Prévoyance des professions libérales : tout dépend de votre caisse

Il n'existe pas « une » prévoyance des professions libérales. Depuis le 1er juillet 2021, tous les libéraux réglementés partagent le même socle : des IJ versées par la CPAM du 4e au 90e jour, égales à 1/730e du revenu moyen plafonné à 3 PASS, soit 26,33 à 197,51 €/jour en 2026. Après le 90e jour, tout se disloque : 197,51 €/j à la CARMF, 130 € à la CAVEC, 55,44 € à la CARPIMKO… et 0 € à la CIPAV comme à la CAVP. Les libéraux non réglementés, eux, relèvent de la SSI depuis 2019 : 65,84 €/j maximum, mais dès le 4e jour et jusqu'à 360 jours.

Réglementé ou non réglementé : la ligne de partage

C'est la première question à trancher, et la seule qui compte vraiment. Deux mondes cohabitent sous l'étiquette « profession libérale », avec des droits sans rapport l'un avec l'autre.

Les libéraux réglementés : les sections de la CNAVPL

Ce sont les professions dont l'exercice est encadré par un ordre, un titre protégé ou une réglementation spécifique. Elles cotisent à l'une des dix sections professionnelles de la CNAVPL (Caisse nationale d'assurance vieillesse des professions libérales). Les principales :

À part, mais réglementée elle aussi : la CNBF, caisse des avocats, qui n'appartient pas à la CNAVPL — avec les conséquences décrites plus bas. Et pour les exploitants agricoles, ni CNAVPL ni SSI : c'est la MSA.

Les non réglementés : à la SSI depuis 2019

Consultants, formateurs, coachs, développeurs freelances, graphistes, traducteurs, rédacteurs, agents commerciaux… Toutes ces activités libérales ne figurant sur aucune liste réglementée ont été rattachées à la Sécurité sociale des indépendants par la réforme votée fin 2017 et applicable aux créations d'activité à partir du 1er janvier 2019. Les affiliés CIPAV antérieurs à cette date ont disposé d'un droit d'option temporaire pour basculer vers la SSI ; ce droit est aujourd'hui clos, ce qui explique qu'un ostéopathe installé en 2016 et son confrère installé en 2020 puissent relever de deux caisses différentes.

Concrètement, pour un non réglementé : IJ de 1/730e du revenu annuel moyen des 3 dernières années, plafonnée au PASS (48 060 € en 2026), soit 65,84 €/jour au maximum, versée dès le 4e jour et jusqu'à 360 jours sur 3 ans. Moins élevée qu'un plafond libéral, mais continue — c'est l'inverse exact du profil CIPAV. Les micro-entrepreneurs suivent la même règle, avec un revenu reconstitué après abattement : voir la page auto-entrepreneur.

Le socle commun : les IJ CPAM des 90 premiers jours

Jusqu'en 2021, un médecin ou une infirmière libérale n'avait rien pendant les trois premiers mois d'arrêt. Le décret du 1er juillet 2021 a créé un socle unique, financé par une cotisation supplémentaire et géré par la CPAM, pour tous les affiliés de la CNAVPL.

Indemnités journalières CPAM des professions libérales réglementées — barème 2026
ParamètreRègle 2026
Formule1/730e du revenu annuel moyen des 3 dernières années
Revenu retenuPlafonné à 3 PASS, soit 144 180 € ; assiette plancher 19 224 € (40 % du PASS)
Montant26,33 €/j minimum197,51 €/j maximum
Carence3 jours : versement du 4e au 90e jour
Durée87 jours indemnisés par arrêt, 360 IJ maximum sur 3 ans
ExclusLes avocats (CNBF, hors CNAVPL)

Le cas des avocats : pas de socle CPAM du tout

La CNBF n'étant pas une section de la CNAVPL, les avocats sont restés en dehors du dispositif de 2021. Leurs 90 premiers jours d'arrêt ne relèvent pas de la CPAM : ils dépendent du barreau et d'un éventuel contrat collectif de type LPA. La CNBF n'intervient qu'à partir du 91e jour, à hauteur de 90 €/jour, jusqu'au 1 095e. Un avocat sans couverture de barreau efficace cumule donc les deux trous : le début et la fin.

Après le 90e jour : là où tout se joue

Le socle CPAM s'arrête net le 90e jour. À partir du 91e, c'est votre caisse — et elle seule — qui prend le relais. Ou pas.

Ce que verse chaque caisse libérale à partir du 91e jour d'arrêt — barèmes 2026
CaisseProfessionsIJ à partir du 91e jourDurée
CARMFMédecins65,84 à 197,51 €/j (1/730e du revenu N-2, par classe)36 mois
CAVECExperts-comptables, CAC130 €/j (forfait)36 mois
CARCDSFChirurgiens-dentistes113,22 €/j (forfait)3 ans
CNBFAvocats90 €/j (forfait, aucun socle CPAM avant)Du 91e au 1 095e jour
CARPIMKOInfirmiers, kinés, orthophonistes, orthoptistes, podologues55,44 €/j (forfait)Jusqu'au 1 095e jour
CARCDSFSages-femmes49,70 €/j (forfait)3 ans
CIPAVArchitectes, ostéopathes, psychologues, guides, moniteurs…0 €
CAVPPharmaciens, biologistes0 €

Lisez ce tableau deux fois. Deux professionnels au même revenu, avec le même arrêt de six mois, peuvent voir 17 775,90 € d'écart sur les trois derniers mois selon la caisse à laquelle un texte réglementaire les a rattachés : 90 jours à 197,51 € pour un médecin de classe C, 90 jours à 0 € pour un ostéopathe CIPAV. Le comparatif complet est sur le baromètre IJ des indépendants.

Le chiffre clé

0 €. C'est ce que verse la CIPAV — et la CAVP — à partir du 91e jour d'arrêt, quel que soit votre revenu, jusqu'à une éventuelle reconnaissance d'invalidité qui exige une capacité réduite d'au moins 66 %. Un affilié CIPAV en burn-out de neuf mois touche ses 87 IJ CPAM, puis plus rien pendant six mois.

Exemple : Sophie, ostéopathe, découvre qu'elle est à la CIPAV

Sophie, 41 ans, ostéopathe installée depuis 2016, déclare 42 000 € de BNC par an. Elle est persuadée de relever de « la Sécu des indépendants » comme son mari artisan. Son appel de cotisation retraite dit CIPAV. Une tendinite invalidante de l'épaule l'arrête six mois :

  • IJ CPAM : 42 000 ÷ 730 = 57,53 €/jour, du 4e au 90e jour, soit 87 jours × 57,53 € = 5 005,11 €.
  • Du 91e au 180e jour : 90 jours × 0 € = 0 €. La CIPAV ne verse aucune IJ.
  • Revenu qu'elle aurait produit sur 180 jours : 42 000 × 180/365 = 20 712,33 €.
  • Trou de couverture : 15 707,22 € sur six mois — pendant que le loyer du cabinet, l'URSSAF et le crédit de la maison continuent.

Si Sophie s'était installée en 2020, elle aurait relevé de la SSI : 177 jours indemnisés à 57,53 €, soit 10 182,81 €. Même métier, même revenu, même arrêt — 5 177,70 € de plus, uniquement à cause de la date d'installation. C'est exactement ce genre d'écart que mesure notre simulateur d'indemnités journalières.

Comment identifier votre caisse en trois minutes

Beaucoup de libéraux se trompent, et les contrats de prévoyance mal calibrés qui en découlent sont notre lot quotidien. Trois vérifications, par ordre de fiabilité :

  1. Votre appel de cotisation annuel — c'est la preuve. Le nom de la caisse (CARPIMKO, CIPAV, CARMF…) figure en en-tête du courrier ou du PDF reçu en début d'année pour la retraite et l'invalidité-décès. Si vous ne recevez rien d'autre que des échéanciers URSSAF, vous êtes très probablement à la SSI.
  2. Votre compte en ligne URSSAF — l'attestation d'affiliation et l'attestation de vigilance mentionnent votre régime de rattachement. Le compte indépendant sur urssaf.fr affiche également les cotisations appelées pour le compte de votre caisse de retraite.
  3. Votre code APE — un indice à confirmer. Le code attribué par l'INSEE décrit votre activité, sans rien dire de votre affiliation ; deux professionnels au même code APE peuvent relever de deux caisses différentes selon leur date d'installation. Ne construisez jamais un contrat sur ce seul élément.

En cas de doute persistant — activité mixte, changement de statut, reprise après interruption —, l'URSSAF et la section CNAVPL concernée tranchent par écrit. Demandez-le : c'est ce document que votre assureur regardera le jour du sinistre.

Ce que votre caisse change dans votre contrat

Le régime obligatoire détermine mécaniquement la forme du contrat qu'il vous faut, autant que son montant :

  • CIPAV et CAVP : priorité absolue à une garantie IJ longue durée, avec une franchise courte ou moyenne et surtout une durée d'indemnisation de 1 095 jours. C'est le seul profil où l'arrêt long est intégralement à votre charge.
  • CARPIMKO et sages-femmes CARCDSF : les 55,44 € et 49,70 € forfaitaires sont déconnectés du revenu. Plus vous gagnez, plus l'écart se creuse — le complément se calibre en euros par jour.
  • CARMF : IJ correctes mais invalidité partielle non couverte. L'enjeu se déplace vers une rente d'invalidité professionnelle.
  • CAVEC et dentistes CARCDSF : 130 € et 113,22 €/jour, parmi les meilleurs régimes. Ici, l'arrêt court est raisonnablement couvert ; l'urgence porte sur les frais généraux et le décès.

Dans tous les cas, la déduction Madelin est ouverte aux libéraux au régime réel : 3,75 % du bénéfice + 7 % du PASS (3 364,20 € de forfait en 2026), plafond global 11 534,40 €. Et attention aux exclusions dos et psy, qui visent précisément les deux premières causes d'arrêt long chez les libéraux de santé.

Quand votre caisse suffit (et quand elle ne suffit pas)

Nous vendons de la prévoyance, et nous disons quand elle peut attendre. Un expert-comptable CAVEC dont le revenu tourne autour de 50 000 € touche 130 €/jour après le 90e jour, soit près de 3 950 €/mois : sur l'arrêt de travail, il est mieux couvert que beaucoup de salariés. Un chirurgien-dentiste à 113,22 €/jour est dans la même situation. Pour eux, souscrire une grosse garantie IJ relève de l'excès de zèle ; l'argent est mieux placé sur l'invalidité et le capital décès, où les régimes restent lacunaires.

À l'inverse, aucun affilié CIPAV ou CAVP ne peut faire l'impasse : le trou n'est pas partiel, il est total à partir du 91e jour. Et pour tous, gardez à l'esprit qu'une mutuelle santé ne remplace jamais un revenu — la confusion reste la plus fréquente que nous rencontrions : mutuelle ou prévoyance ?. Selon le baromètre MetLife/CSA 2026, 62 % des indépendants ne tiendraient pas plus d'un mois sur les seules prestations obligatoires, et seulement 44 % sont équipés d'un contrat.

Questions fréquentes

Comment savoir si je suis une profession libérale réglementée ou non ?

Regardez qui vous appelle vos cotisations retraite. Si c'est une section de la CNAVPL (CARPIMKO, CARMF, CARCDSF, CAVEC, CAVP, CARPV, CIPAV) ou la CNBF, vous êtes réglementé. Si c'est l'URSSAF seule, au titre de la Sécurité sociale des indépendants, vous êtes non réglementé. Le code APE ne donne qu'un indice : seul le courrier d'affiliation fait foi.

Quelles indemnités journalières touche une profession libérale en arrêt maladie ?

Depuis le 1er juillet 2021, les libéraux réglementés perçoivent des IJ versées par la CPAM du 4e au 90e jour, égales à 1/730e du revenu annuel moyen des 3 dernières années retenu dans la limite de 3 PASS. Cela donne de 26,33 à 197,51 € par jour en 2026, dans la limite de 87 jours indemnisés par arrêt. Au-delà du 90e jour, tout dépend de la caisse : de 0 € à la CIPAV et à la CAVP jusqu'à 197,51 € à la CARMF.

Pourquoi la CIPAV ne verse-t-elle aucune indemnité journalière ?

Parce que son régime invalidité-décès ne comporte pas de garantie incapacité temporaire. La CIPAV, comme la CAVP, s'appuie uniquement sur le socle CPAM des 90 premiers jours. Passé le 90e jour, l'affilié n'a plus aucun revenu de remplacement jusqu'à une éventuelle reconnaissance d'invalidité, qui suppose une capacité réduite d'au moins deux tiers. C'est le trou de couverture le plus long de toutes les caisses françaises.

Les avocats sont-ils couverts par les indemnités journalières de la CPAM ?

Non. La CNBF n'appartient pas à la CNAVPL : les avocats sont exclus du socle commun mis en place le 1er juillet 2021. Leurs 90 premiers jours d'arrêt dépendent du barreau et d'un éventuel contrat collectif de type LPA, et la CNBF ne verse ses 90 € par jour qu'à partir du 91e jour, jusqu'au 1095e.

Une profession libérale non réglementée relève-t-elle de la SSI ?

Oui. Depuis la réforme applicable au 1er janvier 2019, les activités libérales non listées sont rattachées à la Sécurité sociale des indépendants pour la maladie, l'invalidité, le décès et la retraite. Leurs IJ suivent la règle SSI : 1/730e du revenu annuel moyen plafonné au PASS, soit 65,84 € par jour au maximum en 2026, dès le 4e jour et jusqu'à 360 jours sur 3 ans.

Faut-il une prévoyance quand on est libéral réglementé ?

Cela dépend entièrement de la caisse et du revenu. Un expert-comptable à la CAVEC touche 130 € par jour après le 90e jour, un chirurgien-dentiste 113,22 € : leur priorité est l'invalidité et le décès plus que l'arrêt court. Un affilié CIPAV ou CAVP tombe à 0 € au 91e jour, quel que soit son revenu : pour lui, la garantie indemnités journalières longue durée est la première urgence.

Votre caisse, votre revenu, votre trou — chiffrés

Le simulateur applique le barème réel de votre section (CPAM les 90 premiers jours, puis votre caisse) et calcule l'écart avec votre revenu.

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