Prévoyance des indépendants

Femmes indépendantes : les chiffres 2026 de l'écart de protection sociale

Courtier en assurances ORIAS n° 26004449 Publié le 1er septembre 2026

Une ancienne non-salariée perçoit en moyenne 840 € de pension par mois, contre 1 440 € pour un homme : −42 % (INSEE, édition 2025). Tous statuts confondus, l'écart de pension de droit direct femmes-hommes est de −38 % en 2023 (DREES) — il était de 50 % en 2004, et tombe à environ 25 % une fois la réversion incluse. Les femmes sont pourtant 41 % des indépendants non agricoles et ont créé 43 % des entreprises individuelles en 2024. Cette page rassemble les chiffres vérifiés — et écarte les chiffres périmés qui circulent (« −40 % de revenus », « 37 % d'écart de pension », « 88 % des réversions »).

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840 € vs 1 440 €Pension moyenne des anciens non-salariés, F/H (−42 %)
−38 %Écart de droit direct tous statuts en 2023 (−50 % en 2004)
87 %Des bénéficiaires de réversion sont des femmes (fin 2023)

La pension des anciennes non-salariées : le tableau

Les données de référence sont celles de l'INSEE (Emploi et revenus des indépendants, édition 2025, publiées le 21 mai 2025). La pension moyenne de l'ensemble des anciens non-salariés s'établit à 1 180 € par mois — mais cette moyenne masque un écart de 600 € entre femmes et hommes.

Pension moyenne des anciens non-salariés, par sexe et par secteur (INSEE, édition 2025)
Secteur Femmes Hommes Écart
Ensemble des anciens non-salariés 840 € 1 440 € −42 %
Anciens exploitants agricoles 670 € 910 € −31 %
Anciens artisans et commerçants 820 € 1 380 € −41 %
Anciens professionnels libéraux 1 890 € 2 930 € ≈ −35 %*

Montants mensuels moyens, sur le champ retenu par l'INSEE dans la fiche « anciens non-salariés » de l'édition 2025. La publication ne détaille pas ici la décomposition brut/net ni droit direct/dérivé poste à poste : nous reprenons les moyennes telles que publiées, sans les requalifier. Les écarts en pourcentage sont ceux publiés par l'INSEE ; *pour les libéraux, la publication donne les montants sans le pourcentage — le « ≈ −35 % » est notre calcul (1 − 1 890 ⁄ 2 930).

Deux lectures s'imposent. D'abord, aucun secteur n'échappe à l'écart : même chez les libérales, pourtant au niveau de pension le plus élevé, il manque plus de 1 000 € par mois par rapport aux hommes. Ensuite, les niveaux absolus sont bas : 840 € par mois, c'est le point de départ de toute réflexion retraite d'une indépendante — bien avant le choix d'un produit d'épargne.

−38 % en 2023 : un écart qui se referme, lentement

Tous statuts confondus — salariées comprises —, la DREES (Les retraités et les retraites, édition 2025, fiche 05) mesure une pension de droit direct des femmes inférieure de 38 % en 2023 : 1 310 € bruts par mois contre 2 090 € pour les hommes.

Le « 37 % » qui circule est la donnée 2022, le « 40 % » est plus ancien encore. La valeur à jour est bien 38 % pour 2023 — l'écart ne se lit correctement qu'avec son millésime. La trajectoire longue, elle, est claire : l'écart était de 50 % en 2004. Il se referme d'environ un demi-point par an ; à ce rythme, la parité de pension reste une affaire de décennies.

Réversion incluse, l'écart tombe à environ 25 % : le droit dérivé compense une partie de la différence, mais uniquement pour celles qui y ont droit — nous y revenons plus bas. Et le chiffre des anciens non-salariés (−42 %) montre que l'indépendance aggrave l'écart par rapport à la moyenne nationale : cotisations assises sur des revenus plus faibles, années de démarrage à cotisations minimales, arbitrages de trésorerie faits au détriment de la retraite.

41 % des indépendants, 43 % des créations : le décalage

L'écart de pension n'est pas le reliquat d'une époque où les femmes indépendantes étaient rares. Sur 4,4 millions de dirigeants (INSEE, données 2022), les femmes représentent 41 % des indépendants non agricoles et 24 % des indépendants agricoles. Et le flux est plus féminin que le stock : 43 % des entreprises individuelles créées en 2024 l'ont été par des femmes (Insee Première n° 2037) — le chiffre de « 40 % de créatrices » encore cité un peu partout sous-évalue la donnée 2024.

Ce décalage entre une population presque paritaire à la création et des pensions inférieures de 42 % à l'arrivée est tout le sujet de cette page : l'écart se construit pendant la carrière, par trois mécanismes mesurables.

L'écart naît pendant l'activité : les revenus

Premier mécanisme, le revenu — assiette de toutes les cotisations retraite et prévoyance. Les ordres de grandeur dépendent du champ, et c'est précisément pour cela que les chiffres qui circulent se contredisent :

Écart de revenu d'activité femmes-hommes chez les non-salariés, selon le champ (INSEE, édition 2025)
Champ Femmes Hommes Écart
Non-salariés classiques (hors micro) 3 470 €/mois 4 360 €/mois −20 %
À secteur d'activité identique −31 %
Micro-entrepreneurs 600 €/mois 720 €/mois −17 %
Ensemble des non-salariés ≈ −27 %

Le « −40 % » encore cité provient de données de 2011, périmées ; un « −25 % » sans précision de champ est imprécis. L'écart brut de −20 % chez les classiques monte à −31 % à secteur identique : la répartition sectorielle des femmes indépendantes masque une partie de l'écart, elle ne l'explique pas.

Deuxième et troisième mécanismes, qualitatifs mais documentés : les carrières hachées et les périodes non cotisées, très majoritairement liées à la charge familiale. Une interruption ou un passage à activité réduite ne coûte pas seulement le revenu de l'année : il coûte des trimestres, des points, et — pour la prévoyance indemnitaire — il ampute la base de calcul des indemnisations futures.

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La réversion : un correctif massivement genré — et deux moyennes à ne pas confondre

Fin 2023, la France compte 4,4 millions de titulaires d'une pension de réversion ; 87 % sont des femmes, et 20 % des bénéficiaires ne perçoivent que la réversion, sans droit propre (DREES / évaluation de la Sécurité sociale). Les « 88 % » ou « 89 % » que l'on croise ne correspondent pas aux données actuelles publiées.

Deux moyennes circulent, et elles ne mesurent pas la même chose. Le droit dérivé moyen rapporté à l'ensemble des retraités est de 139 €/mois (241 € pour les femmes, 24 € pour les hommes) : c'est une moyenne diluée sur tous les retraités, bénéficiaires ou non. Le montant moyen par bénéficiaire est d'environ 654 €/mois en 2024. Citer l'un pour l'autre fausse tout raisonnement — et le « 74 € » parfois avancé ne correspond à aucune de ces deux séries.

C'est cette réversion qui ramène l'écart global de pension d'environ 38 % à environ 25 %. Mais elle repose sur deux conditions souvent ignorées : avoir été mariée — le PACS n'ouvre pratiquement aucun droit — et les règles propres de chaque caisse (âge, ressources, remariage), détaillées dans notre tableau de la réversion caisse par caisse. Pour une indépendante mariée à un indépendant, vérifier les règles de sa caisse et de celle de son conjoint fait partie du bilan de base.

Ce que ces chiffres impliquent, en pratique

Ordre de grandeur d'abord. Reprenons les moyennes publiées pour une artisane-commerçante — appelons-la Nadia, 45 ans, gérante d'un commerce : à barème constant, l'écart moyen de pension de son secteur est de 1 380 − 820 = 560 €/mois, soit 6 720 € par an de retraite en moins par rapport à un homme du même secteur. C'est un écart de moyennes, pas une fatalité individuelle — mais c'est l'ampleur de ce qu'il y a à corriger, et quatre leviers s'y attaquent directement :

  1. Cotiser sur une assiette choisie, pas subie. Depuis la réforme de l'assiette sociale des indépendants, la structure de vos cotisations a changé : vérifiez ce que votre assiette actuelle valide réellement en trimestres et en points, surtout après une année de maternité ou d'activité réduite. Côté prévoyance, une couverture calée sur un revenu volontairement minoré vous suivra en cas d'arrêt : le simulateur d'indemnités journalières montre ce que votre caisse verserait aujourd'hui.
  2. Racheter des trimestres — ou verser sur un PER : comparer, pas supposer. Pour une carrière hachée, le rachat de trimestres et le versement PER sont les deux corrections fiscalement aidées. Leur rendement relatif dépend de l'âge, du taux d'imposition et du nombre de trimestres manquants : c'est exactement l'objet de notre outil rachat de trimestres ou PER et du calculateur de plafond PER.
  3. Vérifier la réversion des deux conjoints. Mariage ou PACS, règles de la caisse, conditions d'âge et de ressources : le tableau maître de la réversion permet de savoir en dix minutes si le correctif jouera pour vous — ou pas du tout.
  4. Traiter la maternité comme un sujet contractuel, avant la grossesse. Exclusions, délais d'attente, articulation grossesse pathologique / congé maternité : le point complet est sur notre page maternité, arrêt et prévoyance.

Le contre-discours, comme toujours : ces chiffres sont des moyennes de population, pas votre dossier. Une libérale à 90 000 € de bénéfice avec une carrière complète n'a pas de « retard » à combler et n'a aucune raison de sur-épargner par principe ; une créatrice en micro-entreprise a d'abord un sujet de validation de trimestres avant d'avoir un sujet de PER. La bonne réponse commence par un relevé de carrière, pas par un produit.

Questions fréquentes

Quelle est la retraite moyenne d'une femme indépendante ?

840 € par mois en moyenne pour une ancienne non-salariée, contre 1 440 € pour un homme, soit −42 % (INSEE, Emploi et revenus des indépendants, édition 2025, publiée le 21 mai 2025 — moyenne tous anciens non-salariés : 1 180 €). Par secteur : 670 € pour les anciennes exploitantes agricoles (910 € pour les hommes), 820 € pour les artisanes-commerçantes (1 380 € pour les hommes), 1 890 € pour les anciennes libérales (2 930 € pour les hommes). Ces montants sont des moyennes sur le champ défini par l'INSEE ; ils ne préjugent pas d'une situation individuelle.

L'écart de pension entre femmes et hommes est-il de 40 % ?

Non, plus maintenant — ce chiffre, comme le « 37 % », correspond à des données antérieures. Selon la DREES (édition 2025, fiche 05), la pension de droit direct des femmes, tous statuts confondus, est inférieure de 38 % en 2023 : 1 310 € bruts contre 2 090 €. Le « 37 % » est la donnée 2022. L'écart était de 50 % en 2004 et tombe à environ 25 % réversion incluse. Chez les seuls anciens non-salariés, il est plus élevé : −42 %.

Quelle part des indépendants sont des femmes ?

41 % des indépendants non agricoles et 24 % des indépendants agricoles (INSEE, données 2022, sur 4,4 millions de dirigeants). Côté création : 43 % des entreprises individuelles créées en 2024 l'ont été par des femmes (Insee Première n° 2037) — le « 40 % » qui circule sous-évalue la donnée 2024.

Les femmes indépendantes gagnent-elles 40 % de moins que les hommes ?

Non — le « −40 % » provient de données de 2011. Les ordres de grandeur actuels dépendent du champ : −20 % chez les non-salariés classiques (3 470 € contre 4 360 €/mois), −31 % à secteur identique, −17 % chez les micro-entrepreneurs (600 € contre 720 €), ≈ −27 % sur l'ensemble. C'est cet écart de revenu, assiette des cotisations, qui fabrique l'écart de pension.

La pension de réversion compense-t-elle l'écart de retraite ?

Partiellement. 87 % des bénéficiaires d'une réversion sont des femmes fin 2023 (4,4 millions de titulaires, dont 20 % sans droit propre) — les « 88-89 % » ne correspondent pas aux données actuelles. Réversion incluse, l'écart global passe d'environ 38 % à environ 25 %. Deux moyennes à distinguer : 139 €/mois rapportés à tous les retraités (241 € femmes / 24 € hommes) contre ≈ 654 €/mois par bénéficiaire (2024). Et la réversion suppose le mariage : le PACS n'ouvre pratiquement aucun droit — voir le tableau caisse par caisse.

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Yacine Sahnoune, courtier en assurances et fondateur de Prevoya

L’auteur de cette page

Yacine Sahnoune

Courtier en assurances · Fondateur de Prevoya (WeSave SAS) · Directeur de la publication

Il signe l’ensemble des contenus de ce site. Sa spécialité : traduire les barèmes des régimes obligatoires — treize caisses, des règles qui changent chaque année — en une décision claire pour un indépendant ou un dirigeant.