proposer, « lorsque c'est possible », d'abord une garantie invalidité aux conditions de base de son contrat standard, le cas échéant avec exclusion ou surprime ; ensuite la GIS ; et, si la GIS n'est pas possible, au minimum la perte totale et irréversible d'autonomie (PTIA). Cet engagement vaut pour les prêts immobiliers et professionnels du champ de la convention.

  1. Invalidité standard du contrat, éventuellement avec surprime ou exclusion — jamais les deux au titre d'une même pathologie sur la même garantie.
  2. Garantie invalidité spécifique à 70 %, sans exclusion de pathologie.
  3. PTIA au minimum, si la GIS elle-même n'est pas possible.

Trois engagements l'accompagnent. Le risque invalidité bénéficie des dispositifs de la convention en matière de médiation, de motivation et de mutualisation. Les banques s'engagent à ce qu'une difficulté d'obtention d'une garantie invalidité n'entraîne pas de refus systématique de prêt. Et quand une garantie invalidité autre que standard — une GIS par exemple — est proposée et acceptée, elles s'engagent à n'exiger aucune autre garantie pour le risque santé, sauf si l'examen du dossier ne leur donne pas une garantie raisonnable de remboursement.

Le chiffre clé La garantie incapacité-invalidité est demandée dans 88 % des dossiers en risque aggravé. En 2024, elle a été accordée sans surprime ni exclusion dans 54 % des cas, avec exclusion ou limitation dans 24 %, avec surprime dans 12 %, et refusée pour raison médicale dans 10 %. 77 000 GIS ont été proposées là où la garantie standard n'était pas possible (France Assureurs, statistiques AERAS 2024).

Que prévoit la grille AERAS pour la GIS, pathologie par pathologie ?

La partie II de la grille de référence de septembre 2023 précise, ligne par ligne, si la GIS est accordée et avec quelle surprime maximale. Trois lignes l'écartent expressément. Relevé complet :

La GIS dans la partie II de la grille de référence AERAS (édition de septembre 2023)
Ligne de la grilleGIS
Hépatite virale chronique à VHC, fibrose F3Non proposée
Adénocarcinome de la prostate en surveillance activeNon proposée
MucoviscidoseNon proposée (PTIA non plus)
Épilepsie traitée, sans crise depuis au moins 3 ansNon mentionnée : seules les garanties décès et PTIA sont prévues, surprime limitée à 50 %
Épilepsie traitée, sans crise avec rupture de contact ou sans crise diurne, et sans crise tonico-clonique, depuis au moins 3 ansSurprime limitée à 50 %, sous réserve d'exercer effectivement une profession lors de l'adhésion
Astrocytome pilocytiqueSans surprime, sous réserve de l'absence de complications ou séquelles
Adénocarcinome de la prostate traitéSans surprime, sous réserve de l'absence de complications ou séquelles
Leucémie myéloïde chroniqueSurprime plafonnée à 150 %
Leucémie ou lymphome de Burkitt, LAL3Surprime plafonnée à 50 %
Leucémie lymphoïde chroniqueMêmes termes que le décès : couverture du prêt de 15 ans maximum, surprime plafonnée à 100 %
Méningiomes cérébraux de grade I opérés ; méningiomes « non évolutifs »Mêmes conditions que le décès : extra-mortalité temporaire de 6 ‰ par an du capital restant dû
Cancer du sein infiltrant de stade ILa grille vise « incapacité et invalidité » : surprime plafonnée à 100 %

Pour les pathologies de la partie I, l'assurance est accordée sans surprime ni exclusion après le délai, garanties d'incapacité et d'invalidité comprises. Pour toutes les pathologies absentes de la grille — diabète, sclérose en plaques, maladies cardiovasculaires… —, l'ordre « invalidité standard, puis GIS, puis PTIA » s'applique sans barème préétabli. Le détail des critères est dans notre page grille de référence AERAS.

Étape suivante

GIS ou vraie garantie invalidité : faites comparer avant de signer

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Pourquoi la GIS protège-t-elle mal un indépendant ?

Parce qu'elle exige une atteinte fonctionnelle d'au moins 70 %, en plus d'une inaptitude totale à la profession. Or ce qui arrête un artisan ou un professionnel de santé libéral, c'est souvent une atteinte ciblée — une épaule, une main, le dos — qui l'empêche d'exercer son métier sans le rendre invalide à 70 % au sens d'un barème fonctionnel. Dans ce cas, la GIS ne paie pas.

GIS, invalidité standard d'assurance de prêt, prévoyance, régime obligatoire : ce qui déclenche le versement
ProtectionCe qui est mesuréSeuilArrêt de travail temporaire
GIS (convention AERAS)Incapacité fonctionnelle (barème des pensions civiles et militaires) et inaptitude totale à la profession70 % fonctionnelNon couvert
Invalidité standard d'un contrat d'assurance de prêtSelon le contrat : fonctionnel, professionnel ou croiséSelon le contrat ; l'avis du CCSF de 2026 recommande des seuils harmonisés de 66 % (totale) et 33 % (partielle)Garantie incapacité temporaire distincte, si elle est accordée
Prévoyance individuelleSelon le contrat ; le barème professionnel existeSelon le contratIndemnités journalières, si accordées
Régime obligatoire (ex. SSI)Capacité de travailSSI : capacité réduite d'au moins 66 %SSI : au plus 65,84 € par jour en 2026

L'avis du Comité consultatif du secteur financier adopté le 26 mai 2026 va dans le même sens pour les contrats standard : il recommande que l'incapacité professionnelle soit appréciée au regard de l'activité effectivement exercée, avec une mise en œuvre à partir du 1er septembre 2026 et généralisée au plus tard en 2027. La différence entre les deux logiques est détaillée dans notre page invalidité professionnelle ou fonctionnelle.

La GIS n'est pas une garantie arrêt de travail. France Assureurs la définit comme une garantie « en cas d'incapacité permanente de travail ». Pendant un arrêt temporaire, elle ne rembourse rien. Si votre incapacité temporaire est refusée ou exclue, vos échéances reposent sur vos revenus de remplacement : régime obligatoire et, le cas échéant, prévoyance.

Cas type : Julien, 44 ans, électricien, sclérose en plaques

Julien, 44 ans, artisan électricien affilié à la Sécurité sociale des indépendants, vit avec une sclérose en plaques diagnostiquée en 2022. Il emprunte 120 000 € sur 7 ans pour l'atelier et l'utilitaire de son entreprise. Avec un taux de 4 % retenu ici comme simple hypothèse, hors assurance, la mensualité est de 1 640,26 € : 120 000 × (0,04/12) ÷ [1 − (1 + 0,04/12)−84].

  1. Champ AERAS. Prêt professionnel pour des locaux et du matériel, 120 000 € assurés, contrat terminé à 51 ans : la convention s'applique. La sclérose en plaques ne figure pas dans la grille : tarification individuelle.
  2. La proposition. Supposons un décès avec surprime, une incapacité temporaire refusée et une invalidité standard impossible. L'assureur doit alors examiner la GIS, puis, à défaut, la PTIA au minimum. Julien accepte la GIS : sa banque s'est engagée à ne pas exiger d'autre garantie pour le risque santé, sauf doute raisonnable sur sa capacité de remboursement.
  3. Scénario 1 : une poussée avec 4 mois d'arrêt. La GIS ne joue pas, l'incapacité temporaire n'est pas couverte. Au plus 65,84 € par jour de la SSI, soit 1 975,20 € au maximum pour 30 jours indemnisés, face à 1 640,26 € d'échéance et aux charges de l'atelier.
  4. Scénario 2 : il ne peut plus travailler en hauteur ni manipuler d'outils. Si le médecin-conseil retient un taux fonctionnel inférieur à 70 %, la GIS ne paie pas, même avec une inaptitude totale au métier d'électricien. Une invalidité appréciée au regard de la profession aurait pu jouer.
  5. Scénario 3 : une atteinte fonctionnelle d'au moins 70 % avec une notification d'inaptitude totale à l'exercice de sa profession : la GIS intervient, sans exclusion de la sclérose en plaques.

Pour Julien, la GIS vaut mieux que rien. Elle ne dispense ni de chercher un assureur qui accepterait une incapacité temporaire, même avec exclusion ciblée, ni de chiffrer ce que verserait sa caisse : notre simulateur de pension d'invalidité le fait par caisse.

Exemple construit à partir des textes, ni dossier réel ni promesse de résultat.

Prévoyance, mutuelle, régime obligatoire : qu'est-ce qui prend le relais ?

La GIS n'existe que dans l'assurance de prêt. Dans les autres contrats, le risque aggravé de santé obéit à d'autres règles.

  • Prévoyance individuelle : aucune GIS, aucun ordre de proposition imposé. L'assureur peut accepter, surprimer, exclure, ajourner ou refuser. C'est pourtant là que se couvrent l'arrêt de travail et l'invalidité professionnelle : voir prévoyance refusée ou ajournée et, pour la situation de Julien, prévoyance avec une sclérose en plaques.
  • Régime obligatoire : indemnités journalières et pension d'invalidité sont versées sans sélection médicale. Pour la SSI, la pension d'invalidité totale et définitive représente 50 % du revenu moyen, au plus 2 002,50 € par mois en 2026 ; l'incapacité partielle au métier, 30 %, au plus 1 201,50 €. Détail dans la prévoyance invalidité des indépendants.
  • Mutuelle santé responsable : aucune question de santé, aucun tarif selon l'état de santé. Elle rembourse les soins, pas les revenus.

Faut-il accepter une GIS, et quand ne pas s'en contenter ?

Acceptez-la plutôt que de repartir sans garantie invalidité : elle ne coûte pas l'exclusion de votre pathologie, et la banque ne peut pas, en principe, exiger une autre garantie santé en plus. Mais ne la prenez pas pour ce qu'elle n'est pas.

  • Ne signez pas la première GIS si un autre assureur peut faire mieux. Une invalidité standard avec une exclusion ciblée — par exemple sur une seule pathologie — peut mieux protéger un métier manuel qu'une GIS à 70 % fonctionnel. Des examens médicaux de moins de six mois sont réutilisables d'un assureur à l'autre.
  • Ne comptez pas sur elle pour payer pendant un arrêt. Chiffrez ce que verse votre caisse et le délai avant le premier versement.
  • Ne surassurez pas un petit prêt court. Pour quelques dizaines de milliers d'euros sur trois ans, une garantie alternative prévue par la convention — caution, portefeuille de valeurs mobilières, contrat d'assurance vie — peut suffire, si la banque l'accepte. Une caution transfère la dette à quelqu'un d'autre, elle ne protège pas votre famille.
  • Contestez un taux qui vous paraît faux. La contre-expertise est de droit, et la Commission de médiation AERAS peut être saisie sur l'application de la convention.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la garantie invalidité spécifique AERAS ?

C'est une garantie d'assurance de prêt créée par la convention AERAS en 2011 pour les personnes présentant un risque aggravé de santé. Elle intervient à partir d'un taux d'incapacité fonctionnelle de 70 %, apprécié par le médecin-conseil selon le barème annexé au code des pensions civiles et militaires, couplé à une incapacité professionnelle. Elle ne comporte aucune exclusion de pathologie. Selon France Assureurs, 77 000 GIS ont été proposées en 2024 et 2,1 millions depuis 2011.

Quand l'assureur doit-il proposer une GIS ?

Quand il ne peut pas proposer la garantie invalidité de son contrat standard, même avec surprime ou exclusion. La convention AERAS, titre III, fixe l'ordre : d'abord l'invalidité aux conditions de base du contrat, le cas échéant avec exclusion ou surprime ; sinon la garantie invalidité spécifique à 70 % ; et, si la GIS n'est pas possible non plus, au minimum la couverture de la perte totale et irréversible d'autonomie. Cet engagement vaut pour les prêts immobiliers et professionnels du champ de la convention.

Un travailleur indépendant peut-il toucher la GIS ?

Oui, mais les deux conditions sont exigeantes. Il faut un taux d'incapacité fonctionnelle d'au moins 70 % selon le barème des pensions civiles et militaires, et une incapacité professionnelle attestée, pour un non-salarié, par une notification d'inaptitude totale à l'exercice de sa profession. Un artisan qui ne peut plus exercer son métier manuel mais reste fonctionnellement peu atteint ne remplit pas la première condition : la GIS ne joue pas, alors qu'une invalidité professionnelle aurait pu jouer.

La GIS couvre-t-elle un arrêt de travail ?

Non. France Assureurs la définit comme une garantie en cas d'incapacité permanente de travail, au taux d'incapacité fonctionnelle d'au moins 70 %. Elle ne rembourse pas les échéances pendant un arrêt de travail temporaire. Si la garantie incapacité temporaire vous est refusée ou limitée, le socle reste votre régime obligatoire — pour un artisan ou un commerçant, au plus 65,84 euros par jour en 2026 — et une prévoyance individuelle, qui a ses propres règles de sélection médicale.

La GIS exclut-elle ma maladie ?

Non. L'annexe 2 de la convention AERAS précise que la garantie accordée ne comporte aucune exclusion de pathologie, et France Assureurs rappelle qu'elle ne comporte aucune exclusion concernant la pathologie déclarée par l'assuré. C'est son principal intérêt face à une invalidité standard assortie d'une exclusion. En cas de pathologies multiples, les taux s'additionnent, et vous pouvez demander de droit une contre-expertise si vous contestez la décision de l'assureur.

Pour quelles pathologies de la grille AERAS la GIS n'est-elle pas proposée ?

La grille de référence de septembre 2023 indique « GIS non proposée » pour l'hépatite C avec fibrose F3 et pour l'adénocarcinome de la prostate en surveillance active, et « PTIA et GIS non proposées » pour la mucoviscidose. Pour l'une des deux lignes consacrées à l'épilepsie traitée, seules les garanties décès et PTIA sont mentionnées. Dans les autres lignes de la partie II, la GIS est accordée sans surprime ou avec une surprime plafonnée, parfois sous conditions.

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Yacine Sahnoune, courtier en assurances et fondateur de Prevoya

L’auteur de cette page

Yacine Sahnoune

Courtier en assurances · Fondateur de Prevoya (WeSave SAS) · Directeur de la publication

Il signe l’ensemble des contenus de ce site. Sa spécialité : traduire les barèmes des régimes obligatoires — treize caisses, des règles qui changent chaque année — en une décision claire pour un indépendant ou un dirigeant.