Prévoyance des indépendants

Accident du travail d'un indépendant : le vide de protection 2026

Courtier en assurances ORIAS n° 26004449 Publié le 1er septembre 2026

Pour un artisan, un commerçant, un libéral ou un micro-entrepreneur, l'accident du travail n'existe pas : aucune branche AT/MP, aucune déclaration, aucune rente. Une chute de chantier est indemnisée comme une grippe — 3 jours de carence, des indemnités journalières maladie plafonnées à 65,84 €/jour pour un artisan (et 0 € sous 4 582 € de revenu annuel), ticket modérateur à charge. Seules exceptions : les dirigeants assimilés salariés rémunérés et les exploitants agricoles (ATEXA). Pour tous les autres, la couverture de ce risque est entièrement à construire soi-même.

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Pas de branche AT/MP : le vide, texte à l'appui

Ce n'est pas une lacune de contrat, c'est l'architecture même du système. La fiche ameli consacrée aux indépendants (mise à jour le 7 avril 2026) l'écrit sans détour : les travailleurs indépendants « ne sont pas assurés de façon obligatoire contre le risque des accidents du travail et maladies professionnelles ». Sont concernés les artisans, les commerçants, les professions libérales, les artistes-auteurs — et les micro-entrepreneurs, qui héritent du même vide.

Concrètement, en cas d'accident sur un chantier, en livraison ou au cabinet, ameli précise que « vos frais de santé seront pris en charge aux taux et conditions habituelles, comme toute prestation maladie ». Traduction : le régime ne fait aucune différence entre une chute d'échafaudage et une angine. Pas de prise en charge à 100 %, pas d'indemnités journalières spécifiques, pas de rente en cas de séquelles, pas de reconnaissance du caractère professionnel de l'accident.

Deux catégories échappent à ce vide : les dirigeants assimilés salariés rémunérés (président de SAS/SASU, gérant minoritaire rémunéré), affiliés au régime général et couverts par sa branche AT/MP, et les exploitants agricoles, pour qui la couverture ATEXA de la MSA est obligatoire — le contre-exemple détaillé plus bas.

Après la chute : ce qui se passe, poste par poste

Prenons Julien, 38 ans, couvreur à son compte (artisan affilié à la SSI), revenu annuel moyen (Raam) de 30 000 €. Il chute d'un toit — les chutes de hauteur du BTP se produisent souvent depuis moins de 3 mètres — et se retrouve arrêté 4 mois, la durée moyenne constatée pour ce type d'accident.

  • Jours 1 à 3 : 0 €. La carence de 3 jours s'applique, accident ou pas.
  • À partir du 4e jour : IJ maladie de 1/730e du Raam, soit 30 000 ÷ 730 = 41,10 €/jour — plafond à 65,84 €/j quel que soit le revenu. Sur 120 jours d'arrêt, 117 indemnisés : 4 808 €, pour environ 10 000 € de revenu perdu.
  • Si son Raam était inférieur à 4 582 € (10 % de la moyenne des PASS — cas fréquent en début de micro-entreprise) : 0 € d'IJ, du premier au dernier jour.
  • Frais de soins : remboursement aux taux habituels — ticket modérateur, forfaits et dépassements à sa charge, là où la branche AT/MP des salariés prend les soins en charge à 100 % des tarifs conventionnels.
  • Séquelles permanentes à l'épaule : aucune rente, aucun capital. La rente d'incapacité permanente est une prestation AT/MP ; elle n'existe pas pour lui.

S'il avait été libéral, le plafond d'IJ aurait été plus élevé — 197,51 €/jour au maximum en 2026, versées par la CPAM depuis le 1er juillet 2021 — mais pour 90 jours au plus (87 indemnisés après carence) : au 91e jour, tout dépend de sa caisse professionnelle, et plusieurs ne versent rien. La chronologie complète d'un arrêt, jour par jour, est détaillée sur la page arrêt de travail.

Qui est couvert, qui ne l'est pas : le tableau par statut

Couverture accidents du travail selon le statut — 2026
Statut Régime AT/MP obligatoire Ce que vous touchez après un accident professionnel
Artisan, commerçant Aucun IJ maladie ordinaires : carence 3 j, 1/730e du Raam, max 65,84 €/j, 0 € sous 4 582 € de Raam. Aucune rente — le détail
Micro-entrepreneur Aucun Mêmes règles que l'artisan-commerçant, sur un Raam souvent faible : l'IJ à 0 € est fréquente — le détail
Profession libérale Aucun IJ CPAM max 197,51 €/j, carence 3 j, 90 jours maximum, puis relais de la caisse — ou rien. Aucune rente AT
Président de SAS/SASU rémunéré Oui — régime général (assimilé salarié) Couverture AT/MP du régime général, comme un salarié. La nuance : sans rémunération, pas d'affiliation, donc pas de couverture — le détail
Gérant majoritaire de SARL Aucun TNS : mêmes règles que l'artisan-commerçant — le détail
Conjoint collaborateur Aucun Pas de couverture obligatoire ; accès possible à l'assurance volontaire AT/MP
Exploitant agricole Oui — ATEXA (MSA), obligatoire IJ dès le 4e jour, frais de santé 100 %, rente dès 30 % d'incapacité — voir ci-dessous

Le statut décide de tout : à métier identique, un couvreur en SASU rémunéré est couvert, le même couvreur artisan ne l'est pas.

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ATEXA : la preuve que ce vide n'a rien d'inévitable

Le meilleur argument contre le « c'est comme ça pour tous les indépendants » est agricole. Avec le régime ATEXA de la MSA, les exploitants — chefs d'exploitation, membres non salariés de sociétés, aides familiaux, collaborateurs (conjoint, concubin, pacsé) et enfants de 14 à 20 ans participant occasionnellement aux travaux — sont obligatoirement couverts contre l'accident du travail. Un non-salarié peut donc l'être ; il suffit que le régime existe.

ATEXA 2026 : cotisations forfaitaires annuelles par activité (arrêté du 17 décembre 2025) et prestations
Élément Valeur 2026
Cotisation — maraîchage, floriculture 515,55 €/an
Cotisation — cultures et élevage 560,38 €/an
Cotisation — bois, scieries, paysagistes 550,95 €/an
Cotisation — viticulture 527,73 €/an
Activité à titre secondaire / collaborateur, aide familial / cotisant solidaire 50 % du tarif / 38,48 % du tarif / 72,95 €
Indemnités journalières (du 01/04/2026 au 31/03/2027) 26,00 €/j les 28 premiers jours indemnisés, puis 34,66 €/j — carence 3 jours
Frais de santé Pris en charge à 100 %
Rente d'incapacité permanente Dès 30 % d'incapacité (chef d'exploitation) ; à partir de 100 % pour collaborateurs et aides familiaux

Au passage, une règle périmée circule encore — y compris sur une page MSA locale : la carence ATEXA n'est plus de 7 jours mais de 3 jours depuis le 1er février 2021. Et les IJ ne sont pas « environ 27 € » : 26,00 € puis 34,66 €/j sur la campagne 2026-2027. Les montants 2026 des rentes d'ayants droit et des frais funéraires ATEXA ne sont pas publiés en ligne à la date de rédaction.

Pour environ 43 à 47 € par mois, un exploitant a donc ce qu'aucun artisan ne peut obtenir de son régime : des IJ spécifiques accident, des soins à 100 % et surtout une rente en cas de séquelles. C'est modeste — 26 €/jour ne remplacent pas un revenu — mais c'est une vraie branche AT, avec reconnaissance professionnelle. Détail du régime agricole sur la page MSA.

549 614 accidents comptés — zéro chez les indépendants

Le rapport annuel 2024 de l'Assurance Maladie – Risques professionnels recense 549 614 accidents du travail (−1,1 % sur un an), une fréquence de 26,4 accidents pour 1 000 salariés et 1 297 décès toutes causes. Mais son champ est écrit en toutes lettres : il couvre « 20,8 millions de salariés du régime général ». Pas un seul indépendant n'y figure.

Ce n'est pas un biais statistique, c'est une conséquence directe du vide : sans branche AT/MP, il n'y a pas de déclaration d'accident du travail, donc pas de comptage. La chute d'un couvreur artisan n'existe dans aucune base publique en tant qu'accident du travail. Quand vous lisez que « les accidents du travail baissent », la phrase ne dit strictement rien de votre risque — elle ne parle que des salariés. Attribuer ces chiffres aux indépendants, comme on le voit souvent, est une erreur de champ.

Le chiffre clé

0. C'est le nombre d'accidents du travail d'indépendants comptés dans les statistiques officielles — non pas parce qu'il ne s'en produit pas, mais parce qu'aucun régime ne les enregistre. Les 549 614 accidents recensés en 2024 concernent exclusivement les salariés du régime général.

Chutes de hauteur : ce que le BTP salarié nous apprend

À défaut de statistiques sur les indépendants, les chiffres du BTP salarié donnent l'ordre de grandeur du risque physique — les gestes d'un couvreur artisan étant les mêmes que ceux d'un couvreur salarié. Selon les données Cnam 2021 reprises par l'OPPBTP pour sa campagne de prévention, la chute de hauteur est la première cause d'accidents graves et mortels du BTP hors malaises et risque routier : elle représente un accident du travail mortel sur cinq dans le secteur, soit 31 décès cette année-là. Précision qui a son importance : dire que la chute serait « la première cause de mortalité au travail » tout court est inexact — les malaises représentent environ 60 % des décès recensés, toutes causes confondues.

Trois données de cette campagne parlent directement aux artisans du bâtiment : les charpentiers-couvreurs concentrent 40 % des victimes de chutes de hauteur, l'arrêt moyen après une chute est de 4 mois, et les trois quarts de ces accidents surviennent dans des entreprises de moins de 50 salariés — des structures proches, par la taille et les chantiers, de l'artisanat. Le secteur reste par ailleurs nettement plus accidentogène que la moyenne : environ 39,9 accidents pour 1 000 salariés du BTP en 2023, contre 26,4 tous secteurs en 2024, et 146 décès dans le BTP en 2024. Un salarié qui vit cela relève de la branche AT/MP ; un artisan qui vit exactement la même chute relève du régime maladie ordinaire décrit plus haut.

Combler le vide : ce qu'une prévoyance change, ligne à ligne

Puisque le régime obligatoire ne créera pas de branche AT/MP pour vous, la couverture se construit avec deux briques — dont une seule remplace le revenu.

Après un accident professionnel : régime obligatoire TNS, assurance volontaire AT/MP, prévoyance privée — 2026
Besoin Régime obligatoire TNS Assurance volontaire AT/MP Prévoyance privée
Revenu pendant l'arrêt IJ maladie plafonnées (65,84 €/j artisans, 197,51 €/j libéraux sur 90 j max), carence 3 j Rien — aucune indemnité journalière IJ contractuelles dès le 4e jour ou selon la franchise choisie, calibrées sur votre revenu réel
Frais de soins Taux habituels, ticket modérateur à charge 100 % des tarifs conventionnels, prothèses 150 % Hors périmètre (rôle de la mutuelle)
Séquelles permanentes Aucune rente AT ; pension d'invalidité maladie sous conditions strictes Capital si IPP < 10 %, rente si ≥ 10 % Rente d'invalidité, idéalement en barème professionnel, à partir du seuil prévu au contrat
Décès Capital décès du régime, forfaitaire Rentes aux ayants droit, frais funéraires Capital et/ou rentes contractuels, calibrés sur les besoins de la famille

Les deux briques ne se concurrencent pas : l'assurance volontaire AT/MP couvre les soins et les séquelles, la prévoyance couvre le revenu. La GAV, elle, exclut en principe les accidents du travail de son socle.

Le bon réflexe n'est pas de tout souscrire, mais de chiffrer : ce que verserait votre régime (le simulateur de reste à vivre en arrêt le fait sur votre revenu réel), puis de ne couvrir que l'écart. Un artisan du bâtiment à revenu confortable a un trou de plusieurs milliers d'euros par mois ; un consultant à faible charge fixe, parfois beaucoup moins.

Questions fréquentes

Un indépendant peut-il déclarer un accident du travail ?

Non, sauf exceptions. Artisans, commerçants, libéraux, micro-entrepreneurs et artistes-auteurs ne sont pas assurés de façon obligatoire contre les accidents du travail : pas de déclaration, pas de reconnaissance professionnelle, pas de rente — l'accident est traité en maladie ordinaire. Exceptions : les dirigeants assimilés salariés rémunérés (président de SAS/SASU, gérant minoritaire rémunéré), couverts par le régime général, et les exploitants agricoles, couverts par l'ATEXA.

Que touche un artisan après un accident de chantier ?

Des IJ maladie ordinaires : après 3 jours de carence, 1/730e de son revenu annuel moyen, plafonné à 65,84 €/j en 2026 — et 0 € si le Raam est inférieur à 4 582 €. Soins remboursés aux taux habituels, ticket modérateur à charge. Séquelles : aucune rente, aucun capital. Le détail est sur la page arrêt de travail de l'artisan-commerçant.

Le président de SASU est-il couvert contre l'accident du travail ?

Oui, s'il est rémunéré : assimilé salarié, il bénéficie de la branche AT/MP du régime général. Le gérant majoritaire de SARL, TNS, n'a aucune couverture. Et un président de SASU sans rémunération n'est pas affilié, donc pas couvert non plus.

Comment un indépendant peut-il se couvrir contre l'accident du travail ?

En combinant deux outils : l'assurance volontaire AT/MP pour les soins à 100 % et la rente en cas d'incapacité d'au moins 10 % — mais elle ne verse aucune IJ —, et une prévoyance privée pour le revenu (IJ dès le 4e jour ou selon franchise, rente d'invalidité). La GAV exclut en principe les accidents du travail de son socle.

Les accidents du travail des indépendants sont-ils comptés dans les statistiques ?

Non. Les 549 614 accidents recensés en 2024 ne couvrent que les 20,8 millions de salariés du régime général. Sans branche AT/MP, l'accident d'un indépendant n'est déclaré nulle part : il n'existe dans aucune statistique publique. L'absence de chiffre traduit l'absence de couverture, pas l'absence de risque.

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Yacine Sahnoune, courtier en assurances et fondateur de Prevoya

L’auteur de cette page

Yacine Sahnoune

Courtier en assurances · Fondateur de Prevoya (WeSave SAS) · Directeur de la publication

Il signe l’ensemble des contenus de ce site. Sa spécialité : traduire les barèmes des régimes obligatoires — treize caisses, des règles qui changent chaque année — en une décision claire pour un indépendant ou un dirigeant.