Prévoyance par métier
Prévoyance du mandataire immobilier : des commissions à l'acte, une SSI au tiers du revenu
Yacine Sahnoune
Courtier en assurances
ORIAS n° 26004449
Publié le 1er septembre 2026
Un mandataire immobilier en arrêt de travail touche de la SSI 1/730e de son CA après abattement de 34 % : pour 45 000 € de chiffre d'affaires, 40,68 €/jour — face à un CA journalier moyen de 123 € — et 0 € sous environ 6 942 € de CA annuel. Le piège est double : payé uniquement à l'acte authentique, il continue d'encaisser ses compromis pendant ≈ 3 mois après l'arrêt… puis plus rien, aucun mandat n'ayant été signé entre-temps. La RC pro obligatoire (loi ALUR) protège vos clients, jamais votre revenu.
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La profession pèse 47 000 mandataires fin 2025, en hausse de 7 % sur un an, pour 179 000 transactions (+22 %) et 28 % du marché intermédié (baromètre La Maison des Mandataires, 21 avril 2026). Le chiffre de « 45 000 mandataires » encore repris un peu partout est périmé. Juridiquement, le mandataire n'est pas un agent immobilier :
- Agent commercial immatriculé au RSAC (registre spécial des agents commerciaux — à ne pas confondre avec le seul SIRET : la mention RSAC est obligatoire sur vos documents). Pas de carte T : vous exercez sous l'attestation de collaborateur délivrée au titre de la loi Hoguet, adossée à la carte de votre réseau ou de votre mandant.
- TNS rattaché à la Sécurité sociale des indépendants — sans caisse professionnelle : ni caisse de profession libérale, ni régime spécifique à l'immobilier. Vos droits sont ceux du socle SSI, rien de plus.
- Micro-BNC dans la grande majorité des cas : abattement forfaitaire de 34 %, plafond de 83 600 € de CA pour les revenus 2026-2028 — le seuil de 77 700 € cité par de nombreux sites est périmé. L'alternative du régime réel change beaucoup de choses pour votre protection : voir micro-BNC ou EI au réel.
Côté revenus, il n'existe aucune statistique publique primaire : selon les estimations du secteur, la médiane se situe autour de 32 000 € de CA annuel, et la première année se solde souvent entre 0 et 18 000 €. Ce profil de revenus — bas au démarrage, volatil ensuite — est exactement celui que le mode de calcul des IJ pénalise le plus.
Payé à l'acte : l'arrêt gèle vos revenus avec trois mois de retard
La commission d'un agent commercial immobilier n'est exigible qu'à la signature de l'acte authentique (loi Hoguet, article 6) — pas au mandat, pas au compromis. Or il s'écoule en pratique environ 3 mois entre le compromis et l'acte. Ce délai crée un effet retard qui piège la plupart des mandataires arrêtés :
- Mois 1 à 3 de l'arrêt : les ventes déjà sous compromis continuent d'aller à l'acte, les commissions correspondantes tombent. Vous avez l'impression de « tenir ».
- Mois 4 et suivants : le pipeline est vide. Aucune estimation, aucun mandat, aucun compromis n'a été signé pendant l'arrêt — les revenus tombent à zéro, précisément au moment où l'arrêt s'installe dans la durée.
Un arrêt de travail ne coupe donc pas vos revenus le jour J : il les gèle avec trois mois de retard, puis les assèche complètement. Et la reprise n'est pas immédiate non plus : les trois premiers mois d'activité retrouvée reconstituent le pipeline avant de produire le moindre euro. Un arrêt de 3 mois peut ainsi peser sur 6 mois de trésorerie.
Étape suivante
Vos commissions s'arrêtent 3 mois après vous — pas vos charges
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Vos IJ SSI : CA × 0,66 ÷ 730, nulles sous 6 942 € de CA
La SSI verse une indemnité journalière égale à 1/730e du revenu annuel moyen des 3 dernières années, à partir du 4e jour d'arrêt (3 jours de carence — détail sur l'arrêt maladie de l'auto-entrepreneur), plafonnée à 65,84 €/jour en 2026. En micro-BNC, le revenu retenu est le CA après abattement de 34 %, soit 66 % du chiffre d'affaires. La formule complète : IJ = CA × 0,66 ÷ 730.
Deux chiffres faux circulent sur le seuil en dessous duquel l'IJ est nulle. Le seuil officiel est un revenu de 4 582 € — verbatim ameli : « 10 % de la moyenne des valeurs annuelles du plafond », soit 10 % de la moyenne des PASS 2023-2025 pour un arrêt commençant en 2026 — et non 4 806 € (10 % du seul PASS 2026). Converti en chiffre d'affaires micro-BNC, il donne 4 582 ÷ 0,66 ≈ 6 942 € de CA. Le « 14 130 € de CA » qui circule divise par 0,34 au lieu de 0,66 ; le « 7 282 € » part du seuil erroné de 4 806 €. Les deux sont faux.
| CA annuel moyen | Revenu retenu (CA × 0,66) | IJ (revenu ÷ 730) | Lecture |
|---|---|---|---|
| ≤ 6 942 € | ≤ 4 582 € | 0 €/j | Sous le seuil : aucune indemnité |
| 20 000 € | 13 200 € | 18,08 €/j | Moins qu'un plein de carburant |
| 32 000 € (médiane estimée) | 21 120 € | 28,93 €/j | ≈ 868 € par mois d'arrêt |
| 45 000 € | 29 700 € | 40,68 €/j | Un tiers du CA journalier (123 €) |
| 60 000 € | 39 600 € | 54,25 €/j | Encore sous le plafond |
| 83 600 € (plafond micro) | 55 176 € | 65,84 €/j | Plafond atteint (dès ≈ 72 800 € de CA) |
Il faut par ailleurs 12 mois d'affiliation pour ouvrir droit aux IJ : la première année d'activité ne verse rien. Calcul sur votre propre CA : simulateur d'indemnités journalières.
6 942 €. Sous ce CA annuel moyen en micro-BNC, l'IJ du mandataire est de 0 € — le cas de nombreuses premières années, qui se soldent entre 0 et 18 000 €. Écartez les seuils de « 14 130 € » et « 7 282 € » qui circulent : les deux calculs sont faux.
Exemple : Karim, 45 000 € de CA, 6 mois d'arrêt
Karim, 38 ans, mandataire d'un grand réseau depuis 5 ans, réalise 45 000 € de CA annuel moyen en micro-BNC — soit un CA journalier moyen de 123 €. Une opération du dos l'arrête 6 mois. Son revenu retenu : 45 000 × 0,66 = 29 700 €. Son IJ : 29 700 ÷ 730 = 40,68 €/jour.
| Période | Commissions | IJ SSI |
|---|---|---|
| Jours 1 à 3 | Les ventes déjà sous compromis vont à l'acte : les commissions du pipeline tombent encore ≈ 3 mois | 0 € (carence) |
| Jour 4 → mois 3 | 40,68 €/j | |
| Mois 4 à 6 | 0 € — aucun mandat ni compromis signé pendant l'arrêt | 40,68 €/j |
| Total IJ sur 6 mois | — | 7 200 € (177 j × 40,68 €) |
Calcul illustratif. Pendant ce temps, les cotisations URSSAF sur les commissions encaissées, le pack réseau et les charges du véhicule continuent de courir — et les 3 premiers mois de la reprise serviront à reconstituer le pipeline, pas à encaisser.
Sur le second trimestre d'arrêt, Karim vit avec environ 1 220 € par mois d'IJ, contre un CA mensuel habituel de 3 750 €. Et le vrai manque à gagner déborde l'arrêt lui-même : à la reprise, son pipeline est vide.
Invalidité, retraite : les mêmes assiettes abattues
L'abattement de 34 % ne réduit pas que vos IJ : toute votre protection sociale est assise sur 66 % de votre CA.
- Invalidité : la pension SSI est proportionnelle au revenu cotisé — donc au CA abattu. Un mandataire à 45 000 € de CA est traité comme un indépendant à 29 700 € de revenu. Barèmes et calculs sur la pension d'invalidité des artisans-commerçants et micro.
- Retraite : les trimestres se valident sur la même assiette. En 2026, il faut 7 212 € d'assiette pour valider 4 trimestres (600 SMIC horaire au 1er janvier — le chiffre de 7 128 € est celui de 2025), soit environ 10 927 € de CA en micro-BNC. Une première année à moins de 11 000 € de CA ne valide même pas une année complète de retraite.
RC pro ≠ prévoyance : la confusion n°1 de la profession
« Je suis déjà assuré, c'est obligatoire. » C'est la phrase que nous entendons le plus chez les mandataires — et elle repose sur une confusion. Ce qui est obligatoire depuis la loi ALUR du 24 mars 2014 (effective au 1er octobre 2015, décret n° 2015-764), c'est la responsabilité civile professionnelle : chaque agent commercial immobilier doit détenir son propre contrat — il ne peut pas s'appuyer sur la RCP de son mandant ou de son réseau. Comptez environ 86 €/an et plus.
La RC pro indemnise les tiers, jamais vous. Elle paie le préjudice causé à un client par une faute professionnelle (défaut de conseil, erreur de diagnostic juridique…). Elle ne verse pas un euro quand vous êtes en arrêt de travail, invalide ou décédé. Être « obligatoirement assuré » ne protège en rien votre revenu : la seule couverture automatique de votre revenu, c'est la SSI — 40,68 €/j pour 45 000 € de CA.
Ce qu'un contrat doit couvrir — et quand il peut attendre
Pour un mandataire, un contrat de prévoyance utile se construit sur trois choix :
- Assurer le revenu réel, pas le revenu abattu. Un contrat privé peut garantir un revenu proche de votre CA d'avant abattement — c'est tout son intérêt face à une SSI qui ne voit que 66 % de vos encaissements (voir forfaitaire ou indemnitaire).
- Choisir la franchise en connaissant son pipeline. Le délai compromis→acte signifie qu'un pipeline garni paie encore ≈ 3 mois : une franchise longue (60-90 jours) peut alors réduire fortement la prime. Mais ce raisonnement ne vaut que si le pipeline est réellement garni — en début d'activité ou en creux de marché, il ne l'est pas (voir franchise et délai de carence).
- Vérifier les exclusions dos et psy : deux causes d'arrêt majeures dans un métier de voiture et de prospection, souvent restreintes dans les contrats d'entrée de gamme (voir exclusions dos et psy).
Le contre-discours, maintenant : tous les mandataires n'ont pas besoin d'une prévoyance aujourd'hui. Si l'activité est accessoire à côté d'un emploi salarié qui vous couvre déjà (IJSS, prévoyance collective), le sujet peut attendre — le raisonnement complet est sur la page prévoyance de l'auto-entrepreneur. Et en toute première année, à 0-18 000 € de CA, mieux vaut une couverture minimale (invalidité, décès) qu'un gros contrat d'IJ calé sur un revenu que vous n'avez pas encore. Le bon déclencheur : le jour où les commissions deviennent votre revenu principal, ou qu'un crédit repose dessus. Rappel enfin : en micro-BNC, aucune déduction Madelin — l'arbitrage fiscal complet est sur micro-BNC ou EI au réel.
Questions fréquentes
Quelle indemnité journalière pour un mandataire immobilier en micro-BNC ?
1/730e du revenu annuel moyen des 3 dernières années, plafonné à 65,84 €/j en 2026, à partir du 4e jour d'arrêt. Le revenu retenu est le CA après abattement de 34 % : pour 45 000 € de CA, un revenu de 29 700 € et une IJ de 40,68 €/j — face à un CA journalier moyen d'environ 123 €.
Sous quel chiffre d'affaires les IJ d'un mandataire sont-elles nulles ?
Sous ≈ 6 942 € de CA annuel moyen en micro-BNC (revenu retenu de 4 582 €, verbatim ameli 2026). Les seuils de « 14 130 € » (division par 0,34 au lieu de 0,66) et « 7 282 € » (calcul sur 4 806 €, seuil erroné) qui circulent sont faux.
Mon réseau (iad, SAFTI, Capifrance) me fournit-il une prévoyance ?
Non. Aucun réseau ne fournit de prévoyance obligatoire type salarié : iad × Gan Prévoyance/HEYME (4 mai 2023) est un partenariat commercial à contrats individuels facultatifs, Capifrance négocie des tarifs préférentiels à souscription libre, SAFTI n'a aucune offre publiée. Le détail réseau par réseau est sur notre page dédiée.
La RC pro obligatoire couvre-t-elle mes revenus ?
Non, jamais. La RC pro — obligation individuelle de chaque agent commercial depuis la loi ALUR (effective au 1er octobre 2015, décret 2015-764), environ 86 €/an et plus — indemnise les tiers en cas de faute professionnelle. Elle ne verse rien en arrêt de travail, en invalidité ou au décès.
Un mandataire immobilier peut-il déduire sa prévoyance avec la loi Madelin ?
Pas en micro-BNC : l'abattement de 34 % est réputé couvrir toutes les charges, la déduction Madelin est réservée au régime réel. L'arbitrage complet est sur micro-BNC ou EI au réel.
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Sources
- ameli.fr — Arrêt maladie des artisans-commerçants — formule 1/730e, plafond 65,84 €/j, seuil de revenu de 4 582 € (« 10 % de la moyenne des valeurs annuelles du plafond ») pour un arrêt commençant en 2026. Consulté en août 2026.
- MySweetimmo — baromètre La Maison des Mandataires, 21 avril 2026 — 47 000 mandataires fin 2025 (+7 %), 179 000 transactions (+22 %), 28 % du marché intermédié. Consulté en août 2026.
- Service-Public.fr — fiche F36235 — indemnités journalières des travailleurs indépendants. Consulté en août 2026.
- Le Coin des Entrepreneurs — régime micro-BNC — abattement 34 %, plafond 83 600 € pour les revenus 2026-2028. Consulté en août 2026.
- Loi Hoguet (loi n° 70-9 du 2 janvier 1970), article 6 — exigibilité de la commission à l'acte authentique ; analyses Eurojuris et Hosman sur le délai compromis-acte (≈ 3 mois). Consultées en août 2026.
- Loi ALUR du 24 mars 2014 et décret n° 2015-764 — obligation individuelle de RC pro des agents commerciaux immobiliers au 1er octobre 2015 ; analyses Philtr et UNAPI (ordre de prix ~86 €/an). Consultées en août 2026.
- aide-sociale.fr — validation des trimestres 2026 — 600 SMIC = 7 212 € pour 4 trimestres. Consulté en août 2026.