Prévoyance architecte : la CIPAV ne verse aucune indemnité journalière
Un architecte libéral est affilié à la CIPAV, qui ne verse aucune indemnité journalière. En arrêt de travail, il ne perçoit que les IJ de la CPAM : 1/730e de son revenu moyen, entre 26,33 et 197,51 €/jour, du 4e au 90e jour uniquement. Pour un revenu de 45 000 €, cela fait 61,64 €/jour pendant 87 jours, soit 5 362,68 € au total. À partir du 91e jour : 0 €, sans limite de durée, jusqu'à une éventuelle invalidité d'au moins 66 %.
Un métier payé au projet
La singularité économique de l'architecture n'est pas le niveau des honoraires : c'est leur rythme. Vous facturez par phases — esquisse, avant-projet, permis, consultation des entreprises, suivi de chantier — et chaque phase se déclenche quand la précédente est livrée. Un arrêt de deux mois ne coûte donc pas deux mois d'honoraires : il décale l'intégralité de la chaîne de facturation en cascade, sur tous les dossiers en cours simultanément. Le creux de trésorerie se manifeste souvent trois à six mois après la reprise, quand les jalons décalés arrivent enfin à échéance.
Les trois risques structurants du métier, tels que nous les voyons revenir dans les dossiers :
- L'absence totale d'IJ CIPAV après le 90e jour — le pire régime d'indemnités journalières de France, à égalité avec la CAVP des pharmaciens.
- Les honoraires au projet : un arrêt décale toutes les factures, et les maîtres d'ouvrage n'attendent pas indéfiniment — un dossier peut passer à un confrère.
- Les déplacements de chantier : les visites hebdomadaires, les échelles, les planchers non finis et surtout la route font de l'accident de trajet un risque parfaitement concret.
S'y ajoute la responsabilité : un architecte arrêté reste juridiquement engagé sur ses chantiers. La maîtrise d'œuvre ne se met pas en pause, et le remplacement par un confrère se négocie sur des honoraires que personne ne rembourse.
Ce que vous touchez réellement en arrêt de travail
Depuis le 1er juillet 2021, toutes les professions libérales rattachées à la CNAVPL bénéficient d'un socle commun d'indemnités journalières versé par la CPAM. Ce socle s'arrête au 90e jour. Pour un affilié CARMF, CARPIMKO ou CAVEC, la caisse de retraite prend alors le relais. Pour un affilié CIPAV, personne ne le prend.
| Période | Qui verse ? | Montant |
|---|---|---|
| Jours 1 à 3 | Personne (carence) | 0 € |
| Jours 4 à 90 (87 jours max) | CPAM — socle commun des libéraux | 1/730e du revenu moyen 3 ans : 26,33 à 197,51 €/jour (revenu retenu dans la limite de 3 PASS, soit 144 180 €). Pour 45 000 € : 61,64 €/jour |
| Jour 91 et au-delà | Personne — la CIPAV n'a aucun dispositif d'IJ | 0 €, sans limite de durée |
| Invalidité (capacité réduite d'au moins 66 %) | CIPAV | Part forfaitaire 2 403 €/an (5 % du PASS) + part proportionnelle (1/3 des points de prévoyance × 3,01 €). Exemple officiel de la caisse : revenu 20 000 € → 10 120,94 €/an, soit 843,41 €/mois |
| Décès | CIPAV | Capital 7 209 € (15 % du PASS) + part en points — exemple officiel : 30 362,82 € pour 20 000 € de revenu. Rente conjoint 3 036,28 €/an dans le même exemple, rente par enfant jusqu'à 21 ans (25 ans si études) |
Les IJ CPAM sont limitées à 360 jours indemnisés sur 3 ans, tous arrêts confondus. Cotisation invalidité-décès CIPAV : 0,50 % du revenu (2026, plus de classes depuis 2023). L'absence d'IJ propre est confirmée par la caisse et par des sources tierces (Apicil, Previssima).
61,64 €/jour. C'est l'indemnité d'un architecte à 45 000 € de revenu annuel (45 000 ÷ 730) — exactement la moitié de son revenu journalier de 123,29 € (45 000 ÷ 365), puisque 730 vaut deux fois 365. Et uniquement pendant 87 jours : 5 362,68 € au total, quelle que soit la durée réelle de l'arrêt.
Exemple : Nicolas, architecte, 45 000 € de revenu, 7 mois d'arrêt
Nicolas, 44 ans, exerce seul en agence à Nantes avec une collaboratrice à mi-temps et dégage 45 000 € de revenu annuel. Une chute sur un chantier en cours de gros œuvre lui vaut une fracture du calcanéum : 7 mois d'arrêt, soit environ 210 jours. Son IJ CPAM vaut 45 000 ÷ 730 = 61,64 €/jour.
| Période | Indemnité journalière | Perçu sur la période |
|---|---|---|
| J1 – J3 (carence) | 0 €/j | 0 € |
| J4 – J90 (87 jours) | 45 000 ÷ 730 = 61,64 €/j | 87 × 61,64 = 5 362,68 € |
| J91 – J210 (120 jours) | 0 €/j | 0 € |
| Total sur 7 mois | — | 5 362,68 € |
Revenu non réalisé sur 7 mois : 45 000 × 7/12 = 26 250 €. Reste à charge : 26 250 − 5 362,68 = 20 887,32 €, soit un taux de couverture global de 20,4 %. Pendant ce temps, le loyer de l'agence, les licences de CAO, l'assurance professionnelle et le salaire de la collaboratrice continuent de courir.
Et le calcul est optimiste sur un point : il suppose que Nicolas retrouve immédiatement son rythme d'honoraires à la reprise. Dans les faits, les phases décalées pendant sept mois se répercutent sur l'exercice suivant, et les cotisations sociales de l'année N+1 sont appelées sur les revenus de l'année N — c'est-à-dire sur une année pleine.
Invalidité : le seuil de 66 % change tout
La prévoyance CIPAV se résume à deux garanties : une pension d'invalidité et un capital décès. Sur la pension, deux points méritent d'être lus attentivement.
D'abord la condition : la capacité de travail doit être réduite d'au moins deux tiers. Une invalidité évaluée à 40 ou 50 % — un dos qui interdit les visites de chantier, une main qui ne tient plus le crayon huit heures par jour — ne déclenche strictement rien. Vous restez « apte » au sens de la caisse, avec une activité amputée de moitié.
Ensuite la structure du montant. Dans l'exemple officiel publié par la caisse pour un revenu de 20 000 €, la pension totale de 10 120,94 €/an se décompose en 2 403 € de part forfaitaire et 7 717,94 € de part proportionnelle acquise en points. Le capital décès du même exemple, 30 362,82 €, se décompose en 7 209 € forfaitaires et 23 153,82 € proportionnels. Autrement dit, la part garantie à tous, indépendamment de la carrière, est faible : un architecte qui s'installe tard ou qui a connu des exercices creux acquiert peu de points, donc une pension proche du plancher.
Combien coûte une vraie couverture ?
Pour un profil libéral de bureau de 30-40 ans assurant 2 500 à 5 000 €/mois, les fourchettes relevées publiquement vont de 50 à 100 €/mois, avec des formules d'entrée de gamme dès 26 à 40 €/mois. Un relevé public cite une consultante de 46 ans assurant 3 333 €/mois à 56-76 €/mois selon l'assureur. Le détail des paramètres de tarification figure sur notre page prix d'une prévoyance.
Mettez ce budget en regard de ce que vous ne payez pas. La cotisation invalidité-décès de Nicolas s'élève à 0,50 % × 45 000 = 225 €/an, soit 18,75 €/mois. Une infirmière à la CARPIMKO paie 1 022 €/an de forfait pour la même famille de garanties — et elle, au moins, touche 55,44 €/jour à partir du 91e jour. L'écart de 797 €/an, soit 66,42 €/mois, finance à lui seul un contrat individuel correct. Trois points de vigilance à l'achat :
- La franchise : viser une franchise courte (15 ou 30 jours) coûte cher. Compte tenu du profil CIPAV, l'urgence est ailleurs — voir le paragraphe suivant.
- Les exclusions dorso-psy : les pathologies du dos et les affections psychiques sont exclues ou fortement limitées dans beaucoup de contrats d'entrée de gamme. Ce sont deux motifs d'arrêt long parfaitement banals dans le métier ; le sujet est détaillé sur notre page exclusions dos et psy.
- Le barème d'invalidité professionnel : exigez une évaluation par rapport à votre métier, en écartant la formule « toutes professions ». Un architecte qui ne peut plus se déplacer sur chantier est très diminué professionnellement, et pourtant considéré comme employable ailleurs.
Si vous êtes en micro-entreprise, deux corrections s'imposent : vos IJ CPAM sont calculées sur votre chiffre d'affaires après abattement forfaitaire de 34 % (BNC), et vos cotisations de prévoyance ne sont pas déductibles au titre de la loi Madelin. Comparez donc des prix nets de votre poche.
Faut-il en vouloir à la CIPAV ? Non — mais il faut finir le chemin
Soyons honnêtes, car c'est rarement dit : la cotisation prévoyance CIPAV est la plus faible du marché. 0,50 % du revenu, quand un chirurgien-dentiste paie 1 235 €/an à la CARCDSF et un expert-comptable jusqu'à 828 €/an à la CAVEC. C'est un choix de régime assumé : prélever peu et couvrir peu, en laissant chacun s'assurer en privé. Économiquement, ce choix se défend parfaitement — à condition que l'affilié fasse la seconde moitié du chemin.
Le problème est là. Un affilié CIPAV sans prévoyance privée est objectivement l'indépendant le plus exposé de France : 87 jours d'indemnisation maximum, puis zéro revenu de remplacement pendant des mois ou des années, jusqu'à une hypothétique pension conditionnée à 66 % d'incapacité. Aucune autre caisse ne laisse un trou aussi long. Et le baromètre MetLife / CSA 2026 rappelle que 62 % des indépendants déclarent ne pas pouvoir maintenir leur niveau de vie au-delà d'un mois d'interruption avec les seules prestations obligatoires.
À l'inverse, le contre-discours vaut aussi dans l'autre sens : tout le monde n'a pas besoin du contrat le plus cher. Si vous disposez d'une épargne de précaution couvrant 12 mois de charges fixes et de train de vie, payer une franchise de 15 jours est un mauvais arbitrage. Votre risque réel, c'est l'arrêt long et l'invalidité — précisément les garanties les moins chères à assurer, parce que les sinistres y sont rares. Un contrat avec une franchise de 90 jours, une rente d'invalidité en barème professionnel et un capital décès dimensionné sur votre prêt immobilier coûte beaucoup moins qu'une couverture « tout compris » dès le 15e jour, et couvre le vrai danger. Enfin, ne confondez pas ce sujet avec votre complémentaire santé : une mutuelle rembourse des soins ; elle ne remplace aucun revenu — la distinction est détaillée dans mutuelle ou prévoyance. Pour situer la CIPAV parmi les dix régimes, consultez le baromètre IJ toutes caisses.
Questions fréquentes
La CIPAV verse-t-elle des indemnités journalières aux architectes ?
Non. La CIPAV n'a aucun dispositif d'IJ. Un architecte en arrêt ne perçoit que les IJ versées par la CPAM au titre du socle commun des libéraux, du 4e au 90e jour. À partir du 91e jour, plus rien n'est versé, jusqu'à une éventuelle pension d'invalidité qui suppose une capacité réduite d'au moins 66 %.
Que touche un architecte en arrêt maladie en 2026 ?
Après 3 jours de carence, la CPAM verse 1/730e du revenu annuel moyen des 3 dernières années, entre 26,33 et 197,51 €/jour, du 4e au 90e jour. Pour un revenu de 45 000 € : 61,64 €/jour, soit exactement la moitié du revenu journalier de 123,29 €. Sur 87 jours indemnisés, le total perçu atteint 5 362,68 €.
Combien de temps un architecte est-il indemnisé en cas d'arrêt long ?
87 jours au maximum par arrêt, et 360 IJ au maximum sur 3 ans, tous arrêts confondus. Un arrêt de 7 mois est donc indemnisé moins de 3 mois ; les mois suivants sont à zéro euro, sans limite de durée, puisque la CIPAV ne prend pas le relais de la CPAM.
Quelle pension d'invalidité la CIPAV verse-t-elle à un architecte ?
Une part forfaitaire de 2 403 €/an (5 % du PASS) plus une part proportionnelle calculée sur le tiers des points de prévoyance acquis. L'exemple officiel de la caisse pour un revenu de 20 000 € aboutit à 10 120,94 €/an, soit 843,41 €/mois en invalidité totale. Condition : capacité de travail réduite d'au moins deux tiers — une invalidité de 30 ou 50 % ne déclenche rien.
Combien coûte une prévoyance pour un architecte ?
Pour un profil libéral de bureau de 30-40 ans assurant 2 500 à 5 000 €/mois : 50 à 100 €/mois selon les relevés publics, avec des entrées de gamme dès 26 à 40 €/mois. À titre de repère, la cotisation invalidité-décès CIPAV d'un architecte à 45 000 € ne représente que 225 €/an, soit 18,75 €/mois. Détails sur la page prix d'une prévoyance.
Un architecte doit-il assurer aussi ses frais professionnels ?
Souvent, oui. Une agence supporte des charges fixes qui courent pendant l'arrêt : loyer, licences de CAO, assurances professionnelles, cotisations sociales appelées sur les revenus antérieurs. La garantie frais généraux rembourse ces charges sur justificatifs, en complément des indemnités journalières qui remplacent le revenu personnel.
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Vous savez maintenant ce que verse votre régime. L'étape suivante : sur quels critères arbitrer, et à quel prix — notre comparatif prévoyance architecte détaille les clauses à exiger et les erreurs fréquentes.
Voir les critères de choixSources
- lacipav.fr — Dispositif d'indemnités journalières — consulté en août 2026.
- lacipav.fr — Pension d'invalidité — consulté en août 2026.
- lacipav.fr — Capital décès — consulté en août 2026.
- ameli.fr — Arrêt maladie des professions libérales — consulté en août 2026.
- Apicil — Les prestations de la CIPAV — consulté en août 2026.
- Previssima — IJ des professions libérales — consulté en août 2026.
- Comparatif-prevoyance.fr — Tarifs prévoyance maintien de salaire — consulté en août 2026.
- Tessoria — Madelin ou non-Madelin — consulté en août 2026.
- Baromètre Prévoyance TNS 2026 — MetLife France / Institut CSA — consulté en août 2026.