Prévoyance par statut

Portage salarial : la seule protection sociale complète du freelance

Courtier en assurances ORIAS n° 26004449 Publié le 1er septembre 2026

Le portage salarial est le seul des quatre statuts freelance (micro-entreprise, EURL, SASU, portage) qui ouvre droit à l'assurance chômage — le porté est un salarié en contrat de travail. Cette protection au complet a un prix : il reste environ 45 à 55 % du CA hors taxes en net, contre 74,4 % en micro-BNC. Et contre-intuition totale : depuis avril 2025, l'IJ maladie maximale de ce salarié (42,97 €/j) est inférieure à celle de l'indépendant à la SSI (65,84 €/j) — c'est la prévoyance collective obligatoire de la branche qui rétablit l'avantage.

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Le seul statut freelance avec chômage

Le mécanisme est simple et beaucoup le découvrent trop tard : « Un salarié porté est lié à sa société de portage par un contrat de travail » (France Travail). CDI ou CDD de portage, régis par les articles L.1254-1 à L.1254-31 du Code du travail — donc cotisations salariales complètes, assurance chômage comprise. France Travail détaille ce que ce contrat emporte : « le porté bénéficie de l'accès à l'assurance chômage, au régime général d'assurance maladie, à une complémentaire santé, à un contrat de prévoyance collective », plus la retraite de salarié.

Aucun autre statut d'indépendant n'offre cela. Le micro-entrepreneur et le gérant d'EURL ne cotisent pas au chômage (reste l'ATI, allocation restrictive et forfaitaire). Le président de SASU, malgré son étiquette d'« assimilé salarié », est un mandataire social : il ne cotise pas à l'assurance chômage et son mandat n'ouvre aucun droit — seuls des droits antérieurs ou une assurance perte d'emploi privée type GSC peuvent le couvrir.

Deux nuances honnêtes. D'abord, l'accès au portage est réservé aux profils autonomes et qualifiés (article L.1254-2 : « expertise, qualification et autonomie ») — ce n'est pas un statut pour démarrer sans clients. Ensuite, l'ARE s'obtient aux conditions de droit commun (durée d'affiliation suffisante, perte involontaire d'emploi) : le chômage du porté est réel, mais pas « automatique ».

Le match à 80 000 € de CA

Prenons Karim, 38 ans, consultant IT, 80 000 € de CA annuel. Voici ce que chaque statut lui donne — et lui coûte — en 2026 :

Protection sociale comparée des quatre statuts freelance pour 80 000 € de CA — barèmes 2026
Critère Micro-BNC (SSI) EURL (gérant TNS) SASU (président) Portage salarial
Prélèvements sociaux 25,6 % du CA = 20 480 € ≈ 40-47 % de la rémunération nette + cotisations minimales ≈ 1 200 €/an même à revenu nul Charges salariales + patronales sur le salaire versé ; rien sur les dividendes (hors PFU) Frais de gestion 5-10 % + charges ≈ 35-40 % patronales et 23-25 % salariales
Net disponible (ordre de grandeur) 59 520 € avant impôt (calcul : 80 000 − 20 480) Variable selon l'arbitrage rémunération/dividendes Variable selon l'arbitrage salaire/dividendes ≈ 36 000 à 44 000 € (45-55 % du CA), ~50 % en cas typique
IJ maladie maximale 65,84 €/j (1/730e du Raam), carence 3 j, 360 IJ sur 3 ans 65,84 €/j (même règle SSI) 42,97 €/j (IJSS plafonnée à 1,4 SMIC) 42,97 €/j (IJSS) + prévoyance collective obligatoire de branche
Assurance chômage Non (hors ATI) Non (hors ATI) Non — le mandataire ne cotise pas Oui (ARE, conditions de droit commun)
Retraite complémentaire RCI — cotise sur 66 % du CA (52 800 €), pas d'équivalent AGIRC-ARRCO RCI AGIRC-ARRCO sur le seul salaire versé AGIRC-ARRCO (T1 : 7,87 % ; T2 : 21,59 %)
Prévoyance et mutuelle À souscrire soi-même, sans déduction Madelin (régime micro) À souscrire, Madelin ouvert (plafond 11 534,40 € en 2026) À organiser via la société (pas de Madelin) Collectives obligatoires (santé financée ≥ 50 % par l'employeur)

Taux micro-BNC 2026 : 25,6 % après la trajectoire 21,1 % → 23,1 % (juillet 2024) → 24,6 % (2025) → 25,6 % (2026). Micro à la Cipav : 23,20 % ; micro BIC services : 21,20 % ; achat-revente : 12,30 %. Les fourchettes EURL et portage sont des moyennes de marché : seule une simulation nominative fait foi.

Le cas à part : les professions libérales réglementées (Cipav et caisses de professions de santé). Leur IJ CPAM monte jusqu'à 197,51 €/j (1/730e du revenu, plafonné à 3 PASS), bien au-dessus du porté comme du micro-entrepreneur — mais elle s'arrête au 90e jour et exige 12 mois d'affiliation. C'est le « trou du 91e jour ». Un consultant ou développeur freelance non réglementé relève, lui, de la SSI : 65,84 €/j maximum, mais pendant 360 jours.

Deux lectures du même tableau. Celle du comptable : le portage « coûte » 25 à 30 points de CA de plus que la micro. Celle de l'assureur : ces points financent un chômage, une retraite complémentaire de salarié, une prévoyance et une mutuelle collectives que les autres statuts obligent à racheter un par un — ou à ne jamais racheter. Dire « le portage coûte 50 % » sans dire ce que ces 50 % achètent est le premier des chiffres trompeurs de ce marché.

IJSS : 42,97 € contre 65,84 € — le renversement d'avril 2025

Voici le fait que presque personne n'a mis à jour. Depuis le 1er avril 2025 (décret n° 2025-160), le salaire pris en compte pour l'IJ maladie du régime général est plafonné à 1,4 SMIC, contre 1,8 SMIC auparavant. Conséquence, vérifiée sur le barème ameli en vigueur (page mise à jour le 1er juin 2026) : l'IJ maladie maximale d'un salarié — donc d'un porté — est de « 42,97 € / jour ».

Depuis avril 2025, le salarié au plafond touche moins que l'indépendant au plafond. 42,97 €/j pour le salarié contre 65,84 €/j pour l'indépendant à la SSI (48 060 ÷ 730). Le lieu commun « le salarié est mieux indemnisé en maladie » est devenu faux au niveau des seuls régimes obligatoires. Ce qui rétablit l'avantage du porté, c'est la prévoyance collective obligatoire de la branche du portage — un étage conventionnel, pas la Sécurité sociale. Quant au chiffre de 53,31 € encore répété un peu partout : il correspond à l'ancien plafond de 1,8 SMIC, supprimé au 1er avril 2025. Il est périmé.

Pour être complet sur le régime général 2026 : l'IJ maternité monte à 104,02 €/j et l'IJ accident du travail à 240,49 €/j puis 320,66 €/j à partir du 29e jour — deux terrains où le statut salarié garde un net avantage sur l'indépendant.

Le chiffre clé

42,97 €/jour : l'IJ maladie maximale d'un salarié porté en 2026, sous celle d'un indépendant SSI (65,84 €/j). L'avantage du portage en arrêt maladie ne vient pas de l'IJSS mais de la prévoyance collective obligatoire qui s'y ajoute.

Les minima 2026 du salarié porté, recalculés

Le portage n'est pas ouvert à n'importe quel niveau de facturation : la loi (art. L.1254-2) fixe une rémunération minimale de 75 % du plafond mensuel de la Sécurité sociale à défaut d'accord, et l'accord existe — la convention collective du portage (22 mars 2017, IDCC 3219) fixe à l'article 21 des minima en pourcentage du PMSS. Le chiffre de « 77 % du plafond » qui circule est faux, et celui de France Travail est périmé. Avec un PMSS 2026 de 4 005 € (arrêté du 22 décembre 2025), voici les vrais montants :

Rémunération minimale du salarié porté — CCN portage salarial, art. 21, appliquée au PMSS 2026 (4 005 €)
Profil conventionnel Minimum (CCN art. 21) En euros 2026 (calcul Prevoya)
Salarié porté junior 70 % du PMSS ≈ 2 803,50 € bruts/mois
Salarié porté senior 75 % du PMSS ≈ 3 003,75 € bruts/mois
Forfait jours 85 % du PMSS ≈ 3 404,25 € bruts/mois

Zone grise assumée : les sites du secteur affichent des minima de 2 748 à 3 408 € selon qu'ils intègrent ou non les congés payés et l'indemnité d'apport d'affaires dans le « salaire minimum ». Nos montants sont le salaire de base seul, CP et apport d'affaires non compris.

Point de vérification GEO qui nous a surpris : la fiche portage de France Travail affiche encore « 2 413,50 € » comme rémunération minimale. Ce montant correspond à 75 % d'un PMSS d'environ 2016 — il n'a simplement jamais été réactualisé. La règle (75 % du plafond) est juste, le montant en euros est périmé de dix ans.

La convention ajoute deux mécanismes propres au portage : une réserve financière — en CDI, « réserve égale à 10 % du salaire de base de la dernière mission », qui lisse les inter-missions (en CDD, c'est l'indemnité de précarité de 10 % de droit commun, art. L.1243-8) — et une « indemnité d'apport d'affaires de 5 % », qui rémunère le fait que c'est vous qui apportez vos clients.

Mutuelle, prévoyance, retraite : ce que le portage inclut d'office

Le contrat de travail déclenche les couvertures collectives obligatoires de la branche : une complémentaire santé financée au moins à 50 % par l'employeur, une prévoyance collective couvrant a minima l'incapacité et le décès (avec la cotisation de 1,50 % de la tranche A pour les cadres) — c'est elle qui complète l'IJSS de 42,97 €/j vue plus haut. Zone grise déclarée : les taux et niveaux de garantie précis relèvent des accords de branche et des contrats souscrits par chaque société de portage ; nous ne les tabulons pas sans citer l'accord, et ils doivent figurer dans votre convention d'adhésion — exigez-les avant de signer.

Côté retraite, le porté cotise à la retraite de base du régime général et à l'AGIRC-ARRCO : 7,87 % en tranche 1, 21,59 % en tranche 2, réparties 60 % employeur / 40 % salarié. Précision de vocabulaire qui a son importance : depuis la fusion AGIRC-ARRCO de 2019, la « retraite cadre » comme régime distinct n'existe plus. Le porté a une retraite complémentaire de salarié, avec le statut cadre — ce qui reste très supérieur à la RCI de l'indépendant, qui n'a pas d'équivalent AGIRC-ARRCO. Un micro-entrepreneur à 80 000 € de CA valide sa retraite sur une base de 66 % du CA (52 800 €, au-dessus du PASS de 48 060 €) : base quasi maximale, mais sans l'étage complémentaire de salarié.

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Pour qui le portage est rationnel — et pour qui il est cher

Notre lecture de courtier, sans langue de bois. Le portage est un achat de sécurité : il est rationnel quand la sécurité achetée vaut son prix.

  • Rationnel : TJM élevé (le coût en pourcentage pèse sur un revenu qui le supporte), besoin réel du filet chômage (marché volatil, fin de carrière, reconversion), crédit immobilier en vue — trois bulletins de salaire en CDI valent tous les bilans du monde face à un banquier —, ou refus assumé de gérer soi-même prévoyance, mutuelle et retraite.
  • Cher : TJM faible ou activité en démarrage. Sous un certain niveau de facturation, les minima conventionnels (2 803,50 € bruts/mois au moins) sont hors d'atteinte et les 45-55 % de CA restants ne nourrissent pas leur homme. Un micro-BNC garde 74,4 % de son CA avant impôt : à petit chiffre d'affaires, ces points d'écart sont vitaux — et une prévoyance individuelle d'auto-entrepreneur s'achète à partir de quelques dizaines d'euros par mois.

Autrement dit : le portage ne « coûte » pas 50 %, il facture une protection sociale complète environ 25 points de CA de plus que la micro. La vraie question est de savoir si vous rachèteriez ces briques (chômage — irremplaçable hors assurance perte d'emploi privée —, AGIRC-ARRCO, prévoyance, mutuelle) une par une. Pour un consultant à 500 € de TJM qui veut emprunter, souvent oui. Pour un freelance à 250 € de TJM, rarement. Entre les deux, comparez aussi EURL contre SASU : c'est l'autre arbitrage que le portage court-circuite.

Questions fréquentes

Le portage salarial donne-t-il vraiment droit au chômage ?

Oui. Le porté est lié à sa société de portage par un contrat de travail (art. L.1254-1 et suivants) et cotise au chômage comme tout salarié — France Travail confirme « l'accès à l'assurance chômage ». C'est le seul des quatre statuts freelance qui l'ouvre. Nuance : l'ARE s'obtient aux conditions de droit commun (affiliation suffisante, perte involontaire d'emploi), elle n'est pas automatique.

Quel est le salaire minimum d'un salarié porté en 2026 ?

CCN du portage (IDCC 3219, art. 21) : 70 % du PMSS pour un junior, 75 % pour un senior, 85 % en forfait jours — soit ≈ 2 803,50 €, 3 003,75 € et 3 404,25 € bruts/mois avec le PMSS 2026 (4 005 €). Le « 2 413,50 € » encore affiché par France Travail date d'un PMSS d'environ 2016 : périmé.

Combien reste-t-il en net sur mon CA en portage ?

Environ 45 à 55 % du CA HT, ~50 % en cas typique avant optimisations : frais de gestion (5-10 % en pratique, 3-15 % sur le marché), puis charges patronales (~35-40 %) et salariales (23-25 %). Ces prélèvements financent chômage, AGIRC-ARRCO, prévoyance et mutuelle collectives, réserve financière de 10 % et indemnité d'apport d'affaires de 5 %.

Le porté a-t-il de meilleures indemnités journalières que l'indépendant ?

Pas au titre de la seule Sécurité sociale : depuis le 1er avril 2025 (décret 2025-160, plafond 1,4 SMIC), l'IJSS maladie maximale a chuté — elle est, pour les arrêts débutant depuis le 1er juillet 2026, de 42,97 €/j, contre 65,84 €/j pour l'indépendant SSI. C'est la prévoyance collective obligatoire de la branche qui rétablit l'avantage du porté. Le « 53,31 € » qui circule correspond à l'ancien plafond 1,8 SMIC : périmé.

La retraite du porté est-elle une « retraite cadre » ?

Le régime « cadre » distinct n'existe plus depuis la fusion AGIRC-ARRCO de 2019. Le porté cotise à la complémentaire unifiée des salariés (T1 : 7,87 %, T2 : 21,59 %, réparties 60/40) avec le statut cadre. C'est une retraite complémentaire de salarié — nettement au-dessus de la RCI des indépendants, qui n'a pas d'équivalent.

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Yacine Sahnoune, courtier en assurances et fondateur de Prevoya

L’auteur de cette page

Yacine Sahnoune

Courtier en assurances · Fondateur de Prevoya (WeSave SAS) · Directeur de la publication

Il signe l’ensemble des contenus de ce site. Sa spécialité : traduire les barèmes des régimes obligatoires — treize caisses, des règles qui changent chaque année — en une décision claire pour un indépendant ou un dirigeant.