Invalidité de l'indépendant : rentes 2026 et vrais niveaux de couverture

En invalidité totale, un indépendant touche de sa caisse obligatoire entre environ 9 577 €/an (CNBF) et 49 860 €/an (CAVEC classe 4) en 2026 — la plupart des régimes plafonnant sous 2 000 €/mois. Presque tous exigent une capacité réduite d'au moins 66 %, et l'invalidité partielle est très mal couverte : la CARMF, par exemple, ne verse rien en dessous de l'invalidité totale. C'est le risque financier n° 1 du TNS — et le moins assuré.

Le seuil des 66 % : la barrière quasi générale

Avant de parler montants, une règle domine tout : pour ouvrir droit à une rente obligatoire, il faut dans la plupart des régimes une capacité réduite d'au moins les deux tiers (66 %). C'est le cas à la SSI, à la CARPIMKO, à la CIPAV, à la CAVEC. Concrètement, un indépendant invalide à 40 ou 50 % — incapable d'assurer la moitié de son activité, donc de la moitié de son revenu — ne touche le plus souvent rien de sa caisse. Le régime obligatoire raisonne en tout ou (presque) rien ; votre compte en banque, lui, raisonne en pourcentage de chiffre d'affaires perdu.

Rentes d'invalidité 2026, caisse par caisse

Rentes d'invalidité des régimes obligatoires — barèmes 2026 (montants bruts)
Caisse Invalidité totale Invalidité partielle
SSI (artisans, commerçants) 50 % du revenu moyen : 747 à 2 002,50 €/mois 30 % du revenu moyen : 530,21 à 1 201,50 €/mois (incapacité au métier)
CARPIMKO (infirmiers, kinés…) 20 160 €/an (+ 3 024 €/an par enfant) 10 080 €/an — mais seulement si invalidité ≥ 66 %, à partir du 366e jour
CARMF (médecins) 23 662 à 31 549 €/an selon la classe (+ 35 % conjoint, + rente enfant 8 788,52 €/an) Rien. Seule l'invalidité totale et définitive est couverte
CARCDSF (dentistes) 32 463,80 €/an (sages-femmes : 13 729 €/an) Non couverte (incapacité totale exigée)
CIPAV (architectes, ostéopathes…) Forfait + points : exemple officiel 10 121 €/an pour 20 000 € de revenu Rien sous 66 % de réduction de capacité
CAVEC (experts-comptables) 12 465 à 49 860 €/an selon la classe Pension proratisée entre 66 et 100 % d'invalidité
CAVP (pharmaciens) 16 872 €/an (+ 16 872 €/an par enfant, + 8 436 €/an conjoint) Non couverte
CNBF (avocats) ≈ 9 577 €/an, après épuisement des 3 ans d'IJ Non couverte (impossibilité totale d'exercer exigée)
MSA (exploitants agricoles) 50 % du revenu moyen : 7 916,45 à 12 015 €/an 30 % du revenu moyen : 4 465,69 à 7 209 €/an
Régime général (présidents SASU) Cat. 2 : 50 % du salaire moyen, max 2 002,50 €/mois ; cat. 3 : + MTP 1 298,44 €/mois Cat. 1 : 30 % du salaire moyen, max 1 201,50 €/mois

Base de calcul SSI et régime général : moyenne des 10 meilleures années plafonnées au PASS (48 060 € en 2026). Un artisan qui gagnait 60 000 € est donc calculé sur 48 060 € au mieux : la rente maximale de 2 002,50 €/mois représente 40 % de son revenu réel.

L'invalidité partielle : le grand angle mort

Relisez la colonne de droite du tableau : c'est elle qui devrait vous inquiéter. Les invalidités totales et définitives sont rares ; les invalidités partielles — un dos qui ne supporte plus les journées complètes, une main qui a perdu sa précision, une fatigue chronique qui divise l'activité par deux — sont beaucoup plus fréquentes. Or :

  • La CARMF ne verse rien tant que le médecin n'est pas en invalidité totale et définitive ;
  • La CARPIMKO conditionne même sa rente « partielle » à un taux de 66 % ;
  • La CIPAV, la CAVP, la CNBF, la CARCDSF n'indemnisent pas l'invalidité partielle ;
  • Seules la SSI, la MSA et le régime général versent une pension partielle (30 % du revenu moyen plafonné) — insuffisante mais réelle.

Le scénario le plus probable statistiquement — perdre 30 à 60 % de sa capacité de travail — est précisément celui où la majorité des caisses de libéraux versent 0 €. C'est l'argument central en faveur d'une rente invalidité privée, avant même le niveau des rentes totales.

Le risque financier n° 1 : des décennies de revenu en jeu

Le chiffre clé

Une invalidité totale à 45 ans, pour un revenu de 50 000 €/an, représente jusqu'à 1 000 000 € de revenus perdus d'ici 65 ans. La meilleure rente obligatoire du tableau (49 860 €/an, CAVEC classe 4) est l'exception : la plupart des caisses versent moins de 24 000 €/an.

Comparez les trois risques de la prévoyance. Un arrêt de travail dure des semaines ou des mois : douloureux, rarement ruineux. Un décès déclenche un capital, et le besoin de la famille est borné. L'invalidité, elle, cumule le pire des deux : la perte de revenu d'un arrêt, prolongée jusqu'à la retraite, avec souvent des charges de santé et d'adaptation en plus. C'est pourtant la garantie que les TNS regardent le moins à la souscription — on négocie le montant des IJ, on survole la rente invalidité. Faites l'inverse.

Comment les contrats privés calculent la rente : T/66 et barèmes

Les contrats de prévoyance privés comblent deux failles du régime obligatoire : ils indemnisent dès 33 % d'invalidité (et non 66 %), et ils versent une rente proportionnelle. La formule la plus répandue :

  • T ≥ 66 % : rente pleine (le montant souscrit, par exemple 30 000 €/an) ;
  • 33 % ≤ T < 66 % : rente réduite = rente pleine × T / 66 ;
  • T < 33 % : rien.

Exemple : rente souscrite 30 000 €/an, taux T = 50 % → 30 000 × 50/66 ≈ 22 727 €/an. Toute la question est alors : comment T est-il évalué ? Barème fonctionnel (droit commun), professionnel (par rapport à VOTRE métier) ou croisé — pour un chirurgien ou un artisan, cette clause vaut plus que le montant de la rente. Lisez notre page dédiée : invalidité professionnelle ou fonctionnelle, la clause qui change tout.

Exemple calculé : Marc, médecin généraliste, 45 ans

Marc, 45 ans, généraliste libéral (CARMF), BNC de 90 000 €/an. Un AVC lui laisse des séquelles : il ne peut plus assurer que des demi-journées. Invalidité évaluée à 50 %.

Situation de Marc — invalidité 50 %, BNC de référence 90 000 €/an (barèmes 2026)
Poste Calcul Montant
Revenu après invalidité (mi-temps)90 000 × 50 %45 000 €/an
Rente CARMFInvalidité partielle non couverte0 €
Perte annuelle90 000 − 45 00045 000 €/an
Perte cumulée jusqu'à 62 ans45 000 × 17 ans765 000 €
Avec un contrat privé (rente 45 000 €/an, barème professionnel)45 000 × 50/66≈ 34 091 €/an, soit ≈ 580 000 € cumulés

Sans contrat privé, Marc perd les trois quarts d'un million d'euros. Avec une rente invalidité au barème professionnel, il en récupère environ 580 000 €. La cotisation d'une prévoyance complète de médecin (200 à 280 €/mois pour ce profil) se relit autrement à la lumière de ce calcul. Mesurez votre propre exposition avec le simulateur et le reste à vivre en arrêt.

Quand la couverture obligatoire peut suffire

Soyons honnêtes, trois situations relativisent le besoin. Fin de carrière : à 60 ans, l'espérance de rente privée est courte et les cotisations élevées — l'arbitrage penche vers l'épargne. Petits revenus proches des plafonds obligatoires : un artisan à 22 000 €/an est déjà couvert à 50 % par la SSI en invalidité totale ; la priorité est plutôt la garantie partielle et les IJ. Patrimoine constitué : si vos revenus locatifs couvrent vos charges, l'invalidité est un risque de niveau de vie, plus un risque de survie. Pour tous les autres — libéraux à revenus moyens ou élevés, CARMF et caisses sans garantie partielle en tête — le trou est béant et aucune trésorerie ne couvre 17 ans.

Questions fréquentes

Combien touche un indépendant en invalidité ?

Tout dépend de la caisse. En invalidité totale (2026) : 747 à 2 002,50 €/mois à la SSI, 20 160 €/an à la CARPIMKO, 23 662 à 31 549 €/an à la CARMF, 12 465 à 49 860 €/an à la CAVEC selon la classe, 16 872 €/an à la CAVP, environ 9 577 €/an à la CNBF, 12 015 €/an maximum à la MSA. À la CIPAV, la rente dépend des points : environ 10 121 €/an pour un revenu de 20 000 €.

Quel taux d'invalidité faut-il atteindre pour toucher une rente ?

Dans presque tous les régimes obligatoires d'indépendants, il faut une capacité réduite d'au moins 66 % (les deux tiers) : SSI, CARPIMKO, CIPAV, CAVEC notamment. En dessous de ce seuil, la plupart des caisses ne versent rien. Les contrats privés sont plus souples : ils indemnisent en général dès 33 % d'invalidité, avec une rente proportionnelle.

L'invalidité partielle est-elle couverte par les caisses ?

Très mal. La CARMF ne couvre que l'invalidité totale et définitive : un médecin invalide à 50 % ne touche rien. La SSI verse une pension d'incapacité partielle au métier de 530,21 à 1 201,50 €/mois, la CARPIMKO une rente partielle de 10 080 €/an mais seulement à partir de 66 % d'invalidité. C'est le principal angle mort de la couverture obligatoire, et la première raison de souscrire une rente invalidité privée.

Comment un contrat privé calcule-t-il la rente d'invalidité ?

La formule la plus courante : rente pleine à partir de 66 % d'invalidité ; entre 33 et 66 %, rente proportionnelle égale à la rente pleine multipliée par T/66 (T = taux d'invalidité) ; rien en dessous de 33 %. Tout dépend ensuite de la façon dont T est évalué : barème fonctionnel, professionnel ou croisé — c'est la clause qui change tout.

Pourquoi l'invalidité est-elle le risque financier numéro 1 du TNS ?

Parce qu'elle cumule la durée et le montant : une invalidité à 45 ans peut supprimer 15 à 20 ans de revenus, soit souvent plus d'un million d'euros pour un revenu de 50 000 €/an, alors que les rentes obligatoires plafonnent presque toutes sous 2 000 €/mois. Un arrêt de travail dure des semaines, un décès est couvert par un capital : l'invalidité, elle, dure jusqu'à la retraite.

La pension d'invalidité est-elle cumulable avec un revenu d'activité ?

Partiellement, selon les régimes. La SSI et le régime général permettent de cumuler pension d'invalidité partielle et revenus réduits, dans des limites de ressources. À l'inverse, plusieurs caisses de libéraux (CARMF notamment) exigent la cessation d'activité pour verser la rente d'invalidité totale. Vérifiez les règles précises de votre caisse avant tout projet de reprise partielle.

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Sources