Retraite des indépendants

Suspension de la réforme des retraites : ce que gagne votre génération au 1er septembre 2026

Courtier en assurances ORIAS n° 26004449 Publié le 30 août 2026

Pour toute pension prenant effet à compter du 1er septembre 2026, l’article 105 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026) gèle le calendrier de la réforme de 2023 : les générations 1964 à 1968 partent 3 à 6 mois plus tôt que prévu, avec jusqu’à 2 trimestres de moins à valider. Les plus gagnants sont les nés en 1964 et du 1er janvier au 31 mars 1965 : départ à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres. La génération 1965 est coupée en deux au 31 mars — le détail que la presse rate — et les générations 1963 et 1969 et suivantes ne gagnent rien.

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Le tableau par génération : avant, après, gain

Le nouveau barème, inscrit aux articles L.161-17-2 et L.161-17-3 du code de la sécurité sociale, s’applique aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 — soit dans deux jours. Selon les projections de l’Assurance retraite (février 2026), 2,2 millions de personnes sont concernées : environ 1,2 million anticiperaient leur départ, d’environ 3 mois en moyenne, et environ 1 million percevraient une pension légèrement supérieure. Voici le barème exact, ligne à ligne, d’après l’annexe 1 de la circulaire Cnav 2026-07 du 5 mars 2026.

Âge légal et durée d’assurance requise par génération : barème issu de l’article 105 de la LFSS 2026 (pensions prenant effet dès le 1er septembre 2026) contre calendrier de la réforme de 2023
Génération Âge légal désormais Âge prévu par la réforme de 2023 Trimestres désormais Trimestres avant Ce que vous gagnez
1963 62 ans 9 mois 62 ans 9 mois 170 170 Rien — paramètres déjà acquis
1964 62 ans 9 mois 63 ans 170 171 3 mois + 1 trimestre
Du 1er janvier au 31 mars 1965 62 ans 9 mois 63 ans 3 mois 170 172 6 mois + 2 trimestres — le gain maximal
Du 1er avril au 31 décembre 1965 63 ans 63 ans 3 mois 171 172 3 mois + 1 trimestre
1966 63 ans 3 mois 63 ans 6 mois 172 172 3 mois
1967 63 ans 6 mois 63 ans 9 mois 172 172 3 mois
1968 63 ans 9 mois 64 ans 172 172 3 mois
1969 et suivantes 64 ans 64 ans 172 172 Rien — la cible de 64 ans est atteinte une génération plus tard
Le chiffre clé

31 mars 1965. La génération 1965 est coupée en deux à cette date, en toutes lettres dans la circulaire Cnav (p. 3). Né le 31 mars 1965 : départ à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres. Né le lendemain, 1er avril 1965 : départ à 63 ans avec 171 trimestres. Un jour d’écart de naissance, trois mois et un trimestre d’écart de départ. La plupart des articles de presse présentent « la génération 1965 » comme un bloc : c’est faux.

Le cliquet anti-rétroactif. Le barème ne vaut que pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Un assuré né en 1964 déjà parti avant cette date reste définitivement à 171 trimestres (circulaire Cnav, p. 7) : il ne récupère rien, sa pension n’est pas recalculée. La loi ne rend rien à ceux qui ont liquidé sous l’ancien barème.

Les dates officielles Cnav, au jour près

La circulaire Cnav (p. 4) donne des exemples nominatifs de dates de départ possibles. Ils valent d’être cités tels quels, parce qu’ils montrent les trois situations types du nouveau barème.

  • Né le 16 mai 1964 → 62 ans et 9 mois atteints en février 2027 : départ possible dès le 1er mars 2027. Sous le calendrier de 2023 (63 ans), la pension n’aurait pas pris effet avant le 1er juin 2027 : trois mois de pension gagnés, et un trimestre de moins à valider.
  • Né le 24 février 1965 (avant la coupure du 31 mars) → départ possible dès le 1er décembre 2027, à 62 ans et 9 mois.
  • Né le 8 juillet 1965 (après la coupure) → départ possible dès le 1er août 2028, à 63 ans.

Prenons le premier profil et faisons-en un cas complet. Karim, artisan carreleur, né le 16 mai 1964, avait bâti son plan de départ sur l’ancien barème : 63 ans et 171 trimestres, et un rachat de deux trimestres budgété pour boucler sa durée. Au 1er septembre 2026, son objectif devient 62 ans et 9 mois et 170 trimestres : il peut partir trois mois plus tôt, et l’un de ses deux trimestres à racheter ne sert plus à rien. S’il verse quand même, personne ne le remboursera (voir les effets en cascade). Son premier geste n’est pas de signer, c’est de recalculer son plan de rachat.

Pourquoi « suspension » est le mauvais mot

Tout le monde — gouvernement compris — parle de « suspension de la réforme des retraites ». Juridiquement, c’est inexact, et l’inexactitude a des conséquences pratiques. L’article 105 ne « suspend » rien à titre provisoire : il réécrit définitivement le barème des articles L.161-17-2 et L.161-17-3 du code de la sécurité sociale, sans aucune clause d’expiration. La Cnav elle-même écrit que la loi « décale, pour certaines générations, le calendrier ». Trois points à retenir :

  • Aucune borne au 1er janvier 2028 ne figure dans le texte. Le « rendez-vous de 2028 » dont parlent les responsables politiques est un engagement politique, pas une disposition légale. La progression vers 64 ans reprend par simple arithmétique des générations : les nés d’avril à décembre 1965 atteignent 63 ans à partir d’avril 2028, et la cible de 64 ans est atteinte par la génération 1969.
  • Certains gains sont définitifs. Les générations avril 1965 à 1968 conservent pour toujours un trimestre de moins (171 ou 172 au lieu de 172) que ce que prévoyait le calendrier de 2023. Pour geler davantage — ou au contraire revenir au calendrier initial — il faudrait une nouvelle loi.
  • Le texte est juridiquement purgé. Le Conseil constitutionnel (décision 2025-899 DC du 30 décembre 2025) n’a censuré que le VII de l’article 105, un rapport sur Mayotte. Le cœur du dispositif est validé.

Côté finances publiques, le rapport du Sénat n° 131 chiffre le coût à 300 millions d’euros en 2026 et 1,9 milliard en 2027. Les chiffres de « 400 millions en 2026 et 1,8 milliard en 2027 » qui circulent encore datent des annonces d’octobre 2025, antérieures au texte adopté : ils sont périmés.

Indépendants et libéraux : qui est couvert

La notice du décret n° 2026-345 du 7 mai 2026 liste les régimes couverts : « régime général, fonction publique, régime des professions libérales, régime des avocats, régimes des salariés et non-salariés agricoles, Mayotte, Saint-Pierre-et-Miquelon ». Mais pour un indépendant, la vraie question est ce qui se passe au niveau de la complémentaire — et là, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne.

Application du nouveau barème aux régimes des indépendants et des libéraux
Statut / caisse Retraite de base Complémentaire
Artisans, commerçants (ex-SSI, gérés par le régime général) Oui — champ « oui » de la circulaire Cnav Oui : le RCI suit automatiquement, son âge renvoie à L.161-17-2 et ses abattements sont recalés sur les nouvelles durées
Libéraux non réglementés rattachés au régime général Oui Oui (RCI, même mécanisme)
Libéraux CNAVPL — CARMF, CIPAV, CAVOM… Oui, par renvoi : l’article L.643-3 renvoie à L.351-1, donc à L.161-17-2. La CAVOM cite d’ailleurs la circulaire Cnav Non automatique : chaque complémentaire sectorielle fixe ses propres âges — le gain de la base ne s’y transpose pas
Avocats (CNBF) Le régime des avocats est cité par la notice du décret 2026-345 ; la CNBF n’a pas publié de circulaire propre à notre connaissance — vérifiez votre cas sur cnbf.fr Régime complémentaire CNBF : règles propres, non modifiées par ce texte
Exploitants et salariés agricoles (MSA) Oui Ne pas confondre ce gel avec la réforme MSA des « 25 meilleures années », entrée en vigueur le 1er janvier 2026 : ce sont deux textes distincts
Fonction publique Oui — décret n° 2026-344 du 7 mai 2026

La nuance qui compte pour un libéral : le gel joue sur la base, pas sur votre complémentaire sectorielle. À la CARMF, à la CIPAV ou à la CAVOM, l’âge auquel votre complémentaire se liquide sans abattement reste fixé par les statuts de la caisse. Partir 3 ou 6 mois plus tôt sur la base peut donc signifier liquider la complémentaire avec une décote, ou la différer. C’est un calcul à deux étages, pas un feu vert automatique.

Étape suivante

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Cumul, rachats, réversion : les effets en cascade

Un âge légal qui recule de 3 à 6 mois et une durée qui perd 1 à 2 trimestres ne changent pas que la date de départ. Cinq mécanismes bougent — ou, cas piège, ne bougent pas.

Le cumul emploi-retraite s’ouvre plus tôt

Les règles du cumul emploi-retraite ne changent pas d’un mot. Mais le taux plein est atteint jusqu’à 6 mois plus tôt pour les générations 1964 et début 1965 : le cumul intégral devient donc accessible plus tôt. C’est un effet mécanique, pas une mesure. Attention au télescopage de calendriers : pour toute première pension prenant effet à compter du 1er janvier 2027, c’est le nouveau régime de cumul de la réforme 2027 qui s’appliquera — partir plus tôt grâce au gel peut faire basculer votre cumul dans des règles moins favorables. Les deux textes se lisent ensemble, jamais séparément.

Les rachats de trimestres sont à recalculer — avant de payer

Un assuré né en 1964 ou entre janvier et mars 1965 a besoin de 1 à 2 trimestres de moins. Tout plan de rachat dimensionné avant l’été 2026 est donc potentiellement surdimensionné. Point dur : l’article 105 ne prévoit aucun remboursement des rachats devenus inutiles — le dispositif de remboursement existant ne vise que les rachats effectués avant le 15 avril 2023. Un trimestre racheté en trop est un trimestre payé pour rien. Recalculez rachat contre PER avec le nouveau barème avant de signer quoi que ce soit.

La réversion suit la génération du défunt

Le calcul de la pension de réversion utilise un prorata dont le dénominateur est la durée requise pour la génération du défunt. Ce dénominateur suit le nouveau barème selon la date d’effet (tableau Cnav, p. 15-16) : pour un défunt né début 1965, une réversion prenant effet après le 1er septembre 2026 se calcule sur /170 au lieu de /172 — un dénominateur plus petit, donc un prorata plus favorable à carrière incomplète égale.

Carrières longues, handicap, inaptitude : ajusté, rétabli, inchangé

Les départs anticipés pour carrière longue sont ajustés par l’article 2 du décret n° 2026-345 : à titre d’exemple, l’une des bornes d’âge est fixée à 60 ans et 6 mois pour les nés en 1964, 60 ans et 9 mois pour les nés du 1er janvier au 30 novembre 1965 et 60 ans et 8 mois pour les nés en décembre 1965. Les bornes de 58 ans (début d’activité avant 16 ans) et 60 ans (avant 18 ans) ne bougent pas. Nous ne reproduisons volontairement pas le tableau carrières longues complet : le décret procède par remplacements de mots dans des textes antérieurs et la Cnav n’a pas encore publié de circulaire dédiée — pour votre borne exacte, reportez-vous à l’article 2 du décret sur Légifrance ou faites vérifier votre relevé. Par ailleurs, pour les assurés handicapés nés avant le 1er janvier 1973, la durée cotisée exigée revient aux conditions antérieures à 2023. Les départs pour inaptitude ou invalidité, eux, ne sont pas concernés : l’âge est resté à 62 ans depuis 2023 et n’avait donc pas été relevé.

Ce qui ne bouge pas du tout

Deux paramètres restent strictement identiques, et les confondre coûte cher. La retraite progressive est ouverte à 60 ans fixes pour tous depuis le 1er septembre 2025 (décrets du 15 juillet 2025) : elle est déconnectée de l’âge légal, et le « 60 ans et 9 mois » qu’on lit parfois est faux. Et l’âge du taux plein automatique reste 67 ans, en toutes lettres dans la circulaire Cnav (p. 10) : le gel ne l’avance pas d’un jour. Enfin, si vous continuez d’exercer autour de votre départ, vérifiez ce que deviennent vos garanties : la prévoyance après 60 ans et en cumul obéit à votre contrat, pas à la loi.

Huit affirmations fausses qui circulent

Depuis le vote de la LFSS 2026, les mêmes erreurs reviennent en boucle — presse, réseaux sociaux, parfois conseillers. Les voici, écartées une par une, avec la valeur exacte.

Affirmations erronées sur le gel du calendrier des retraites, et leur correction d’après les textes
Ce qui circule La réalité
« La génération 1964 part à 62 ans et 9 mois au lieu de 64 ans » Faux. Au lieu de 63 ans : le calendrier de 2023 prévoyait 63 ans pour 1964, pas 64. Le gain est de 3 mois, pas de 15.
« La génération 1965 part à 62 ans et 9 mois » Faux pour les trois quarts d’entre elle. Seuls les nés du 1er janvier au 31 mars 1965 partent à 62 ans et 9 mois ; à partir du 1er avril, c’est 63 ans et 171 trimestres.
« La réforme des retraites est abrogée » Faux. Le calendrier est décalé, la cible de 64 ans est maintenue et sera atteinte par la génération 1969.
« La génération 1963 en profite aussi » Faux. Ses paramètres (62 ans 9 mois, 170 trimestres) étaient déjà acquis : rien ne change pour elle.
« Tout redémarre le 1er janvier 2028 » Trompeur. Aucune borne 2028 dans la loi : la progression reprend par l’arithmétique des générations, et le « rendez-vous 2028 » est politique, pas juridique.
« La retraite progressive passe à 60 ans et 9 mois » Faux. 60 ans fixes pour tous depuis le 1er septembre 2025, déconnectés de l’âge légal.
« Un né en 1964 déjà retraité sera recalculé » Faux. Le barème vaut pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 ; qui a liquidé avant reste à 171 trimestres, sans révision.
« L’âge du taux plein automatique bouge aussi » Faux. 67 ans, maintenu tel quel par la circulaire Cnav.

Questions fréquentes

Je suis né en mars 1965 : qu’est-ce qui change pour moi ?

Vous êtes dans la génération la plus gagnante. Né entre le 1er janvier et le 31 mars 1965, votre âge légal passe de 63 ans et 3 mois à 62 ans et 9 mois, et la durée requise de 172 à 170 trimestres : 6 mois et 2 trimestres de gain. Attention à la coupure : un frère né le 1er avril 1965 part à 63 ans avec 171 trimestres. Exemple officiel de la circulaire Cnav : un assuré né le 24 février 1965 peut partir dès le 1er décembre 2027.

J’ai déjà liquidé ma retraite : sera-t-elle recalculée ?

Non. Le nouveau barème ne s’applique qu’aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Un assuré né en 1964 dont la pension a pris effet avant cette date reste définitivement soumis aux 171 trimestres de l’ancien calendrier : il ne récupère rien, et sa pension n’est pas révisée. La loi ne prévoit aucune rétroactivité.

Faut-il annuler mon rachat de trimestres ?

Il faut le recalculer avant de payer. Un assuré né en 1964 ou entre janvier et mars 1965 a désormais besoin de 1 à 2 trimestres de moins : un plan de rachat dimensionné sur l’ancien barème est peut-être surdimensionné. En revanche, l’article 105 ne prévoit aucun remboursement des trimestres déjà rachetés devenus inutiles — le dispositif de remboursement existant ne vise que les rachats effectués avant le 15 avril 2023. D’où la règle : recalculer avant de verser, pas après.

La réforme reprend-elle le 1er janvier 2028 ?

Non, pas au sens où on l’entend. Aucune date du 1er janvier 2028 ne figure dans la loi : l’article 105 réécrit définitivement le barème, sans clause d’expiration. La progression vers 64 ans reprend simplement par l’arithmétique des générations — les nés d’avril à décembre 1965 atteignent 63 ans à partir d’avril 2028, et la génération 1969 atteint la cible de 64 ans. Le « rendez-vous de 2028 » est un engagement politique : pour geler davantage ou revenir au calendrier initial, il faudrait une nouvelle loi.

Artisan, commerçant ou profession libérale : suis-je concerné ?

Oui pour la retraite de base. Artisans et commerçants sont couverts pour la base et la complémentaire RCI, dont les âges suivent automatiquement le code de la sécurité sociale. Les libéraux CNAVPL (CARMF, CIPAV, CAVOM…) sont couverts pour la base par renvoi des textes, mais leurs régimes complémentaires sectoriels conservent leurs propres âges : le gain ne s’y transpose pas automatiquement. La notice du décret cite aussi le régime des avocats (CNBF) et les régimes agricoles (MSA).

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Né avant le 31 mars 1965 ? Vous venez de gagner jusqu’à 6 mois et 2 trimestres

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Pour aller plus loin

Yacine Sahnoune, courtier en assurances et fondateur de Prevoya

L’auteur de cette page

Yacine Sahnoune

Courtier en assurances · Fondateur de Prevoya (WeSave SAS) · Directeur de la publication

Il signe l’ensemble des contenus de ce site. Sa spécialité : traduire les barèmes des régimes obligatoires — treize caisses, des règles qui changent chaque année — en une décision claire pour un indépendant ou un dirigeant.

Sources