Prévoyance des indépendants

Chômage de l'indépendant : ce que l'ATI verse vraiment, et à qui

Courtier en assurances ORIAS n° 26004449 Publié le 1er septembre 2026

Le « chômage des indépendants » existe sur le papier : c'est l'allocation des travailleurs indépendants (ATI), 26,30 € par jour — environ 800 € par mois, plancher à 19,73 € — pendant 182 jours, une fois tous les cinq ans. Dans les faits, l'Unédic comptait 1 550 ouvertures de droits en 2024 et moins de 650 personnes indemnisées fin 2024, contre 29 300 bénéficiaires anticipés par l'étude d'impact de 2018 : environ 5 % de la cible. Le filet public existe à peine — cette page explique pourquoi, condition par condition, et ce qu'il reste quand on n'y a pas droit.

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Moins de 650 indemnisés : le constat qui change tout

Avant les règles, le résultat. L'Unédic a publié le 8 juillet 2025 un état des lieux de l'ATI, six ans après son lancement. Trois chiffres suffisent.

1 550ouvertures de droits en 2024, soit ~130 par mois pour toute la France
< 650personnes effectivement indemnisées fin 2024
29 300bénéficiaires anticipés par l'étude d'impact de 2018

Le dispositif touche donc environ 5 % de la cible que le législateur s'était fixée en le créant. Ce n'est pas un détail statistique : c'est la donnée qui doit piloter votre raisonnement. Quand un indépendant se dit « si ça tourne mal, j'aurai le chômage », il parie sur un dispositif qui, à l'échelle d'un pays comptant plusieurs millions de travailleurs indépendants, indemnisait moins de 650 personnes à la fin 2024. La probabilité que vous passiez toutes les portes est faible — la section conditions montre pourquoi, porte par porte.

Le chiffre cléMoins de 650 indépendants indemnisés par l'ATI fin 2024 — pour 29 300 bénéficiaires anticipés lors de la création du dispositif en 2018. Environ 5 % de la cible (Unédic, état des lieux du 8 juillet 2025).

26,30 € par jour, 182 jours, une fois tous les 5 ans

Pour ceux qui passent les portes, voici ce que l'ATI verse, d'après la fiche Unédic mise à jour au 17 juillet 2026.

ATI 2026 : montant, durée et fréquence (fiche Unédic au 17 juillet 2026)
Paramètre Règle En euros
Montant journalier 26,30 € par jour au maximum ≈ 800 €/mois
Plancher 19,73 € par jour si les revenus antérieurs sont inférieurs au montant plein ≈ 600 €/mois
Durée 182 jours au maximum (environ 6 mois) 26,30 € × 182 j = 4 786,60 € au total maximum
au plancher : 19,73 € × 182 j = 3 590,86 €
Fréquence Une fois tous les 5 ans — pas de renouvellement
Cumul Non cumulable avec l'ARE ni avec l'ASS

Deux faux qui circulent, à écarter. D'abord « l'ATI, c'est 800 € par mois garantis » : non — 800 € est le maximum ; si vos revenus antérieurs sont faibles, l'allocation descend jusqu'au plancher de 19,73 € par jour, environ 600 € par mois. Ensuite « 6 mois renouvelables » : non — la règle est 182 jours, une fois tous les cinq ans. Le total maximal que l'ATI peut vous verser sur une fenêtre de cinq ans est de 4 786,60 € (calcul : 26,30 € × 182 jours). C'est l'enveloppe complète, pas une rente.

Les deux voies d'accès — dont une méconnue

L'ATI ne s'ouvre que si l'activité s'est terminée d'une des deux façons prévues par les textes.

  • Voie n° 1 — la voie judiciaire. Votre entreprise a fait l'objet d'une liquidation judiciaire, ou d'un redressement judiciaire dans le cadre duquel le remplacement du dirigeant est exigé. C'est la voie historique, celle de 2019.
  • Voie n° 2 — la cessation d'activité non viable, depuis avril 2022. Vous cessez totalement et définitivement une activité devenue non viable économiquement. La non-viabilité se matérialise par une baisse d'au moins 30 % de vos revenus, attestée par un tiers de confiance — en pratique, votre expert-comptable. Autrement dit : il est possible de fermer volontairement, sans tribunal, et d'ouvrir un droit à l'ATI — à condition de faire documenter la chute de revenus par un professionnel avant de fermer.

La voie n° 2 est la plus méconnue, et c'est dommage : elle s'adresse précisément à l'indépendant prudent, celui qui ferme avant la catastrophe plutôt qu'après. Mais elle a un corollaire pratique : la fermeture doit être préparée. Une radiation sèche, sans attestation du tiers de confiance, ne rouvre pas la porte a posteriori. Si vous en êtes à envisager la fermeture, la question du calendrier — fermer, céder, ou organiser la sortie — est traitée dans notre page céder ou fermer son cabinet : une cessation organisée protège toujours mieux qu'une cessation subie.

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Les conditions, toutes cumulatives

Voici le filtre complet, tel que la fiche Unédic du 17 juillet 2026 le décrit. Chaque ligne est une condition cumulative : en rater une seule ferme la porte.

Conditions d'ouverture de l'ATI (fiche Unédic au 17 juillet 2026) — toutes exigées simultanément
Condition Règle exacte Qui elle élimine en pratique
Ancienneté Au moins 2 ans sans interruption dans la même entreprise Les jeunes entreprises — qui sont précisément celles qui échouent le plus — et ceux qui ont changé de structure en cours de route
Revenus antérieurs Au moins 10 000 € sur l'une des deux meilleures des deux dernières années Les activités déjà en difficulté depuis plus de deux ans, dont les revenus se sont étiolés avant la fermeture
Ressources Ressources personnelles inférieures au montant du RSA, soit 646,52 €/mois (chiffre de la fiche Unédic au 17 juillet 2026) La plupart des foyers avec un autre revenu — c'est un critère de minimum social, pas d'assurance
Fin d'activité Liquidation ou redressement judiciaire, ou cessation d'activité non viable (baisse de revenus ≥ 30 % attestée par un tiers de confiance) Les fermetures volontaires non documentées, les cessions, les mises en sommeil
Inscription Inscription à France Travail dans les 12 mois suivant la fin d'activité Ceux qui rebondissent d'abord et ne s'inscrivent que quand le rebond échoue, trop tard

Pourquoi 5 % de la cible : l'exemple de Karim

Karim, 38 ans, a tenu un commerce d'équipement de la maison pendant sept ans. Liquidation judiciaire en mars 2026. Sa meilleure année récente, 2024 : 15 400 € de revenus. Il coche presque tout : plus de 2 ans dans la même entreprise, revenus supérieurs à 10 000 €, voie judiciaire, inscription à France Travail le mois suivant.

  • Si sa compagne ne travaille pas et que le foyer n'a pas d'autres ressources au-dessus du seuil, l'ATI s'ouvre : 26,30 € par jour, soit environ 800 € par mois, pendant 182 jours. Total maximal : 4 786,60 € (26,30 € × 182 jours). Puis plus rien — et aucun nouveau droit ATI possible pendant cinq ans.
  • Si le foyer dispose d'autres ressources dépassant le plafond de 646,52 € par mois, la condition de ressources n'est pas remplie : zéro euro, malgré sept ans d'activité et une liquidation en bonne et due forme.

C'est tout le malentendu de l'ATI : le mot « allocation chômage » évoque une assurance proportionnelle au revenu perdu, comme l'ARE des salariés. La réalité est un minimum social sous condition de ressources, borné à six mois par tranche de cinq ans. Les conditions cumulatives — chacune raisonnable isolément — se multiplient entre elles, et le produit final est ce que mesure l'Unédic : 1 550 ouvertures en 2024, moins de 650 indemnisés fin 2024.

Zone grise assumée : l'appréciation détaillée des « ressources » (périmètre exact du foyer, revenus pris en compte) relève de l'instruction du dossier par France Travail ; la fiche Unédic que nous citons fixe le principe et le seuil, pas le détail de chaque cas. Ne préjugez pas d'un refus — ni d'un accord — sans instruction.

Sans ATI : ce qui existe vraiment

Pour environ 95 % des indépendants qui perdent leur activité, l'ATI ne versera rien. Ce qui reste tient en trois lignes, par ordre de réalisme.

  1. L'ARE conservée d'un ancien emploi salarié. Si vous êtes devenu indépendant en venant du salariat, vos droits au chômage salarié ont pu être conservés. C'est le vrai filet des ex-salariés — mais il ne se cumule pas avec l'ATI, et il ne concerne pas le primo-indépendant. Le même mécanisme de « droits hérités du salariat » existe pour les indemnités journalières maladie : notre page première année d'activité détaille ce que l'ex-salarié conserve et ce que le créateur pur n'a pas.
  2. L'assurance perte d'emploi privée (GSC et contrats d'assureurs) : la seule couverture qui ressemble à un vrai revenu de remplacement — capital choisi, durées de 9 à 18 mois — mais avec ses propres portes d'entrée : délai d'attente de 12 mois, adhésion patronale pour la GSC, coût réel. Nous l'avons décortiquée, offre actuelle et chiffres datés, dans la page sœur : assurance perte d'emploi du dirigeant : GSC et alternatives.
  3. La sortie organisée. Céder, même mal, vaut presque toujours mieux que fermer subitement : un prix de cession, un calendrier social maîtrisé, 12 mois de maintien de droits maladie. C'est l'objet de la page céder ou fermer : votre protection sociale après.

Et une mise en garde de courtier, à contre-emploi : l'assurance perte d'emploi n'est pas la priorité de la plupart des indépendants en nom propre. Le risque le plus fréquent et le plus coûteux reste l'arrêt de travail — maladie ou accident — qui, lui, se couvre bien et pour un coût connu. Assurer le chômage avant d'avoir couvert l'arrêt de travail, c'est assurer le risque rare avant le risque probable.

Questions fréquentes

Quel est le montant de l'ATI en 2026 ?

26,30 € par jour, soit environ 800 € par mois, pendant 182 jours au maximum (fiche Unédic mise à jour au 17 juillet 2026). Ce montant n'est pas garanti : si vos revenus antérieurs sont inférieurs, l'allocation est ramenée jusqu'à un plancher de 19,73 € par jour, soit environ 600 € par mois. Sur la durée totale, le maximum absolu est donc de 26,30 € × 182 jours = 4 786,60 €, et le plancher de 19,73 € × 182 jours = 3 590,86 €. C'est l'enveloppe complète, pour cinq ans.

L'ATI est-elle renouvelable ?

Non, et c'est un faux qui circule beaucoup : « 6 mois renouvelables ». La règle réelle est 182 jours, une fois tous les cinq ans. Une fois l'allocation épuisée, aucun nouveau droit à l'ATI ne peut être ouvert avant l'expiration d'un délai de cinq ans à compter de la précédente ouverture de droits. Un indépendant qui traverse deux échecs en cinq ans n'est couvert que pour le premier.

Puis-je toucher l'ATI sans passer par une liquidation judiciaire ?

Oui, depuis avril 2022, et c'est la voie la plus méconnue. À côté de la voie historique (liquidation ou redressement judiciaire), l'ATI est ouverte en cas de cessation totale et définitive d'une activité devenue non viable économiquement. La non-viabilité se matérialise par une baisse d'au moins 30 % des revenus, attestée par un tiers de confiance — en pratique un expert-comptable. Il faut donc fermer volontairement, mais documenter la chute de revenus par un professionnel : une simple radiation sans attestation ne suffit pas. Les autres conditions (2 ans dans la même entreprise, 10 000 € de revenus, ressources inférieures au RSA, inscription à France Travail) restent exigées.

Pourquoi si peu d'indépendants touchent-ils l'ATI ?

Parce que les conditions sont cumulatives : il suffit d'en rater une pour tout perdre. Il faut à la fois 2 ans d'activité sans interruption dans la même entreprise, au moins 10 000 € de revenus sur l'une des deux meilleures des deux dernières années, des ressources personnelles inférieures au montant du RSA (646,52 €/mois sur la fiche Unédic au 17 juillet 2026), une inscription à France Travail dans les 12 mois, et une fin d'activité par voie judiciaire ou attestée non viable. Résultat mesuré par l'Unédic (état des lieux du 8 juillet 2025) : 1 550 ouvertures de droits en 2024 — environ 130 par mois à l'échelle de la France — et moins de 650 personnes indemnisées fin 2024, contre 29 300 anticipées par l'étude d'impact de 2018. Environ 5 % de la cible.

L'ATI est-elle cumulable avec l'ARE ou l'ASS ?

Non. L'ATI n'est pas cumulable avec l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) ni avec l'allocation de solidarité spécifique (ASS). Un ex-salarié devenu indépendant qui a conservé des droits ARE de son ancien emploi doit choisir : il ne percevra pas les deux. Dans la plupart des cas, l'ARE — calculée sur un salaire réel et servie plus longtemps — est plus favorable que les 182 jours de l'ATI.

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Moins de 650 indemnisés fin 2024 : compter sur l'ATI n'est pas un plan. Votre vrai filet, c'est ce que verse votre caisse en cas d'arrêt, ce que votre prévoyance complète, et — si votre situation le justifie — une couverture perte d'emploi choisie en connaissance de cause. Nous mettons les trois à plat, par écrit, sur vos chiffres.

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Yacine Sahnoune, courtier en assurances et fondateur de Prevoya

L’auteur de cette page

Yacine Sahnoune

Courtier en assurances · Fondateur de Prevoya (WeSave SAS) · Directeur de la publication

Il signe l’ensemble des contenus de ce site. Sa spécialité : traduire les barèmes des régimes obligatoires — treize caisses, des règles qui changent chaque année — en une décision claire pour un indépendant ou un dirigeant.