Retraite des indépendants
La pension de réversion, caisse par caisse : ce que touchera vraiment votre conjoint
Yacine Sahnoune
Courtier en assurances
ORIAS n° 26004449
Publié le 30 août 2026
La réversion d'un indépendant se lit sur deux étages qui n'obéissent pas aux mêmes règles. La retraite de base — celle de toutes les sections de la CNAVPL — renvoie purement au régime général : 54 %, à partir de 55 ans, sans aucune durée de mariage exigée, mais sous plafond de ressources : 25 001,60 €/an pour une personne seule en 2026, 40 002,56 € pour un couple. La complémentaire, elle, appartient à chaque caisse : 60 % le plus souvent, à un âge qui va de 50 à 65 ans selon la profession, et sans aucune condition de ressources. Ni le PACS ni le concubinage n'ouvrent de droit, dans aucun régime. Cette page donne les treize régimes ligne par ligne, y compris ce qu'ils ne publient pas.
Pas envie de tout lire ? Le baromètre montre, caisse par caisse, ce que verse réellement chaque régime obligatoire. Gratuit, sans e-mail.
Voir ce que verse chaque caisseDeux étages, deux logiques — et trois idées fausses
Un professionnel libéral cotise à deux régimes de retraite au minimum : une base, gérée par sa section professionnelle pour le compte de la CNAVPL, et une complémentaire, propre à cette section. La réversion suit cette architecture, et c'est de là que vient toute la confusion : les deux étages n'ont ni le même taux, ni le même âge, ni les mêmes conditions.
L'étage de base est un calque du régime général. L'article L. 643-7 du code de la sécurité sociale renvoie aux règles de la retraite de base des salariés. Concrètement : taux de 54 %, âge d'ouverture à 55 ans — 51 ans si le décès est survenu avant 2009 —, aucune durée de mariage minimale, mais un plafond de ressources annuelles de 25 001,60 € pour une personne seule et 40 002,56 € pour un couple en 2026. Les avocats font exception : la CNBF a sa base propre, à 50 %, avec cinq ans de mariage exigés sauf enfant issu de l'union.
L'étage complémentaire est un patchwork. Chaque caisse écrit ses statuts : le taux le plus répandu est 60 %, mais l'âge d'ouverture s'étale de 50 ans à la CNBF à 65 ans à la CARCDSF, à la CARPIMKO et à la CAVAMAC, et certaines exigent deux ans de mariage quand d'autres n'exigent rien. Surtout, aucune complémentaire libérale n'applique de condition de ressources : un conjoint survivant qui gagne 90 000 € par an touchera l'intégralité de sa réversion CARMF et pas un euro de sa réversion de base.
De cette architecture naissent trois idées fausses, que nous entendons chaque semaine.
- « Mon partenaire de PACS y aura droit. » Non. Ni le PACS ni le concubinage n'ouvrent droit à la réversion, dans aucun régime français, quelle que soit l'ancienneté de l'union et même en présence d'enfants communs. Seul le mariage compte.
- « Si mon conjoint se remarie, tout est perdu. » Faux pour la base, où le droit subsiste — ce sont les ressources du nouveau ménage qui entrent dans le calcul. Vrai dans trois complémentaires seulement. Voir le classement plus bas.
- « La réversion, c'est sans condition de ressources. » Faux pour la base et pour le régime complémentaire des artisans et commerçants, vrai pour toutes les complémentaires libérales. C'est exactement l'inverse de ce que la plupart des gens supposent.
Le tableau : les treize régimes complémentaires, ligne par ligne
À notre connaissance, cette mise en regard n'existe nulle part ailleurs. Elle s'appuie sur le Guide CNAVPL 2026 pour les sections libérales, sur les statuts et sites de caisses pour le reste. Quand une règle n'est pas publiée, nous l'écrivons plutôt que de la deviner.
| Caisse | Taux | Âge | Durée de mariage | Remariage | Option majorée |
|---|---|---|---|---|---|
| CPRN Notaires |
60 % | 52 ans | 2 ans (5 ans si mariage après cessation) sauf enfant | Suspension rétablissable | Oui — 100 % (abattement d'écart d'âge) |
| CAVOM Officiers ministériels |
60 % | 62 ans | Aucune | Suspension rétablissable | Oui — 100 % (cotisation +20 %) |
| CARMF Médecins |
60 % · ASV/PCV : 50 % | 62 ans | 2 ans sauf enfant | Suppression définitive | Non |
| CARCDSF Dentistes, sages-femmes |
60 % · PCV : 60 % | 65 ans (60 si inaptitude ; anticipation −1,25 %/trim.) | 2 ans sauf enfant | Suppression définitive | Non |
| CAVP — répartition Pharmaciens |
60 % · PCV biologistes : 50 % | 60 ans | Aucune | Aucun effet | Non |
| CAVP — capitalisation Pharmaciens |
50 % par défaut | 60 ans | Aucune | Aucun effet | Oui — 60 à 100 % (versement en capital, choix définitif) |
| CARPIMKO Auxiliaires médicaux |
60 % · ASV : 50 % | 65 ans (60 si inaptitude ; 55 si la rente de survie ID n'est pas ouverte) | 2 ans sauf enfant | Suspension rétablissable | Non |
| CARPV Vétérinaires |
60 % | 60 ans | 2 ans sauf enfant | Suspension rétablissable | Oui — 100 % (cotisation +20 %) |
| CAVAMAC Agents généraux d'assurance |
60 % (min. 1 500 points) | 65 ans | 2 ans sauf enfant | Non publié | Non |
| CAVEC Experts-comptables, CAC |
60 % (points ≥ 2009) · 50 % (points antérieurs) | 60 ans | 2 ans sauf enfant | Suspension (Guide CNAVPL) vs perte (guide CAVEC) — divergence | Oui — 100 % (cotisation +30 %) |
| CIPAV Libéraux non réglementés |
60 % | 62 ans | Aucune depuis 2021 | Suspension (CNAVPL) vs suppression (site CIPAV) — divergence | Oui — 100 % (cotisation +25 %) |
| CNBF Avocats |
60 % (base propre : 50 %) | 50 ans (âge levé si enfant) | 5 ans sauf enfant | Suppression définitive | Non |
| RCI Artisans, commerçants |
60 % | 55 ans | Aucune | Aucun effet | Non — mais plafond de ressources 96 120 €/an |
| MSA — RCO Exploitants agricoles |
54 % | 55 ans (dérogations : décès en activité, invalidité, 2 enfants) | 2 ans | Non publié | Non |
Trois lectures transversales sortent de ce tableau. Premièrement, l'âge pèse souvent plus lourd que le taux : entre la CNBF à 50 ans et la CARCDSF à 65 ans, quinze années séparent deux conjoints qui touchent pourtant le même pourcentage. Deuxièmement, aucune complémentaire libérale n'impose de condition de ressources — seuls la base et le RCI le font. Troisièmement, deux caisses sur treize ne publient pas leur règle de remariage, et deux autres se contredisent avec le Guide CNAVPL.
Les quatre régimes du remariage
« Que se passe-t-il si mon conjoint se remarie ? » est la question la plus posée sur ce sujet, et la seule à laquelle il n'existe pas une réponse mais quatre. Voici le classement, que nous n'avons vu établi nulle part.
- Suppression définitive. La réversion est perdue et ne revient jamais, même si le nouveau mariage se termine par un divorce ou un décès. Trois régimes : CARMF, CARCDSF, CNBF.
- Suspension rétablissable. Le versement s'arrête pendant le nouveau mariage, puis reprend si celui-ci prend fin. Six régimes : CPRN, CAVOM, CARPIMKO, CARPV, CAVEC, CIPAV.
- Aucun effet. Le remariage est sans conséquence : CAVP en répartition comme en capitalisation, et RCI.
- Non publié. Ni la CAVAMAC ni la MSA n'écrivent ce qu'elles font. Nous ne le supposons pas à leur place.
Deux divergences documentaires à connaître. Pour la CAVEC, le Guide CNAVPL 2026 décrit une suspension, tandis que le guide publié par la caisse parle d'une perte. Pour la CIPAV, le Guide CNAVPL retient également la suspension, quand le site de la caisse écrit que la pension est supprimée. Ces deux cas ne se tranchent pas depuis une page web : ils se tranchent par un écrit de la caisse, à demander avant de construire quoi que ce soit dessus.
La retraite de base, elle, suit une logique à part. Le remariage ne supprime pas le droit : il fait entrer les revenus du nouveau conjoint dans le calcul, et fait basculer le plafond applicable de 25 001,60 € à 40 002,56 €. La pension peut donc tomber à zéro sans jamais être supprimée — et remonter si les ressources du ménage baissent, tant que la cristallisation n'est pas intervenue. Enfin, le partage entre ex-conjoints obéit à sa propre règle : la réversion est répartie au prorata de la durée respective de chaque mariage, et cette part reste due même si l'ex-conjoint s'est remarié. Le détail est traité sur notre page dédiée au remariage et à la réversion.
Les six options de réversion majorée
C'est le sujet le moins documenté de tout le dossier, et le seul sur lequel un futur retraité peut encore agir. Six régimes seulement permettent d'acheter, de son vivant, une réversion supérieure au taux statutaire. Le choix se fait presque toujours au moment de la liquidation, et il est irréversible.
| Caisse | Taux standard → optionnel | Contrepartie | Modalité |
|---|---|---|---|
| CPRN Notaires | 60 % → 100 % | Abattement fonction de l'écart d'âge entre conjoints | Option exercée à la liquidation |
| CAVOM Officiers ministériels | 60 % → 100 % | Cotisation majorée de 20 % | Option de cotisation |
| CARPV Vétérinaires | 60 % → 100 % | Cotisation majorée de 20 % | Statuts du 16 décembre 2025, art. 45 |
| CAVEC Experts-comptables | 60 % → 100 % | Cotisation majorée de 30 % | Option de cotisation |
| CIPAV Libéraux non réglementés | 60 % → 100 % | Cotisation majorée de 25 % | Option de cotisation |
| CAVP Pharmaciens — capitalisation | 50 % → 60, 70, 80, 90 ou 100 % | Versement complémentaire en capital | Choix définitif, dans les 2 mois de la liquidation |
Le raisonnement est celui d'une assurance, pas d'un placement. Payer 20 à 30 % de cotisation en plus pendant des années n'a de sens que si l'écart d'âge, l'état de santé et l'absence de droits propres du conjoint rendent le besoin réel ; un conjoint plus âgé ou disposant d'une retraite personnelle confortable rend l'option coûteuse pour rien. Et si votre caisse ne figure pas dans ce tableau, l'option n'existe pas : la seule voie reste un contrat privé.
Étape suivante
Faire chiffrer la rente de conjoint qui comble le trou
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Avant la retraite : la rente du régime invalidité-décès — et les caisses où il n'y a rien
Tout ce qui précède suppose un décès après la liquidation de la retraite. Si le décès survient avant, la réversion des droits acquis reste due mais elle ne s'ouvre qu'à l'âge statutaire — 60, 62 ou 65 ans selon la caisse. Entre les deux, le conjoint dépend d'un autre régime : le régime invalidité-décès obligatoire de la caisse. Et là, l'écart entre professions devient brutal.
| Caisse | Rente de conjoint | Capital décès |
|---|---|---|
| CARPIMKO | 10 080 €/an jusqu'aux 65 ans du conjoint | Oui |
| CARMF | 8 557,20 à 17 114,40 €/an jusqu'à 62 ans | Oui |
| CARCDSF — dentistes | 20 859,72 €/an (Guide CNAVPL 2026 ; le site de la caisse affiche encore la valeur 2025) | Oui |
| CARCDSF — sages-femmes | Aucune | 15 128 € |
| CAVP | 16 872 €/an | 25 308 € |
| CAVEC | Aucune | 72 713 à 290 850 € |
| CAVAMAC | Aucune | Capital décès seulement |
| CNBF | Aucune | 50 000 € |
La ligne de fracture est nette. Pour un kinésithérapeute, un médecin, un chirurgien-dentiste ou un pharmacien, le régime obligatoire a construit un pont entre le décès et la réversion : la rente de conjoint prend le relais immédiatement et s'éteint à peu près quand la réversion s'ouvre. Pour un expert-comptable, un agent général d'assurance, un avocat ou une sage-femme, ce pont n'existe pas. Il y a un capital, versé une fois, puis plus rien pendant des années. C'est ce trou-là — et non le taux de réversion — qui décide de la situation réelle d'une famille. Il se comble par une garantie décès avec rente de conjoint, dont le montant se calcule sur la durée exacte du trou.
Le plafond de 25 001,60 € et l'arithmétique de la base
25 001,60 €. C'est le plafond annuel de ressources 2026 au-delà duquel la réversion de la retraite de base n'est plus versée à une personne seule — 40 002,56 € pour un couple. Un conjoint survivant qui perçoit 36 000 € de revenus d'activité voit 25 200 € retenus après l'abattement de 30 %, dépasse le plafond, et touche zéro euro de réversion de base. Sa réversion complémentaire, elle, lui est versée intégralement : aucune caisse libérale n'applique de condition de ressources sur cet étage.
L'arithmétique de la base tient en six règles, toutes utiles et toutes ignorées.
- L'abattement de 30 % s'applique aux revenus d'activité du survivant. Un salaire de 30 000 € compte pour 21 000 € dans le test de ressources.
- Le maximum de la réversion de base est de 12 976,20 €/an, quel que soit le niveau de la pension du défunt.
- Le minimum est de 4 019,13 €/an, à condition que le défunt ait justifié d'au moins 15 ans d'assurance au régime.
- La majoration de 11,1 % s'applique si le total des retraites du survivant ne dépasse pas 3 020,07 € par trimestre.
- La majoration de 10 % pour avoir eu ou élevé trois enfants s'ajoute par-dessus.
- Le partage entre ex-conjoints se fait au prorata des durées de mariage respectives, remariage ou non.
La cristallisation, l'angle que personne n'explique. La pension de réversion de base n'est pas révisable indéfiniment. Elle cesse de l'être trois mois après le point de départ de l'ensemble des avantages personnels de retraite du survivant. Autrement dit : une fois toutes vos propres retraites liquidées, le montant de la réversion est figé, et une baisse ultérieure de vos ressources ne le fera plus remonter. Une réversion écrêtée à quelques euros par mois au moment de la cristallisation le restera à vie. C'est une raison sérieuse de faire vérifier ses ressources avant de liquider, pas après.
Anne, 58 ans, veuve d'un expert-comptable de 61 ans
Le mari d'Anne, expert-comptable affilié à la CAVEC, décède à 61 ans, avant d'avoir liquidé sa retraite. Sa complémentaire acquise s'élevait à 18 000 €/an, dont deux tiers en points postérieurs à 2009. Anne a 58 ans et perçoit 32 000 € de revenus d'activité. Voici sa chronologie réelle.
- Année 0 — le capital. La CAVEC verse un capital décès compris entre 72 713 et 290 850 € selon la classe de cotisation. Aucune rente de conjoint : la CAVEC n'en prévoit pas.
- Année 0 — la base. Anne a 58 ans, elle remplit la condition d'âge de 55 ans. Ses 32 000 € de revenus d'activité comptent pour 32 000 × 0,70 = 22 400 € après abattement. Le plafond étant de 25 001,60 €, il lui reste une marge de 2 601,60 €/an : sa réversion de base est écrêtée à 216,80 €/mois, quel que soit son montant théorique.
- De 58 à 60 ans — le trou. La réversion complémentaire CAVEC ne s'ouvre qu'à 60 ans. Pendant 24 mois, Anne ne perçoit rien de la complémentaire de son mari, et rien au titre de l'invalidité-décès au-delà du capital initial.
- À 60 ans — la complémentaire. 12 000 € de pension issus de points postérieurs à 2009 à 60 % = 7 200 €, plus 6 000 € de points antérieurs à 50 % = 3 000 €. Total : 10 200 €/an, soit 850 €/mois.
Le même scénario si son mari avait été kinésithérapeute, affilié à la CARPIMKO : Anne percevrait une rente de conjoint de 10 080 €/an dès le décès, soit 840 €/mois, versée jusqu'à ses 65 ans — c'est-à-dire pendant sept ans, soit 70 560 € —, la réversion complémentaire prenant ensuite le relais à 65 ans. Le régime obligatoire des auxiliaires médicaux a été conçu pour qu'il n'y ait pas d'interruption. Celui des experts-comptables ne l'a pas été.
L'écart n'est pas dans le taux de réversion — 60 % dans les deux cas sur les points récents — mais dans les 24 mois sans rien et dans l'absence totale de rente de conjoint. Pour Anne, la question utile n'est pas « quel est mon taux ? » mais « qui paie le loyer entre 58 et 60 ans si je dois réduire mon activité ? ».
Quand la réversion suffit — et quand elle ne suffira jamais
Nous sommes courtier : nous avons intérêt à ce que vous concluiez qu'il faut souscrire une rente de conjoint. Dans un nombre significatif de situations, ce serait un mauvais conseil.
La réversion suffit quand trois conditions sont réunies. Un faible écart de revenus dans le couple : si votre conjoint gagne à peu près autant que vous, une réversion de 60 % sur une complémentaire correcte absorbe le choc. Un patrimoine réellement mobilisable — épargne disponible, assurance vie, valeurs mobilières : pas les murs du cabinet ni la résidence principale, qui ne financent pas trois ans de transition. Et une caisse qui construit le pont : à la CARPIMKO, à la CARMF, à la CARCDSF pour un chirurgien-dentiste ou à la CAVP, la rente de conjoint du régime invalidité-décès couvre déjà la période critique.
Elle ne suffira jamais dans trois configurations. Un conjoint nettement plus jeune : à 45 ans, quinze à vingt ans le séparent de l'âge d'ouverture de la réversion, et aucune caisse ne comble un trou de cette longueur. Des enfants à charge : les frais fixes d'un foyer ne se réduisent pas au décès du parent qui gagnait le plus. Des emprunts en cours : un capital décès de 72 713 € rembourse un prêt, il ne remplace pas dix ans de revenus.
La méthode est arithmétique : la rente de conjoint se calcule, elle ne se présume pas. On chiffre la durée exacte du trou — du décès à l'âge d'ouverture de votre réversion —, puis le besoin mensuel du foyer sur cette période, on retranche ce que verse réellement votre caisse, et le solde est le montant à assurer. Ni plus, ni moins. Le raisonnement voisin, pour ceux qui poursuivent leur activité après la liquidation, est traité sur notre page cumul emploi-retraite.
Questions fréquentes
Mon conjoint pacsé touchera-t-il ma réversion ?
Non, jamais, dans aucun régime français. La réversion est réservée au conjoint marié et aux ex-conjoints divorcés. Le partenaire de PACS et le concubin n'ouvrent aucun droit, ni sur la retraite de base, ni sur les complémentaires des professions libérales, ni au RCI des artisans et commerçants, ni à la CNBF des avocats. Aucune exception, aucune ancienneté de PACS, aucun enfant commun ne change cette règle. C'est le point le plus mal compris de tout le sujet : un couple pacsé depuis vingt ans est, pour la réversion, dans la même situation qu'un couple qui vient de se rencontrer. Seuls le mariage, ou un contrat de prévoyance privé désignant le partenaire comme bénéficiaire, protègent le survivant.
La réversion est-elle soumise à conditions de ressources ?
Cela dépend de l'étage. La retraite de base des libéraux renvoie au régime général : elle est bien soumise à un plafond de ressources, fixé en 2026 à 25 001,60 € par an pour une personne seule et 40 002,56 € pour un couple, avec un abattement de 30 % sur les revenus d'activité du survivant. Le RCI, la complémentaire des artisans et commerçants, applique lui aussi une condition de ressources, mais beaucoup plus large : 96 120 € par an, soit deux plafonds annuels de la sécurité sociale. En revanche, aucune complémentaire des professions libérales n'applique de condition de ressources : la CARMF, la CARPIMKO, la CIPAV, la CAVEC ou la CAVP versent leur réversion quels que soient les revenus du conjoint survivant. C'est pour cette raison qu'un conjoint qui travaille encore peut toucher zéro euro au titre de la base et plusieurs centaines d'euros par mois au titre de la complémentaire.
Que devient la réversion si je me remarie ?
Quatre réponses différentes selon le régime. Sur la retraite de base, le remariage ne supprime pas le droit, mais les ressources du nouveau ménage sont prises en compte : la pension peut être réduite à zéro sans être supprimée, et le plafond applicable devient celui du couple, 40 002,56 € par an. Dans les complémentaires, trois cas coexistent. La CARMF, la CARCDSF et la CNBF suppriment définitivement la réversion. La CPRN, la CAVOM, la CARPIMKO, la CARPV, la CAVEC et la CIPAV la suspendent, avec rétablissement possible si le nouveau mariage prend fin. La CAVP en répartition et le RCI n'en tiennent aucun compte. La CAVAMAC et la MSA ne publient pas leur règle. Enfin, le remariage n'efface pas le partage entre ex-conjoints : la part calculée au prorata de la durée de chaque mariage reste due, même si l'ex-conjoint s'est remarié. Le détail figure sur notre page remariage et réversion.
Puis-je améliorer la réversion de mon conjoint ?
Oui, dans six régimes seulement, et le choix se fait presque toujours au moment de la liquidation de votre propre retraite. La CAVOM, la CARPV, la CAVEC et la CIPAV proposent de porter la réversion de 60 % à 100 % moyennant une surcotisation, respectivement de 20 %, 20 %, 30 % et 25 % de la cotisation. La CPRN offre la même option à 100 % avec un abattement lié à l'écart d'âge entre les conjoints. La CAVP, sur son régime par capitalisation, permet de relever le taux de 50 % à 60, 70, 80, 90 ou 100 % par un versement complémentaire en capital, à exercer dans les deux mois de la liquidation et de façon définitive. Aucune autre caisse libérale ne propose ce mécanisme. Si vous relevez d'une caisse sans option, le seul levier reste un contrat de prévoyance privé prévoyant une rente de conjoint.
Quel est le taux de la pension de réversion ?
Il n'existe pas un taux mais au moins trois. La retraite de base de toutes les sections de la CNAVPL applique 54 %, par renvoi au régime général. Les complémentaires des professions libérales appliquent très majoritairement 60 % : CPRN, CAVOM, CARMF, CARCDSF, CAVP en répartition, CARPIMKO, CARPV, CAVAMAC, CAVEC et CIPAV. Trois exceptions notables : la CAVEC ne verse 60 % que sur les points acquis depuis 2009 et 50 % sur les points antérieurs, la CAVP en capitalisation part de 50 %, et la CNBF applique 50 % sur sa base propre et 60 % sur sa complémentaire. Le régime complémentaire des artisans et commerçants verse 60 %, la retraite complémentaire obligatoire des exploitants agricoles 54 %. Le taux ne suffit d'ailleurs pas à comparer deux caisses : l'âge d'ouverture, qui va de 50 à 65 ans, pèse souvent plus lourd que le pourcentage.
Et si mon conjoint décède avant la retraite ?
Vous ne relevez alors pas de la réversion mais du régime invalidité-décès de la caisse, et l'écart entre caisses y est bien plus violent. La CARPIMKO verse une rente de conjoint de 10 080 € par an jusqu'aux 65 ans du survivant, la CARMF de 8 557,20 à 17 114,40 € par an jusqu'à 62 ans, la CARCDSF 20 859,72 € par an pour un chirurgien-dentiste, la CAVP 16 872 € par an plus un capital de 25 308 €. À l'inverse, la CAVEC, la CAVAMAC et la CNBF ne prévoient aucune rente de conjoint : seulement un capital décès, de 72 713 à 290 850 € à la CAVEC et de 50 000 € à la CNBF. Les sages-femmes de la CARCDSF sont dans le même cas, avec un capital de 15 128 €. Dans ces régimes, le conjoint survivant n'a strictement aucun revenu de remplacement entre le décès et l'âge d'ouverture de la réversion, qui peut être atteint plusieurs années plus tard. C'est ce trou-là que seule une rente de conjoint souscrite à titre privé comble.
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Faire chiffrer la rente de conjoint25 001,60 € de plafond sur la base, zéro condition sur la complémentaire : où se situe votre conjoint ?
Nous chiffrons, pour votre caisse et votre situation exacte, ce que percevra votre conjoint mois par mois — capital, rente de conjoint, réversion —, la durée du trou éventuel, et le montant qu'il faut réellement assurer. Nous vous disons aussi quand il ne faut rien souscrire.
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Pour aller plus loin
- Remariage et pension de réversion : les quatre régimes
- La réversion CARMF (médecins)
- La réversion CARPIMKO (auxiliaires médicaux)
- La réversion CNBF (avocats)
- La réversion CAVP (pharmaciens)
Sources
- Légifrance — code de la sécurité sociale, art. L. 643-7 (renvoi de la base des libéraux au régime général), art. L. 353-1 et suivants (réversion du régime général, âge, ressources, partage entre ex-conjoints), art. R. 653-12 (réversion CNBF à 50 %) — consulté en août 2026.
- Légifrance — règlement du régime complémentaire des indépendants (RCI), art. 17 et 19 : réversion à 60 % à 55 ans sous condition de ressources — consulté en août 2026.
- Circulaire Cnav n° 2026-01 du 5 janvier 2026 — plafonds de ressources 25 001,60 € et 40 002,56 €, maximum 12 976,20 €/an, minimum 4 019,13 €/an, majoration 11,1 % (seuil 3 020,07 €/trimestre), plafond RCI 96 120 € (§ 9) — consulté en août 2026.
- CNAVPL — Guide 2026 des régimes des professions libérales (taux, âges, durées de mariage, effet du remariage et options de réversion majorée des sections) et plafonds de la réversion de base — consulté en août 2026.
- service-public.fr F13104 — pension de réversion : conditions, plafonds de ressources, abattement de 30 %, majorations — consulté en août 2026.
- CARPV — statuts du 16 décembre 2025, art. 45 : option de réversion à 100 % moyennant une cotisation majorée de 20 % — consulté en août 2026.
- CARMF — réversion du régime complémentaire (60 %, 62 ans, suppression en cas de remariage), ASV et rente de conjoint du régime invalidité-décès — consulté en août 2026.
- CARPIMKO — réversion complémentaire (60 %, 65 ans, 60 ans en cas d'inaptitude, 55 ans si la rente de survie n'est pas ouverte), ASV à 50 %, rente de conjoint de 10 080 €/an — consulté en août 2026.
- CARCDSF — réversion complémentaire et PCV à 60 %, anticipation à 60 ans avec minoration de 1,25 %/trimestre, rente de conjoint des chirurgiens-dentistes, capital décès des sages-femmes — consulté en août 2026.
- CAVP — réversion du régime par répartition (60 %, 60 ans) et du régime par capitalisation (50 % par défaut, option 60 à 100 % par versement complémentaire, choix définitif dans les 2 mois) — consulté en août 2026.
- CAVEC — réversion à 60 % sur les points acquis depuis 2009 et 50 % sur les points antérieurs, option à 100 % avec cotisation majorée de 30 %, capital décès — consulté en août 2026.
- CIPAV — réversion complémentaire à 60 % dès 62 ans, suppression de la condition de durée de mariage depuis 2021, option à 100 % avec cotisation majorée de 25 % — consulté en août 2026.
- CNBF — réversion de base à 50 % (5 ans de mariage), réversion complémentaire à 60 % dès 50 ans, suppression en cas de remariage, capital décès de 50 000 € — consulté en août 2026.
- MSA — réversion de la retraite complémentaire obligatoire des non-salariés agricoles : 54 %, 55 ans, 2 ans de mariage et dérogations — consulté en août 2026.