Prévoyance restaurateur : 41,10 €/jour pendant que les charges courent
Un restaurateur à 30 000 € de revenu annuel gagne 82,19 € par jour (30 000 ÷ 365). En arrêt, la Sécurité sociale des indépendants lui verse 41,10 € par jour (30 000 ÷ 730) dès le 4e jour : il manque 41,09 € par jour. Et pendant ce temps, le loyer commercial, les salaires de la brigade et le crédit-bail du matériel continuent de tomber — sans qu'un seul euro du régime obligatoire ne vienne les couvrir. Pour un restaurant, le risque n'est pas la baisse de train de vie : c'est la cessation d'activité.
Un restaurant est une machine à charges fixes
Bail commercial en centre-ville, énergie, extraction, contrat de maintenance des chambres froides, crédit-bail du piano, licence, salaires du second et du plongeur, mensualités du prêt qui a financé la reprise du fonds : la structure de coûts d'un restaurant est massive et presque entièrement fixe. Elle ne baisse pas quand la salle est vide, et elle ne s'arrête pas quand le patron est à l'hôpital.
Ce dernier chiffre résume la situation du secteur : seuls 33 % des indépendants gagnant moins de 40 000 € disposent d'une prévoyance, contre 63 % entre 40 000 et 60 000 € et 73 % au-delà. Autrement dit, ceux dont la trésorerie encaisserait le moins bien un arrêt sont aussi les moins couverts. Et 62 % des indépendants déclarent ne pas pouvoir maintenir leur niveau de vie au-delà d'un mois d'interruption avec les seules prestations obligatoires.
Ce que verse la SSI à un restaurateur, jour après jour
| Période | Règle SSI 2026 | Pour 30 000 € de revenu moyen |
|---|---|---|
| Jours 1 à 3 | Carence, applicable à chaque nouvel arrêt | 0 € — 246,57 € de revenu perdus |
| Jours 4 à 90 | 1/730e du revenu annuel moyen des 3 dernières années, plafond 65,84 €/j, nul sous 4 582 € | 41,10 €/jour, soit 1 233 € pour 30 jours |
| Jours 91 à 360 | Montant inchangé ; le compteur couvre tous vos arrêts | 41,10 €/jour ; 14 796 € au maximum sur 3 ans |
| Au-delà de 360 jours sur 3 ans | Fin du droit, sauf affection de longue durée (3 ans) | 0 € |
| Invalidité, capacité réduite ≥ 66 % | Partielle : 30 % du revenu moyen (530,21 à 1 201,50 €/mois). Totale : 50 % (747 à 2 002,50 €/mois) | 750,00 €/mois ou 1 250,00 €/mois |
| Décès | Capital 9 612 € + 2 403 € par orphelin, aucune rente | Environ 3,8 mois de revenu, versés une fois |
Source : barèmes SSI 2026 (ameli.fr). Calculs Prevoya sur un revenu annuel moyen de 30 000 €, revenu médian indicatif du métier. Ces prestations remplacent un revenu personnel ; elles ne financent aucune charge de l'établissement.
Brûlures, coupures, chutes : la cuisine est un atelier
On sous-estime la sinistralité d'une cuisine professionnelle parce qu'elle n'a pas l'allure d'un chantier. Elle en a pourtant tous les ingrédients : sols gras et glissants, huile à 180 °C, plaques et fours, couteaux affûtés, trancheuse, port de bacs gastro, cadence sur les coups de feu, amplitude horaire à rallonge et service en coupure. Les brûlures d'avant-bras et de mains, les coupures profondes aux doigts et les chutes de plain-pied constituent le trio de tête.
Comme tout indépendant, le restaurateur n'a pas de branche accidents du travail. Une main plongée dans la friteuse et une pneumonie donnent exactement la même indemnisation : 41,10 €/jour ici, après 3 jours de carence. Aucune majoration au titre du caractère professionnel de l'accident, aucune rente d'incapacité permanente comme pour un salarié.
Ce que les indemnités journalières ne paieront jamais
C'est le point que la plupart des contrats vendus aux restaurateurs traitent en dernier, alors qu'il devrait venir en premier. Les indemnités journalières — obligatoires ou complémentaires — remplacent votre revenu personnel. La garantie frais généraux, elle, rembourse sur justificatifs les charges fixes de l'établissement pendant votre arrêt, dans la limite d'un plafond mensuel et d'une durée d'indemnisation (souvent 12 ou 24 mois).
- Couvert par les IJ : votre revenu, donc le loyer de votre logement, les courses, le crédit immobilier personnel.
- Couvert par les frais généraux : bail commercial, énergie, maintenance du froid et de l'extraction, crédit-bail du matériel, assurances professionnelles, honoraires comptables, salaires et charges du personnel selon le contrat.
- Couvert par personne : le manque à gagner commercial, la perte de clientèle et la baisse de valeur du fonds. Aucune assurance de personne ne les indemnise.
Le mécanisme complet, les plafonds usuels et les clauses à vérifier sont détaillés sur la page garantie frais généraux.
2,63 €/jour : le coût d'une prévoyance de base à 80 €/mois (960 €/an) ramené à la journée, pour combler un manque de 41,09 €/jour. C'est le seul rapport qui compte quand on hésite — encore faut-il vérifier que la formule couvre aussi les charges de l'établissement, ce que la plupart des formules d'entrée de gamme ne font pas.
Sofia, 43 ans : 40 jours après une brûlure, au centime près
Sofia, 43 ans, tient un bistrot de 30 couverts et se verse 30 000 €/an. Elle est seule en cuisine, avec un serveur et un plongeur. Renversement d'un bac de friteuse : brûlure profonde de l'avant-bras et de la main, greffe, pansements, rééducation — 40 jours d'arrêt.
- Ce que rapporte une journée de bistrot : 30 000 ÷ 365 = 82,19 €.
- IJ SSI : 30 000 ÷ 730 = 41,10 €/jour, du 4e au 40e jour, soit 37 jours × 41,10 € = 1 520,70 €.
- Revenu que ces 40 jours auraient produit : 40 × 82,19 € = 3 287,60 €. Manque à gagner personnel : 1 766,90 €.
- Charges fixes du bistrot — hypothèse de travail à remplacer par vos propres chiffres : 5 000 €/mois, soit 6 666,67 € sur 40 jours, décaissés rideau baissé.
Coût réel de l'épisode : 8 433,57 €, dont 79 % de charges d'entreprise que ni la SSI ni un contrat d'indemnités journalières classique ne rembourseront. C'est ce ratio qui devrait dicter l'ordre des garanties d'un restaurateur, bien avant le montant de l'IJ.
Votre bistrot, vos chiffres. Le simulateur applique la formule SSI à votre revenu réel et chiffre l'écart quotidien à combler : calculer mes indemnités journalières.
Si le patron est en cuisine, l'établissement ferme
Un restaurant dont le chef est le propriétaire ne se remplace pas en quarante-huit heures. Trouver un cuisinier disponible, capable de reproduire une carte et de tenir un service, à un tarif compatible avec la marge d'un bistrot, relève de la chance. Beaucoup d'établissements ferment donc purement et simplement — parfois définitivement, parce qu'une clientèle de quartier prend d'autres habitudes en six semaines.
Deux conséquences pratiques. D'abord, l'arbitrage sur la franchise du contrat : une franchise de 90 jours coûte moins cher mais n'a aucun sens pour un établissement qui ne survit pas trois mois porte close ; visez plutôt 15 ou 30 jours et compensez sur le revenu assuré. Ensuite, si le restaurant repose sur une personne, la couverture homme clé souscrite par la société mérite d'être posée sur la table à côté de la prévoyance personnelle.
Prix : 75 à 120 €/mois, formule de base autour de 80 €
Pour un commerçant de la restauration d'environ 40 ans, une prévoyance coûte 75 à 120 € par mois, la formule de base arrêt de travail et invalidité se situant autour de 80 € par mois. La garantie frais généraux s'ajoute à ce budget et se tarife sur le montant de charges déclaré. Trois leviers font varier la note plus que le nom de l'assureur : la franchise, le revenu assuré et la durée d'indemnisation des frais généraux. Le détail des tarifs par profil est sur la page prix d'une prévoyance.
Précision qui évite un contresens courant : votre mutuelle santé rembourse des soins — utile pour une greffe de peau, inutile pour payer le loyer. Elle ne remplace aucun revenu et ne couvre aucune charge : voir mutuelle ou prévoyance.
SARL ou SAS : le statut change tout le socle
Beaucoup de restaurateurs hésitent entre gérance majoritaire de SARL (statut TNS, donc SSI) et présidence de SAS ou SASU (assimilé salarié, donc régime général). Sur le plan de la prévoyance, l'écart est net et rarement dans le sens attendu : le président de SASU perçoit des IJ plafonnées à 42,97 €/jour pour les arrêts prescrits depuis le 1er juillet 2026 — à peine plus qu'un gérant TNS à 30 000 € — et son capital décès du régime général tombe à 4 009 € forfaitaires, contre 9 612 € à la SSI. Sans compter l'absence totale de droits au chômage au titre du mandat. La comparaison chiffrée est développée sur la page gérant majoritaire ou président de SASU.
Quand la prévoyance n'est pas la priorité d'un restaurateur
Il existe deux configurations où l'on peut légitimement attendre. La première : une brasserie avec un second de cuisine autonome et un responsable de salle, où l'établissement continue de tourner sans le patron pendant plusieurs semaines. Le risque de fermeture disparaît, les charges sont couvertes par l'exploitation, et il ne reste que le revenu personnel — dont la SSI couvre déjà la moitié dès le 4e jour. La seconde : un restaurateur en location-gérance sans emprunt, avec trois à six mois de trésorerie, qui peut absorber un arrêt court sans emprunter.
Il existe aussi une manière de mal souscrire : prendre la formule la moins chère à 75 €/mois, avec une franchise de 90 jours et sans garantie frais généraux. Pour un restaurant, c'est le pire des deux mondes — on paie tous les mois pour une couverture qui n'interviendra qu'après le délai au terme duquel l'établissement aura déjà fermé. Mieux vaut alors ne rien souscrire et provisionner, en attendant de pouvoir financer la bonne architecture : frais généraux d'abord, invalidité en barème professionnel ensuite, complément d'indemnités journalières en dernier.
Dès qu'il y a un prêt de reprise de fonds, un bail commercial en cours et deux salariés, l'arbitrage est tranché : ni 41,10 €/jour, ni 750 €/mois d'invalidité partielle, ni 9 612 € de capital décès sans aucune rente de conjoint ne tiennent face à cette structure de coûts.
Quand il ne faut pas empiler les garanties
Un restaurateur qui ne travaille pas lui-même en cuisine, dont l'établissement tourne avec un chef salarié et une équipe autonome, subit une perte d'exploitation bien moindre en cas d'arrêt. Pour ce profil, la garantie frais généraux perd l'essentiel de son intérêt : c'est l'invalidité qu'il faut couvrir en priorité, avant l'interruption courte.
Un gérant de société qui se rémunère peu et complète en dividendes doit regarder l'assiette de calcul avant tout : les indemnités se calculent sur le revenu déclaré, et un renforcement de garantie ne rattrapera jamais une assiette faible. La question précède celle du contrat.
À l'inverse, si vous êtes seul en cuisine avec un loyer commercial et du personnel, la garantie frais généraux n'est pas une option : sans vous, l'établissement ferme et les charges continuent. C'est le seul cas de ce site où nous conseillons de la placer avant le renforcement des indemnités journalières.
Questions fréquentes
Un restaurateur a-t-il droit aux indemnités journalières ?
Oui, comme tout commerçant affilié à la SSI. Le calcul : revenu annuel moyen des 3 dernières années divisé par 730, plafond 65,84 €/jour, versement du 4e au 360e jour indemnisé sur une période de 3 ans. À 30 000 € de revenu, cela fait 41,10 €/jour pour 82,19 €/jour gagnés. Rien en dessous de 4 582 € de revenu annuel moyen — et rien, jamais, pour les charges du restaurant.
Combien coûte une prévoyance pour un restaurateur ?
75 à 120 €/mois pour un commerçant de 40 ans, formule de base autour de 80 €/mois — soit 960 €/an ou 2,63 €/jour. La garantie frais généraux se tarife en supplément, selon les charges déclarées et la durée d'indemnisation — voir prix d'une prévoyance.
La prévoyance est-elle obligatoire pour un restaurateur ?
Non. Seules les cotisations SSI le sont (≈ 0,50 % du revenu pour les IJ, 1,30 % pour l'invalidité-décès). En pratique, seuls 33 % des indépendants sous 40 000 € de revenu sont équipés d'une prévoyance, contre 73 % au-dessus de 60 000 €.
Frais généraux ou indemnités journalières : par quoi commencer ?
Avec un bail commercial et du personnel, les frais généraux d'abord. Les IJ remplacent votre revenu personnel (41,10 €/jour ici) mais ne paient ni loyer, ni salaires, ni crédit-bail — or ce sont ces charges qui provoquent la cessation d'activité. Voir garantie frais généraux.
Restaurateur en SASU : les règles sont-elles les mêmes ?
Non. Le président de SASU relève du régime général : IJ à 50 % du gain journalier de base, plafonnées à 42,97 €/jour pour les arrêts prescrits depuis le 1er juillet 2026, et capital décès forfaitaire de 4 009 € contre 9 612 € à la SSI. Aucun droit au chômage au titre du mandat — comparaison sur gérant ou président de SASU.
Que verse la SSI si je ne peux plus travailler en cuisine ?
Rien tant que la capacité de travail n'est pas réduite d'au moins 66 %. Au-delà : 30 % du revenu moyen en incapacité partielle (530,21 à 1 201,50 €/mois), soit 750 €/mois pour 30 000 € de revenu, et 50 % en invalidité totale (747 à 2 002,50 €/mois), soit 1 250 €/mois. D'où l'intérêt d'un barème d'invalidité professionnelle au contrat complémentaire.
Pour passer du barème au choix du contrat : Comparatif : deux garanties distinctes pour un commerce avec local.
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Sources
- ameli.fr — Arrêt maladie des artisans et commerçants — consulté en août 2026.
- ameli.fr — Pension d'invalidité — consulté en août 2026.
- ameli.fr — Capital décès — consulté en août 2026.
- editions-tissot.fr — Montant maximal des IJSS 2026 (régime général) — consulté en août 2026.
- planetecsca.fr — Baromètre Prévoyance TNS 2026 MetLife / CSA (taux d'équipement par revenu) — consulté en août 2026.
- economiematin.fr — Résistance des TNS à une interruption d'activité — consulté en août 2026.
- reassurez-moi.fr — Prévoyance TNS : garanties et tarifs — consulté en août 2026.