Résilier ou changer sa prévoyance TNS : ce qui est possible (2026)

Non : la loi Hamon et la résiliation infra-annuelle ne s'appliquent pas à un contrat de prévoyance. Hamon vise l'auto, l'habitation et les contrats affinitaires ; la résiliation infra-annuelle (loi du 14 juillet 2019) vise la complémentaire santé, et elle seule. Une prévoyance TNS se résilie à l'échéance annuelle, avec le préavis prévu au contrat — le plus souvent 2 mois —, sauf cas légaux comme la cessation d'activité (article L113-16 du Code des assurances : 3 mois pour agir, effet 1 mois après notification). Et une règle qui prime sur toutes les autres : ne résiliez jamais avant d'avoir signé le nouveau contrat.

Pourquoi les dispositifs « résiliation facile » ne vous concernent pas

Le marché a intégré l'idée qu'on résilie une assurance quand on veut. C'est vrai pour trois familles de contrats — et la prévoyance n'en fait partie d'aucune. Cette confusion coûte cher : elle pousse des indépendants à envoyer une lettre de résiliation en pensant partir sous un mois, puis à découvrir qu'ils sont engagés jusqu'à l'échéance suivante… ou, pire, à résilier réellement et à se retrouver sans couverture.

La loi Hamon : auto, habitation, affinitaire

La loi Consommation du 17 mars 2014, codifiée à l'article L113-15-2 du Code des assurances, permet de résilier à tout moment après un an un contrat d'assurance automobile, d'assurance habitation (MRH) ou un contrat affinitaire (extension de garantie d'un appareil, assurance d'un moyen de paiement). La liste est limitative. Un contrat garantissant l'arrêt de travail, l'invalidité et le décès n'y figure pas.

La résiliation infra-annuelle : la complémentaire santé, et elle seule

La loi du 14 juillet 2019 permet de résilier une complémentaire santé à tout moment après 12 mois d'adhésion, sans frais ni motif, avec un préavis d'un mois — le nouvel organisme se chargeant même des formalités. Nous détaillons ce régime sur notre page résilier sa mutuelle TNS à tout moment. Il ne s'étend pas à la prévoyance : une mutuelle rembourse des soins, une prévoyance remplace un revenu, et le second contrat repose sur une sélection médicale que le premier ignore. C'est toute la différence expliquée dans mutuelle ou prévoyance.

La loi Chatel : une protection dont votre contrat Madelin est probablement exclu

La loi Chatel (2005), codifiée à l'article L113-15-1, oblige l'assureur à rappeler la date limite de dénonciation avec chaque avis d'échéance annuel. Avis envoyé moins de 15 jours avant cette date, ou après : vous disposez de 20 jours à compter de son envoi pour dénoncer. Avis jamais envoyé : vous pouvez résilier sans pénalité, à tout moment à compter de la reconduction, l'assureur devant vous rembourser le prorata de prime sous 30 jours.

Le piège : l'article L113-15-1 ne vise que les contrats à tacite reconduction couvrant les personnes physiques en dehors de leurs activités professionnelles, et il exclut expressément les assurances sur la vie et les assurances de groupe. Un contrat de prévoyance Madelin est un contrat de groupe souscrit dans le cadre de l'activité professionnelle : il cumule les deux motifs d'exclusion. Beaucoup d'assureurs envoient l'avis d'échéance par usage commercial — tant mieux, mais ne bâtissez pas votre calendrier là-dessus. Notez vous-même la date d'échéance et la date limite de dénonciation.

Les quatre régimes de résiliation et leur application à une prévoyance TNS (2026)
Dispositif Contrats visés S'applique à la prévoyance TNS ? Délai
Loi Hamon (L113-15-2) Auto, habitation, affinitaire Non À tout moment après 1 an
Résiliation infra-annuelle (loi du 14 juillet 2019) Complémentaire santé Non À tout moment après 12 mois, préavis 1 mois
Loi Chatel (L113-15-1) Tacite reconduction, personnes physiques hors activité professionnelle ; assurances vie et contrats de groupe exclus Le plus souvent non pour un contrat Madelin de groupe 20 jours si avis tardif ; à tout moment si avis absent
Échéance annuelle (droit commun du contrat) Tous les contrats à tacite reconduction Oui — c'est la voie normale Préavis contractuel, généralement 2 mois
Changement de situation (L113-16) Domicile, situation ou régime matrimonial, profession, retraite, cessation définitive d'activité Oui, sous conditions 3 mois pour agir, effet 1 mois après notification

La voie normale : l'échéance annuelle et son préavis

Trois points à vérifier dans vos conditions particulières, aujourd'hui, avant d'en avoir besoin.

  1. La date d'échéance principale. Ce n'est pas forcément la date anniversaire de votre signature : beaucoup de contrats calent l'échéance au 1er janvier ou au 31 décembre, quelle que soit la date d'adhésion.
  2. La durée du préavis. Un mois, deux mois, parfois trois. Deux mois est la norme du marché en prévoyance individuelle. Un préavis de 2 mois sur une échéance au 1er janvier signifie une dénonciation reçue au plus tard le 31 octobre.
  3. La forme et le point de départ. La notification peut se faire par lettre ou tout autre support durable prévu au contrat. Le préavis court à compter de la réception : conservez la preuve de dépôt et l'accusé de réception.

Le calendrier réaliste, à rebours de l'échéance : J−6 mois, réunir conditions générales et particulières, tableau de garanties, dernier avis de cotisation ; J−5 à J−4 mois, mise en concurrence et questionnaire médical du candidat repreneur ; J−3 mois, obtention de l'accord ferme de l'assureur (acceptation sans réserve, ou avec exclusions/surprimes chiffrées) ; J−2 mois et 1 jour, signature du nouveau contrat avec prise d'effet à J+1 ; J−2 mois, envoi de la dénonciation à l'ancien assureur. Dans cet ordre impérativement : l'inverse vous laisse sans couverture.

Les cas de résiliation hors échéance

Le changement de situation professionnelle (article L113-16)

Le Code des assurances autorise la résiliation, par l'assuré ou par l'assureur, en cas de changement de domicile, de situation matrimoniale, de régime matrimonial, de profession, de retraite professionnelle ou de cessation définitive d'activité professionnelle — à la condition que le contrat garantisse des risques en relation directe avec la situation antérieure, risques qui n'existent plus dans la nouvelle. La résiliation doit intervenir dans les trois mois suivant l'événement ; pour la retraite professionnelle et la cessation définitive d'activité, le délai part du lendemain de la fin de la situation antérieure. Elle prend effet un mois après notification, et l'assureur rembourse la portion de prime correspondant à la période non courue.

Concrètement, pour un TNS : la cessation d'activité et le départ en retraite sont les deux cas robustes. Le simple changement de profession ou de statut est plus discutable — un contrat prévoyance couvre votre santé, quel que soit votre métier —, mais il devient sérieux quand le contrat est adossé à l'exercice d'une profession précise (garantie « incapacité à la profession déclarée », tarif de classe de risque). Dans le doute, demandez à l'assureur sa position par écrit avant d'agir.

Les autres portes de sortie

  • La hausse de tarif hors indexation prévue. Certaines conditions générales ouvrent une faculté de résiliation lorsque l'assureur augmente la cotisation au-delà de l'évolution contractuelle (indexation sur le PASS ou sur un indice). Cette clause n'est pas légale mais contractuelle : lisez-la, elle est parfois assortie d'un délai très court (30 jours après l'avis).
  • La résiliation par l'assureur. Non-paiement de la cotisation, fausse déclaration, résiliation à l'échéance à son initiative : ces cas existent, et le non-paiement conduit à la suspension puis à la résiliation des garanties. Un contrat suspendu ne couvre plus rien — c'est le pire des scénarios pour un indépendant.
  • Le changement de statut social. Si vous passez de TNS à président de SASU, votre contrat ne devient pas caduc : il perd son éligibilité Madelin (la déduction disparaît), mais les garanties continuent. La bonne réaction est de faire basculer le contrat en non-Madelin et de le conserver. À l'inverse, le passage en micro-entreprise ferme la déductibilité sans fermer la couverture.
  • Le déménagement. Il figure bien dans la liste de l'article L113-16, mais encore faut-il qu'il modifie le risque garanti — ce qui est rarement le cas en prévoyance, sauf expatriation.

Ne résiliez jamais avant d'avoir signé le nouveau contrat. C'est la règle qui prime sur toutes les autres.

Une prévoyance ne s'achète pas, elle s'obtient : le nouvel assureur vous fait remplir un questionnaire médical et vous accepte, vous surprime ou vous exclut selon votre état de santé au jour de la demande. Votre ancien contrat, lui, vous couvre sur votre état de santé au jour où vous l'avez souscrit : c'est votre antériorité médicale, et elle n'est pas transférable.

Résilier d'abord, c'est parier que rien ne vous arrivera d'ici la signature suivante. Une hernie discale diagnostiquée en octobre, un épisode anxio-dépressif documenté, un nodule en cours d'exploration, une grossesse déclarée : tout événement survenu entre les deux contrats sera déclaré au nouvel assureur, et se traduira par une exclusion (dos et psy en tête, voir nos exclusions dos-psy), une surprime, un ajournement — ou un refus qui vous laisse durablement inassurable.

Il n'existe aucun mécanisme de rattrapage. Le seul enchaînement acceptable : nouveau contrat accepté et signé, prise d'effet calée au lendemain de l'échéance de l'ancien, puis dénonciation. Zéro jour de trou, zéro doublon inutile.

Le chiffre clé

+7,5 % : la hausse des cotisations de prévoyance constatée en 2024 sur le marché français (France Assureurs). C'est ce chiffre qui déclenche l'envie de changer. Mettez-le en regard de ce que vous risquez de perdre : sur une cotisation de 100 €/mois, 7,5 % représentent 90 € par an. Une exclusion du rachis acquise en changeant de contrat coûte, elle, la totalité de l'indemnisation d'un arrêt lombaire — plusieurs milliers d'euros, sur le risque le plus fréquent chez les indépendants manuels et les soignants.

Exemple : Karim, 41 ans, menuisier en Haute-Savoie

Karim est artisan menuisier, affilié à la SSI, 44 000 € de revenu. Sa prévoyance Madelin lui coûte 96 €/mois ; son assureur l'informe d'un passage à 112 €/mois au 1er janvier, soit +192 €/an. Une offre concurrente à 84 €/mois circule — les tarifs relevés pour un artisan du bâtiment de 35-45 ans s'échelonnent de 45 à 130 €/mois selon les garanties. Il veut partir.

  • Ce qu'il croit possible : résilier tout de suite, « comme sa mutuelle », et changer en février.
  • La réalité : échéance au 1er janvier, préavis de 2 mois ⇒ dénonciation à faire parvenir avant le 31 octobre. Ni la loi Hamon ni la résiliation infra-annuelle ne s'appliquent, et son contrat Madelin de groupe échappe vraisemblablement à la loi Chatel.
  • Le bon calendrier : mise en concurrence en juillet-août, questionnaire médical en septembre, accord ferme et signature du nouveau contrat le 15 octobre avec effet au 1er janvier, dénonciation envoyée le 20 octobre.
  • Ce qui serait arrivé dans l'ordre inverse : Karim se bloque le dos sur un chantier en novembre. Sur le nouveau contrat non encore signé, le questionnaire de décembre mentionne l'épisode lombaire : exclusion du rachis, ou surprime de 50 %. Il aurait économisé 192 € par an et perdu la garantie qui couvre son premier risque professionnel — un artisan du BTP, secteur dont l'indice de fréquence des accidents du travail atteint 38,1 contre 26,4 tous secteurs confondus.

Trois cas où changer de prévoyance n'a aucun sens

Notre métier est de placer des contrats. Il est aussi de vous dire quand ne pas bouger — dans ces trois situations, le gain de prime ne compense jamais le risque pris.

  1. Votre contrat est ancien et a été souscrit sans réserve. Accepté aux conditions normales du tarif, sans exclusion ni surprime, alors que vous étiez en bonne santé : c'est un actif. Un contrat de 2016 qui couvre votre dos et vos troubles psychiques sans restriction vaut, à 45 ans, bien plus que 15 €/mois d'économie. Vérifiez d'abord ses garanties réelles avec notre grille de lecture en 10 critères : s'il tient la route, gardez-le.
  2. Vous avez dépassé 55 ans. La prime d'un nouveau contrat est recalculée à l'âge atteint, la sélection médicale se durcit franchement, et beaucoup d'assureurs ferment la souscription arrêt de travail entre 60 et 65 ans. Changer à cet âge, c'est souvent payer plus cher pour moins de garanties — voir prévoyance après 60 ans.
  3. Vous avez un sinistre en cours, ou récent. Arrêt de travail en cours, invalidité en instruction, pathologie sous surveillance, rechute possible : la prestation en cours est portée par le contrat en vigueur au jour du sinistre, et un nouvel assureur exclura par principe toute pathologie antérieure connue. On ne change pas de prévoyance pendant un sinistre, ni dans les mois qui suivent la consolidation.

Une dernière piste, souvent meilleure que le changement : faire évoluer le contrat existant. Allonger la franchise de 30 à 90 jours fait mécaniquement baisser la prime (voir franchise et délai de carence), ajuster le montant d'IJ assuré à votre revenu réel aussi, et un avenant ne rouvre pas nécessairement de sélection médicale sur les garanties déjà acquises. Demandez un devis d'avenant avant de demander un devis concurrent.

Questions fréquentes

La loi Hamon permet-elle de résilier une prévoyance à tout moment ?

Non. La loi Hamon (article L113-15-2 du Code des assurances) ne vise que l'assurance automobile, l'assurance habitation et les contrats affinitaires. La prévoyance n'entre dans aucune de ces catégories. La résiliation infra-annuelle instaurée par la loi du 14 juillet 2019 ne concerne, elle, que la complémentaire santé. Un contrat de prévoyance se résilie à l'échéance annuelle, avec le préavis prévu au contrat, généralement 2 mois.

Quel préavis pour résilier une prévoyance TNS ?

Celui que fixent vos conditions particulières : 1, 2 ou 3 mois, avec 2 mois comme norme du marché. Attention à la date d'échéance, qui n'est pas toujours la date anniversaire de la signature : beaucoup de contrats la calent au 1er janvier. Un préavis de 2 mois sur une échéance au 1er janvier impose une dénonciation reçue avant le 31 octobre. Le délai court à compter de la réception.

Puis-je résilier ma prévoyance si je cesse mon activité ?

Oui. L'article L113-16 du Code des assurances autorise la résiliation en cas de changement de domicile, de situation matrimoniale, de régime matrimonial, de profession, de retraite professionnelle ou de cessation définitive d'activité, lorsque le contrat garantit des risques en relation directe avec la situation antérieure. Vous disposez de trois mois pour agir, la résiliation prend effet un mois après notification, et l'assureur rembourse la part de prime non courue.

Que se passe-t-il si je résilie avant d'avoir signé ailleurs ?

Vous perdez votre antériorité médicale. Le nouvel assureur vous jugera sur votre état de santé au jour de la demande. Tout événement survenu entre les deux contrats — lombalgie, épisode dépressif, examen en cours, grossesse — sera déclaré et pourra donner lieu à une exclusion, une surprime, un ajournement ou un refus. Il n'existe aucun rattrapage possible. Signez d'abord, résiliez ensuite.

La loi Chatel s'applique-t-elle à mon contrat de prévoyance Madelin ?

Le plus souvent non. L'article L113-15-1 vise les contrats à tacite reconduction couvrant les personnes physiques en dehors de leurs activités professionnelles, et exclut expressément les assurances sur la vie et les assurances de groupe. Un contrat Madelin est un contrat de groupe souscrit dans un cadre professionnel : il cumule les motifs d'exclusion. Beaucoup d'assureurs envoient l'avis d'échéance par usage commercial, mais ne fondez pas votre calendrier sur cette obligation.

Vaut-il mieux changer de contrat ou renégocier le sien ?

Souvent renégocier. Allonger la franchise, ajuster le montant d'indemnité journalière assuré à votre revenu réel ou revoir les options fait baisser la prime sans rouvrir de sélection médicale sur les garanties déjà acquises. Un avenant se demande en quelques jours. Le changement d'assureur ne se justifie que si les garanties du contrat actuel sont réellement inférieures ; un écart de quelques euros sur la prime ne suffit pas.

Changer de prévoyance sans perdre votre antériorité médicale

Envoyez-nous vos conditions générales et votre dernier avis de cotisation : nous vérifions votre date d'échéance, votre préavis, et nous ne vous faisons résilier qu'une fois le nouveau contrat accepté et signé.

Courtier indépendant, ORIAS n° 26004449 — étude gratuite, sans engagement, réponse sous 24 h ouvrées.