Prévoyance par métier
Mandataire immobilier : micro-BNC ou EI au réel — l'arbitrage vu de la protection sociale
Yacine Sahnoune
Courtier en assurances
ORIAS n° 26004449
Publié le 1er septembre 2026
Le choix du régime décide de votre protection autant que de votre impôt. En micro-BNC (plafond 83 600 €), tout est simple mais tout est forfaitaire : assiette sociale = 66 % du CA, aucune déduction Madelin, et une année blanche n'ouvre aucun droit. En EI au réel, les charges réelles se déduisent, le Madelin s'ouvre — mais ~1 135 € de cotisations minimales sont dues même à revenu nul, en échange de droits plancher (3 trimestres, capital décès). En SASU, vous n'êtes protégé que si vous vous versez un salaire — et les dividendes sont taxés à 31,4 % depuis le 1er janvier 2026.
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La quasi-totalité des mandataires immobiliers démarre en micro-BNC. Les deux alternatives — l'entreprise individuelle au régime réel (même statut juridique, autre régime fiscal) et la SASU — changent l'assiette de toutes vos prestations : IJ, invalidité, retraite, capital décès.
| Micro-BNC | EI au réel | SASU | |
|---|---|---|---|
| Assiette sociale | CA × 0,66 (forfait, quel que soit le réel) | Bénéfice réel (CA − charges réelles) | Salaire versé — rien sans rémunération |
| IJ maladie | CA × 0,66 ÷ 730, max 65,84 €/j ; nulle sous ≈ 6 942 € de CA | Bénéfice ÷ 730, max 65,84 €/j ; nulle sous 4 582 € de revenu | IJSS du régime général si rémunéré ; 0 € sinon |
| Déduction Madelin | Non (abattement 34 % réputé tout couvrir) | Oui : prévoyance et santé déductibles du bénéfice | Sans objet (cadre assimilé salarié) |
| Cotisations minimales | Aucune : CA nul → 0 € de cotisations, 0 droit | ~1 135 €/an même à revenu nul (ordre de grandeur) | Aucune sans salaire — et aucun droit |
| Année à revenu nul | 0 trimestre, pas d'IJ, pas de capital décès | ≈ 3 trimestres, capital décès, invalidité plancher | 0 trimestre, aucun droit |
| Dividendes | Sans objet | Sans objet | Flat tax 31,4 % depuis le 01/01/2026 — sans aucun droit social |
Seuil d'IJ nulle : revenu moyen de 4 582 € (verbatim ameli, arrêt commençant en 2026). Minimales : ordre de grandeur 2026, barème exact à confirmer auprès de l'URSSAF.
Micro-BNC : la simplicité, au prix d'une protection forfaitaire
Le micro-BNC — abattement de 34 %, plafond de 83 600 € de CA pour les revenus 2026-2028 (le seuil de 77 700 € qui circule est périmé) — a trois vertus : zéro comptabilité d'engagement, des cotisations strictement proportionnelles au CA encaissé, aucune charge fixe. Pour une première année de mandataire, souvent entre 0 et 18 000 € de CA, c'est le bon outil.
Son prix, côté protection, tient en trois points :
- L'assiette est un forfait. Vos IJ, votre pension d'invalidité et vos trimestres se calculent sur 66 % du CA — même si vos charges réelles sont plus faibles (vous êtes alors sous-couvert par rapport à votre revenu vrai) : le mécanisme complet est décrit sur la page auto-entrepreneur et chiffré pour le métier sur la fiche mandataire.
- Aucune déduction Madelin : vos cotisations de prévoyance et de santé se paient après impôt, sans levier fiscal.
- Pas de cotisations minimales — donc pas de droits plancher. Une année à CA nul coûte 0 € et rapporte 0 : aucun trimestre, aucune IJ, aucun capital décès. La simplicité du micro est aussi l'absence totale de filet.
EI au réel : le Madelin s'ouvre, les minimales tombent
Passer l'entreprise individuelle au régime réel (déclaration contrôlée) change deux choses qui comptent pour un mandataire :
- Les charges réelles se déduisent : véhicule, carburant, publicité des mandats, pack réseau, téléphonie, formation… Dans un métier où la voiture et la prospection pèsent lourd, elles dépassent parfois le forfait de 34 %.
- La déduction Madelin s'ouvre : vos cotisations de prévoyance et de santé deviennent déductibles du bénéfice imposable — le calculateur de plafond Madelin chiffre votre disponible, et la page Madelin détaille le dispositif.
La contrepartie : des cotisations minimales, dues même à revenu nul — de l'ordre de 1 135 €/an en 2026 (ordre de grandeur : cotisation IJ ~96 € sur une assiette de 40 % du PASS, retraite ~967 € sur une assiette de 450 SMIC, invalidité-décès ~72 € sur 11,5 % du PASS ; barème exact à confirmer auprès de l'URSSAF). Ce n'est pas de l'argent perdu : ces minimales ouvrent des droits plancher — environ 3 trimestres de retraite par an, le capital décès et une invalidité au plancher — là où le micro à CA nul n'ouvre rien.
Le piège de formulation à éviter : la cotisation IJ minimale ne garantit pas une IJ en montant. L'indemnité reste calculée sur le revenu moyen des 3 dernières années : sous 4 582 € de revenu, elle est nulle. Payer ~1 135 € et avoir un plancher (trimestres, décès, invalidité) vaut mieux que payer 0 et n'avoir rien — mais personne ne doit vous vendre le réel comme une garantie d'indemnités journalières.
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SASU : assimilé salarié… seulement si vous vous payez
Troisième voie régulièrement vantée aux mandataires à gros CA : la SASU. L'argument — « le président de SASU est assimilé salarié, donc mieux protégé » — n'est vrai qu'à une condition : se verser une rémunération. Le président non rémunéré ne cotise à rien et n'a droit à rien : ni IJ, ni trimestre de retraite, ni invalidité, ni capital décès (analyse complète sur la prévoyance du président de SASU).
Quant au schéma « je vis des dividendes » : depuis le 1er janvier 2026, la flat tax est de 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux, la CSG sur le capital étant passée de 9,2 à 10,6 % en LFSS 2026) — le « 30 % » encore cité partout est périmé. Et ces 31,4 % n'ouvrent aucun droit social : un dividende ne crée ni IJ, ni trimestre. Pour un mandataire dont le revenu est déjà 100 % variable, cumuler des commissions volatiles et une protection sociale nulle est le montage le plus fragile qui soit.
Le seuil de bascule : un raisonnement, pas un chiffre magique
Il n'existe pas de CA universel au-delà duquel « il faut » passer au réel. Le raisonnement, lui, est stable — trois questions dans l'ordre :
- 1. Vos charges réelles dépassent-elles durablement 34 % du CA ? C'est le test de base : en dessous, le forfait micro est plus généreux que la réalité et le micro gagne presque toujours ; au-dessus, le réel réduit votre assiette fiscale et sociale.
- 2. Combien pèserait votre Madelin ? Ajoutez au calcul la déduction de vos cotisations de prévoyance et santé : plus votre couverture est complète (et elle doit l'être, avec un revenu 100 % commissions), plus le réel rapporte.
- 3. Quelle valeur donnez-vous aux droits plancher ? Si votre CA est irrégulier — années à trous, marché en creux — les minimales du réel transforment une mauvaise année en ≈ 3 trimestres validés au lieu de zéro. Rappel : en 2026, valider 4 trimestres exige 7 212 € d'assiette (600 SMIC — le chiffre de 7 128 € est celui de 2025), soit ≈ 10 927 € de CA en micro-BNC.
La bascule inverse existe aussi : un mandataire au réel dont l'activité devient accessoire (retour partiel au salariat, par exemple) peut avoir intérêt à revenir au micro pour effacer les minimales — en connaissance de cause sur les droits qu'il abandonne.
Exemple : Sonia, 50 000 € de CA, 20 000 € de charges réelles
Sonia, 34 ans, mandataire depuis 4 ans, réalise 50 000 € de CA avec 20 000 € de charges réelles (40 % : véhicule, carburant, publicité des mandats, pack réseau) et paie 1 200 €/an de prévoyance individuelle.
| Micro-BNC | EI au réel | |
|---|---|---|
| Assiette fiscale et sociale | 50 000 × 0,66 = 33 000 € | 50 000 − 20 000 = 30 000 € |
| Prévoyance (1 200 €/an) | Payée après impôt, 0 € déductible | Déductible du bénéfice imposable (Madelin) |
| IJ SSI en cas d'arrêt | 33 000 ÷ 730 = 45,21 €/j | 30 000 ÷ 730 = 41,10 €/j |
| Mauvaise année (CA ≈ 0) | 0 € de cotisations, 0 droit | ~1 135 € de minimales, ≈ 3 trimestres + capital décès |
Calcul illustratif hors IR et hors détail des taux de cotisations. La comparaison fiscale complète dépend de la situation du foyer : elle se fait au réel des chiffres, pas sur un ratio unique.
Lecture honnête du tableau : avec 40 % de charges, Sonia réduit son assiette de 3 000 € en passant au réel, déduit ses 1 200 € de prévoyance — et perd 4,11 €/jour d'IJ, puisque l'assiette qui baisse fait aussi baisser les prestations. C'est tout l'arbitrage : au réel, on paie moins et on est un peu moins couvert par le régime obligatoire — d'où l'importance d'assurer son revenu réel par le contrat privé que le Madelin vient précisément subventionner. Sous 34 % de charges, l'ordre s'inverse et le micro l'emporte.
Questions fréquentes
Un mandataire en micro-BNC peut-il déduire sa prévoyance (Madelin) ?
Non : l'abattement de 34 % est réputé couvrir toutes les charges, la déduction Madelin est réservée au régime réel. Au réel, les cotisations de prévoyance et de santé se déduisent du bénéfice imposable.
Que coûte l'EI au réel une année sans revenu ?
De l'ordre de 1 135 € de cotisations minimales (ordre de grandeur 2026, barème à confirmer), dues même à revenu nul — contre 0 € en micro. En échange : ≈ 3 trimestres de retraite (assiette 450 SMIC), le capital décès et l'invalidité au plancher. Le micro à CA nul n'ouvre, lui, aucun droit.
À partir de quand le réel devient-il plus intéressant que le micro ?
Pas de seuil universel : le test de base est des charges réelles durablement supérieures à 34 % du CA, auquel s'ajoutent l'intérêt Madelin (plus votre prévoyance est complète, plus il pèse) et la valeur des droits plancher si votre CA est irrégulier.
La SASU protège-t-elle mieux un mandataire immobilier ?
Seulement s'il se verse un salaire : le président de SASU non rémunéré n'a aucun droit (ni IJ, ni trimestre, ni invalidité, ni capital décès). Les dividendes sont taxés à 31,4 % depuis le 01/01/2026 (le « 30 % » est périmé) et n'ouvrent aucun droit social. Détail sur la prévoyance du président de SASU.
La cotisation minimale IJ garantit-elle une indemnité journalière ?
Non. Elle maintient le droit, pas le montant : l'IJ reste calculée sur le revenu moyen des 3 dernières années et tombe à 0 € sous 4 582 € de revenu (seuil 2026, verbatim ameli). Les minimales garantissent en revanche ≈ 3 trimestres/an, le capital décès et l'invalidité plancher.
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Sources
- ameli.fr — Arrêt maladie des artisans-commerçants — formule 1/730e, plafond 65,84 €/j, seuil de revenu 4 582 € pour un arrêt commençant en 2026. Consulté en août 2026.
- Le Coin des Entrepreneurs — micro-BNC 83 600 € (revenus 2026-2028), régime des dividendes de SASU. Consulté en août 2026.
- LégiFiscal — flat tax à 31,4 % au 1er janvier 2026 (CSG capital 9,2 → 10,6 %, LFSS 2026). Consulté en août 2026.
- Compta Online — cotisations minimales des TNS — ordre de grandeur ~1 135 €/an (IJ ~96 €, retraite ~967 € sur 450 SMIC, invalidité-décès ~72 €), barème 2026 à confirmer. Consulté en août 2026.
- aide-sociale.fr — validation des trimestres 2026 — 600 SMIC = 7 212 € pour 4 trimestres (7 128 € = valeur 2025). Consulté en août 2026.
- Service-Public.fr — fiche F36235 — indemnités journalières des travailleurs indépendants. Consulté en août 2026.