Frais généraux des professions de santé : le plateau technique ne s'arrête pas

Un cabinet équipé coûte cher à l'arrêt, et deux caisses de santé ne versent strictement rien passé le 90e jour : la CAVP pour les pharmaciens titulaires, la CARPV pour les vétérinaires. Pendant ce temps, le crédit-bail du fauteuil, de l'imagerie ou du plateau chirurgical continue de tomber, et le remplaçant — quand vous en trouvez un — se paie au tarif d'un confrère. C'est la configuration où la garantie frais généraux passe avant le renforcement des indemnités journalières.

0 €versés après J90 par la CAVP et la CARPV
113,22 €/jce que verse la CARCDSF à un dentiste, dès J91
55,44 €/jforfait CARPIMKO d'un kinésithérapeute, quel que soit son revenu

Ce que verse votre caisse, ce que coûte votre cabinet

L'écart est le point de départ du raisonnement. Prenons quatre professions aux revenus médians très différents, et regardons ce que le régime obligatoire verse au-delà du 90e jour.

Prestations du régime obligatoire au-delà du 90e jour, professions de santé libérales (2026)
Profession Caisse Après J90 Ramené au mois
Chirurgien-dentiste CARCDSF 113,22 €/j environ 3 397 €
Kinésithérapeute CARPIMKO 55,44 €/j forfaitaires environ 1 663 €
Pharmacien titulaire CAVP 0 € 0 €
Vétérinaire CARPV 0 € 0 €

Ces montants concernent votre revenu personnel. Ils ne financent en rien la structure — et c'est précisément le malentendu que nous voyons le plus souvent : un praticien qui compte sur ses indemnités pour payer le loyer du cabinet se retrouve sans rien pour vivre.

Le poste que personne ne chiffre : le remplaçant

C'est la particularité des professions de santé, et elle change le calcul du tout au tout. Dans la plupart des métiers, un arrêt fait continuer des charges. Ici, il en fait naître une nouvelle : le remplaçant.

Un confrère remplaçant ne se paie pas au tarif d'un salarié. Il perçoit une rétrocession d'honoraires — couramment 60 à 80 % des actes qu'il réalise — ou un forfait négocié. Sur un cabinet dentaire ou un cabinet vétérinaire, ce poste dépasse souvent le loyer, parfois largement.

Or ce poste relève des « frais supplémentaires d'exploitation » et non des « frais généraux permanents ». Ce sont deux garanties distinctes que le marché désigne du même nom. Un contrat limité aux charges permanentes vous rembourse le loyer, le crédit-bail et les salaires de l'assistante — et laisse le remplaçant intégralement à votre charge. C'est la première question à poser, avant même le tarif.

Deuxième vérification sur ce poste : les conditions. Certains contrats couvrent le remplaçant mais plafonnent la prise en charge à un ou deux mois de charges, ou exigent une qualification équivalente. Sur une spécialité où les remplaçants sont rares — vétérinaire rural, chirurgien-dentiste avec plateau implantaire — un plafond bas rend la garantie décorative.

Le crédit-bail, l'autre poste lourd

Un plateau technique se finance presque toujours en crédit-bail : fauteuil et radiologie pour un dentiste, imagerie et bloc pour un vétérinaire, automate et robot pour une officine. Ces loyers ont deux caractéristiques qui les rendent redoutables à l'arrêt.

Ils sont longs — cinq à sept ans couramment — et ils sont irrévocables : un crédit-bail ne se suspend pas parce que le praticien est hospitalisé. Ils entrent bien dans les charges assurables, ce qui est une bonne nouvelle. Mais leur durée impose de revoir la durée d'indemnisation du contrat : douze mois ne suffisent pas quand un crédit-bail court encore sur quatre ans. Visez vingt-quatre à trente-six mois.

Attention en revanche à la distinction avec l'emprunt d'installation. Sur une échéance de prêt, seuls les intérêts constituent une charge d'exploitation et entrent dans la garantie. Le capital en sort, et il relève de l'assurance emprunteur. Sur un emprunt d'officine de 400 000 €, l'écart entre les deux notions se compte en milliers d'euros par mois.

Exemple : cabinet dentaire, six mois d'arrêt

Un chirurgien-dentiste, 95 000 € de revenu, cabinet avec une assistante et un plateau financé en crédit-bail. Une fracture du poignet l'immobilise six mois.

Charges mensuelles du cabinet et prestations perçues
Poste Par mois Statut
Loyer et charges du local1 400 €Assurable
Salaire et charges de l'assistante2 600 €Assurable
Crédit-bail du plateau technique1 900 €Assurable
Assurances, abonnements, honoraires600 €Assurable
Intérêts de l'emprunt d'installation310 €Assurable
Rétrocession au confrère remplaçant3 200 €Frais supplémentaires
Capital de l'emprunt d'installation1 750 €Hors garantie
Total assurable en frais permanents6 810 €
Avec les frais supplémentaires10 010 €

Sa CARCDSF lui verse environ 3 397 € par mois à partir du 91e jour — pour vivre. Si son contrat ne couvre que les frais permanents, il lui manque 3 200 € par mois pour le remplaçant, soit 19 200 € sur six mois. S'il n'a aucune garantie frais généraux, le découvert atteint 6 810 € par mois, et il n'a rien pour vivre. L'estimateur reproduit ce calcul sur vos propres chiffres.

Une franchise courte, et pour une bonne raison

Sur les indemnités journalières, nous conseillons souvent une franchise de 90 jours : votre caisse verse quelque chose au début, et doubler ce que vous touchez déjà est un mauvais emploi du budget. Sur les frais généraux, le raisonnement s'inverse.

Aucun régime obligatoire ne verse quoi que ce soit au titre de vos charges. Le loyer, le salaire de l'assistante et le crédit-bail tombent dès le premier mois, à taux plein. Une franchise de 90 jours vous laisse donc trois mois de charges à financer sur votre trésorerie personnelle. Sur le cabinet ci-dessus, cela représente plus de 20 000 €.

Une franchise de 15 ou 30 jours coûte plus cher en prime, et elle se justifie ici pleinement. Le tableau du simulateur chiffre l'écart pour vous.

Quand elle ne se justifie pas

Trois situations où la garantie n'aurait presque rien à rembourser, et où la prime serait perdue.

Un praticien collaborateur libéral qui exerce dans la structure d'un confrère, sans bail, sans personnel et sans matériel à son nom, n'a pas de charges fixes propres. Sa redevance de collaboration est proportionnelle aux actes : elle baisse quand il s'arrête. Tout le budget doit aller aux indemnités journalières et à l'invalidité.

Un praticien salarié d'un centre de santé ou d'une clinique relève du régime général et souvent d'une prévoyance collective : le raisonnement de cette page ne le concerne pas.

Enfin un praticien exerçant en société pluriprofessionnelle où les associés se remplacent mutuellement subit une perte d'exploitation bien moindre : l'activité continue, les charges restent financées. C'est alors l'invalidité durable qu'il faut couvrir, et le capital homme clé pour la perte longue.

Questions fréquentes

Le remplaçant est-il couvert par la garantie frais généraux ?

Seulement si le contrat couvre les frais supplémentaires d'exploitation. Les seuls frais généraux permanents ne suffisent pas. Ce sont deux garanties distinctes que le marché désigne du même nom. Vérifiez aussi le plafond et les conditions : certains contrats limitent la prise en charge à un ou deux mois, ou exigent une qualification équivalente du remplaçant.

Le crédit-bail du plateau technique est-il assurable ?

Oui, les loyers de crédit-bail et de location de matériel entrent dans les charges assurables. Mais leur durée impose de revoir la durée d'indemnisation du contrat : douze mois ne suffisent pas quand le crédit-bail court encore sur plusieurs années. Visez vingt-quatre à trente-six mois.

Mon emprunt d'installation est-il couvert ?

Les intérêts seulement. Le capital remboursé n'est pas une charge d'exploitation et sort du champ de la garantie : il relève de l'assurance emprunteur. Sur un emprunt d'officine, l'écart entre les deux notions se compte en milliers d'euros par mois.

Que verse la CAVP ou la CARPV pendant mon arrêt ?

Après le 90e jour : rien. Ni la CAVP pour les pharmaciens titulaires, ni la CARPV pour les vétérinaires ne versent d'indemnité journalière en propre. Jusqu'au 90e jour, vous percevez les IJ de la CPAM au titre du socle commun des libéraux — de 26,33 à 197,51 €/jour selon votre revenu. Ensuite, plus rien jusqu'à une éventuelle reconnaissance d'invalidité.

Quelle franchise choisir pour un cabinet ?

Une franchise courte, de 15 à 30 jours — l'inverse du conseil habituel sur les indemnités journalières. Aucun régime obligatoire ne verse quoi que ce soit au titre de vos charges fixes, qui tombent à taux plein dès le premier mois. Sur un cabinet dont les charges assurables atteignent 6 800 €/mois, une franchise de 90 jours représente plus de 20 000 € à financer sur votre trésorerie.

Faut-il des frais généraux ou des indemnités journalières renforcées ?

Les deux, car elles ne couvrent pas le même préjudice — mais l'ordre compte. Sur un cabinet à fort plateau technique, avec du personnel et un crédit-bail en cours, les frais généraux passent avant le renforcement des indemnités : sans eux, la structure ne survit pas à l'arrêt. Sur un exercice sans local ni matériel, c'est l'inverse.

La première question porte sur le remplaçant

Votre contrat couvre-t-il les frais supplémentaires d'exploitation, ou seulement les charges permanentes ? Nous relisons ce point précis, le plafond appliqué, et la durée d'indemnisation au regard de vos crédits-bails en cours.

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Pour aller plus loin

Sources

Les barèmes de caisse sont issus de notre base de données ouvertes, chacun croisé sur au moins deux sources. Les charges du cabinet de l'exemple sont des ordres de grandeur destinés à illustrer la méthode, non des moyennes de marché. Les niveaux de rétrocession au remplaçant (60 à 80 % des actes) décrivent une pratique professionnelle courante, sans source publique consolidée. Aucun tarif d'assurance n'est publié.